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Business et marché

DON'T NOD: un nouveau PSE envisagé face aux difficultés

DON'T NOD prépare une nouvelle transformation pouvant mener à un PSE, alors que le studio reste confronté à des pertes et à une trésorerie sous pression.

Logo du studio de jeux vidéo DON'T NOD, en blanc au centre d’un fond spatial vert sombre parsemé d’étoiles et de nébuleuses, avec la courbure lumineuse d’un astre visible en bas.

Moins de deux ans après l’annonce d’une première restructuration majeure, DON'T NOD envisage de nouveau un plan de sauvegarde de l'emploi. Le studio et éditeur français a annoncé le 1er septembre 2026 son engagement dans un « projet de transformation » destiné à préserver sa compétitivité, dans un contexte qu’il décrit comme marqué par une profonde évolution de l’industrie du jeu vidéo et une dégradation de ses principaux indicateurs économiques. Une première réunion avec les représentants du personnel est prévue le jeudi 3 septembre. Elle doit ouvrir la procédure d’information-consultation du CSE préalable à la mise en œuvre éventuelle d’un PSE. À ce stade, DON'T NOD n’a communiqué ni nombre de postes concernés, ni calendrier de suppressions d’emplois. Cette nouvelle étape intervient pourtant seulement quelques mois après la finalisation des effets d’un précédent plan social et alors que la situation financière du groupe reste fragile malgré une nette progression de son chiffre d’affaires en 2025.

 

DON'T NOD prépare une nouvelle transformation de son organisation

Un éventuel PSE au cœur de la procédure lancée le 3 septembre

Dans son communiqué publié le 1er septembre 2026, DON'T NOD ne présente pas encore le plan de sauvegarde de l'emploi comme une décision définitivement arrêtée. Le groupe annonce avoir convoqué ses instances représentatives du personnel pour une réunion fixée au 3 septembre, qui constituera la première étape d’une procédure d’information-consultation du CSE « préalable à la mise en œuvre éventuelle » d’un PSE. Des négociations ont également été ouvertes avec l’organisation syndicale représentative au sein de l’entreprise.

La nuance est importante. À ce stade de la procédure, il serait prématuré de présenter des licenciements, des reclassements ou des départs volontaires comme des mesures déjà adoptées. Un PSE peut comprendre plusieurs dispositifs destinés à limiter ou accompagner les suppressions de postes, mais leurs modalités dépendront ici des propositions de la direction, des discussions avec les représentants du personnel et de la suite de la procédure. DON'T NOD se borne pour l’instant à confirmer son intention de faire évoluer son modèle opérationnel.

L’entreprise justifie ce projet de transformation de DON'T NOD par deux facteurs principaux. Elle évoque d’une part les transformations économiques et financières qui touchent l’industrie du jeu vidéo. Elle pointe d’autre part la dégradation de ses propres indicateurs économiques. Le studio estime ainsi devoir modifier son organisation pour « sauvegarder sa compétitivité », une formulation qui rappelle directement celle employée lors de la précédente restructuration engagée à l’automne 2024.

Aucun nombre de suppressions de postes annoncé à ce stade

La principale inconnue concerne désormais l’ampleur du projet. Contrairement à la réorganisation précédente, DON'T NOD n’a annoncé aucun objectif de réduction d’effectifs dans sa communication du 1er septembre 2026. Il est donc impossible, pour le moment, de déterminer combien d'emplois pourraient être menacés chez DON'T NOD ou quelles équipes seraient susceptibles d’être concernées.

Cette prudence est d’autant plus nécessaire que la précédente procédure avait évolué au fil des négociations. En février 2025, DON'T NOD indiquait qu’un accord collectif majoritaire avait été conclu autour d’un PSE assorti d’un plan de départs volontaires. La société précisait alors que 58 licenciements économiques pourraient finalement être prononcés, sous réserve du nombre de départs volontaires effectivement enregistrés, tandis que dix autres départs intervenus depuis l’annonce du projet ne devaient pas être remplacés.

Le nouveau dossier pourrait suivre une trajectoire différente. Pour l’heure, l’existence d’une procédure ne permet pas d’anticiper son résultat. L’ampleur du futur PSE de DON'T NOD, s’il est effectivement mis en œuvre, devra donc être évaluée à partir des informations communiquées après les consultations et négociations à venir.

De nouvelles informations attendues après la réunion du CSE

La réunion du 3 septembre devrait fournir un premier éclairage sur les contours de cette nouvelle restructuration. DON'T NOD pourrait notamment préciser les objectifs du projet, les activités concernées ou les économies recherchées. La communication du 1er septembre ne donne cependant aucune indication chiffrée sur ces différents éléments.

Le contexte rend cette réunion particulièrement sensible pour les équipes. La première restructuration n’appartient pas à un passé lointain. Elle avait été annoncée en octobre 2024, avant la conclusion de l’accord collectif en février 2025 et la mise en œuvre progressive de la nouvelle organisation au cours de l’exercice suivant. Voir la direction lancer une nouvelle procédure moins de deux ans après cette première alerte traduit la persistance des difficultés rencontrées par le groupe.

Le vocabulaire choisi par DON'T NOD montre également que la question dépasse désormais le seul ajustement ponctuel d’effectifs. Le groupe parle explicitement d’une évolution de son « modèle opérationnel ». Le prochain enjeu sera donc de comprendre si cette transformation se limitera principalement à la structure de coûts ou si elle modifiera plus profondément la manière dont DON'T NOD finance, produit et édite ses futurs jeux.

 

Une situation financière qui reste fragile malgré le plan précédent

DON'T NOD avait déjà restructuré ses équipes en 2024 et 2025

La nouvelle procédure s’inscrit dans une histoire récente déjà marquée par des suppressions de postes. En octobre 2024, DON'T NOD avait lancé un projet de réorganisation en France face à des résultats financiers dégradés. À l’issue de plusieurs mois de consultation et de négociation, un accord collectif majoritaire avait été validé en février 2025. Celui-ci comportait un PSE accompagné d’un plan de départs volontaires.

Le plan prévoyait également une rationalisation du nombre de lignes de production françaises afin de concentrer les ressources sur des projets considérés comme prioritaires. DON'T NOD ambitionnait alors une réduction d’environ 5 millions d’euros de ses charges opérationnelles en année pleine, ainsi que l’évitement d’environ 5 millions d’euros de coûts externes. Le coût exceptionnel de cette réorganisation avait pour sa part été évalué à environ 2,6 millions d’euros.

Les premiers effets financiers ont ensuite été visibles dans les comptes 2025. Selon le groupe, la réorganisation du studio parisien, la finalisation du PSE et la maîtrise des budgets ont généré plus de 4,5 millions d’euros d’économies sur l’année, dont 4 millions sur les charges salariales hors coûts directement liés au plan. DON'T NOD prévoyait alors que ces économies puissent atteindre 5,6 millions d’euros en année pleine. À Montréal, un réalignement des ressources et une baisse des dépenses de sous-traitance ont parallèlement représenté 1,2 million d’euros d’économies supplémentaires.

13,7 millions d'euros de chiffre d'affaires mais toujours de lourdes pertes

Ces mesures n’ont cependant pas suffi à rétablir l’équilibre financier. L’exercice 2025 présente une situation contrastée. Le chiffre d’affaires de DON'T NOD a plus que quadruplé pour atteindre 13,7 millions d’euros, contre environ 3,3 millions en 2024. Cette progression a été portée à la fois par les ventes de jeux et par des revenus de développement, notamment dans le cadre du partenariat noué avec Netflix.

Ce rebond commercial ne signifie pas que le groupe est redevenu rentable. L’EBITDA économique, crédits d’impôt inclus, s’établissait à -12,3 millions d’euros sur l’exercice 2025, contre -8,5 millions environ un an auparavant. DON'T NOD précisait toutefois qu’en neutralisant les charges non récurrentes liées au PSE ainsi que le traitement comptable du projet P14, cet indicateur aurait atteint -4 millions d’euros.

Le résultat net restait lui aussi très lourdement déficitaire. DON'T NOD a enregistré une perte nette de 35,7 millions d’euros en 2025, même si celle-ci représentait une amélioration importante par rapport à la perte de 64,3 millions observée en 2024. Une dépréciation partielle de l’actif associé à Lost Records: Bloom & Rage, d’un montant de 13,1 millions d’euros sans impact sur la trésorerie, a notamment pesé sur les comptes.

Ces chiffres expliquent en partie pourquoi le retour de la croissance ne suffit pas à écarter la question d’une nouvelle restructuration chez DON'T NOD. Le studio vend davantage et réduit certains coûts, mais doit encore absorber une base de dépenses importante tout en finançant ses productions futures.

Une trésorerie fortement réduite et une continuité d'exploitation sous surveillance

La trésorerie constitue probablement le signal le plus préoccupant dans les derniers comptes disponibles. Au 31 décembre 2025, DON'T NOD disposait de 15,4 millions d’euros de trésorerie brute, contre 32,9 millions un an auparavant. Sa consommation de trésorerie avait atteint 17,4 millions d’euros sur l’exercice, malgré les mesures d’économies mises en œuvre.

Le groupe reconnaissait ainsi en avril 2026 que la poursuite de son activité dépendait en partie de la mise en place de financements externes destinés à couvrir les besoins liés à son fonctionnement et au développement de ses futurs projets. Selon DON'T NOD, cette situation constituait alors une incertitude significative concernant la continuité d'exploitation au-delà du 31 janvier 2027.

La société indiquait poursuivre des négociations pour renforcer sa structure financière et sécuriser notamment le financement du projet P14. Elle prévenait également qu’elle pourrait actionner des leviers supplémentaires de maîtrise de ses dépenses d’exploitation. Avec l’annonce du 1er septembre, l’hypothèse d’une nouvelle réduction structurelle des coûts se matérialise désormais sous la forme d’un projet de transformation susceptible d’inclure un nouveau PSE.

 

Aphelion n'a pas suffi à lever les incertitudes autour de DON'T NOD

Une sortie le 28 avril 2026 sur PC, PS5 et Xbox Series

Dans ce contexte financier difficile, Aphelion représentait l’une des principales sorties de DON'T NOD en 2026. Le jeu d’action-aventure de science-fiction a été lancé le 28 avril 2026 sur PC via Steam, PlayStation 5 et Xbox Series X|S. Le titre est également disponible via Game Pass et s’inscrit dans une collaboration entre le studio et l’Agence spatiale européenne.

Présenté comme une nouvelle propriété intellectuelle du studio, Aphelion met en scène les astronautes Ariane et Thomas sur Perséphone, une planète située aux confins du système solaire. Le projet combine exploration, franchissement, infiltration et narration, autant d’éléments qui correspondent aux domaines sur lesquels DON'T NOD cherche historiquement à construire son identité.

En revanche, les données publiques actuellement disponibles ne permettent pas d’attribuer directement la nouvelle restructuration aux performances commerciales d’Aphelion. DON'T NOD n’a pas communiqué de chiffres de ventes du jeu dans son annonce du 1er septembre, ni présenté son lancement comme la cause du projet de transformation. Affirmer que le titre aurait échoué commercialement ou déclenché le futur PSE dépasserait donc les éléments vérifiés à ce stade.

La proximité entre la sortie du jeu et l’annonce du nouveau projet souligne néanmoins un problème plus large. Même avec de nouvelles productions sur le marché et un chiffre d’affaires en progression en 2025, DON'T NOD continue de devoir adapter son organisation à une situation financière tendue.

Le studio doit désormais sécuriser ses financements et ses futurs projets

Les difficultés de DON'T NOD ne se résument pas aux performances d’un seul titre. Dans ses résultats annuels, le groupe mettait en avant une feuille de route reposant sur plusieurs sources de revenus. Parmi elles figurent le développement d’un jeu narratif basé sur une propriété intellectuelle majeure de Netflix et la recherche d’un partenaire de coproduction pour financer le projet P14.

Ce modèle traduit une évolution notable de la stratégie de l’entreprise. DON'T NOD, qui a longtemps alterné productions pour des éditeurs tiers et développement de ses propres propriétés intellectuelles, cherche davantage à sécuriser les revenus associés à ses productions avant d’engager des dépenses importantes. Lors de la restructuration annoncée en 2025, le groupe expliquait déjà vouloir adopter un modèle économique mixte et envisageait des collaborations sur des propriétés intellectuelles appartenant à des partenaires afin de sécuriser davantage les revenus.

Le partenariat avec Netflix correspond directement à cette orientation. En 2025, les revenus de développement du groupe ont atteint 3,8 millions d’euros, essentiellement grâce aux premiers jalons contractuels liés à ce projet. Pour DON'T NOD, l’enjeu n’est donc plus seulement de produire des jeux susceptibles de rencontrer leur public. Il s’agit également de limiter l’exposition financière associée à leur développement.

La recherche de financements externes reste néanmoins centrale. Fin avril, le groupe indiquait que le projet P14 ne répondait pas encore au critère comptable d’activation lié à sa capacité de financement, malgré des marques d’intérêt, et poursuivait ses discussions autour d’une éventuelle coproduction.

Un second PSE potentiel qui souligne la pression sur le modèle de DON'T NOD

Si le nouveau PSE envisagé en septembre 2026 est effectivement mis en œuvre, DON'T NOD aura engagé deux procédures majeures de restructuration en moins de deux ans. Cette succession illustre la difficulté à retrouver rapidement un équilibre durable malgré les économies déjà réalisées.

Le premier plan avait pourtant produit des résultats mesurables sur les coûts. Les charges de personnel ont reculé de 12 % en 2025 pour atteindre 21,8 millions d’euros. DON'T NOD estimait même cette baisse à 20 % une fois neutralisés certains éléments non récurrents associés aux mesures d’accompagnement du PSE. Ces économies n’ont pas empêché l’EBITDA de rester négatif et la trésorerie de diminuer fortement.

La question posée par le nouveau plan de sauvegarde de l'emploi de DON'T NOD dépasse donc le seul nombre de postes susceptibles d’être concernés. Elle touche au modèle de production du studio français et à sa capacité à financer durablement ses créations dans une industrie où les investissements restent élevés, où l’accès au financement s’est resserré et où les performances commerciales peuvent difficilement être anticipées.

La réunion du 3 septembre constituera une première étape pour mesurer concrètement l’étendue du projet. Jusqu’à cette échéance, il convient de retenir que le PSE reste officiellement éventuel et que DON'T NOD n’a annoncé aucun volume de suppressions de postes. La gravité du contexte économique, elle, est beaucoup moins incertaine au regard des derniers comptes publiés.

 


En quelques mots

DON'T NOD ouvre une nouvelle période délicate avec un projet de transformation pouvant mener à un nouveau plan de sauvegarde de l'emploi en 2026. La procédure doit débuter le 3 septembre avec une première réunion du CSE, sans nombre de postes concernés annoncé à ce stade. Cette perspective intervient après une précédente restructuration ayant déjà permis plusieurs millions d’euros d’économies, mais qui n’a pas suffi à restaurer la rentabilité du groupe. Malgré un chiffre d’affaires porté à 13,7 millions d’euros en 2025, DON'T NOD a enregistré une perte nette de 35,7 millions d’euros et terminé l’exercice avec 15,4 millions d’euros de trésorerie brute. La direction doit désormais conjuguer réduction des coûts, recherche de financements et sécurisation de ses futurs projets pour tenter de stabiliser durablement l’entreprise.

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Entreprise mise en avant dans cet article

Don't Nod Entertainment

Don't Nod Entertainment

Studio indépendant de jeux vidéo basé à Paris et Montréal, reconnu pour des expériences narratives immersives comme Life is Strange et Vampyr.

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Vivien Reumont

À propos de l’auteur

Vivien Reumont

Journaliste jeux vidéo

Cofondateur et journaliste chez Achievement Industry, Vivien Reumont est spécialisé dans l’actualité internationale du jeu vidéo. Il couvre particulièrement l’industrie chinoise ainsi que les principaux événements gaming en Asie.

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