Aller au contenu principal
Business et marché

Ubisoft: les remakes deviennent-ils sa nouvelle stratégie ?

Après le succès de Black Flag Resynced, Ubisoft accélère le retour de ses classiques: remakes, réinterprétations et stratégie de catalogue.

Logo blanc d’Ubisoft composé de sa spirale emblématique et du nom UBISOFT en grandes lettres, présenté sur une scène baignée d’un intense éclairage bleu et entourée de projecteurs.

Le succès d’Assassin’s Creed Black Flag Resynced remet une vieille question au centre de la stratégie d’Ubisoft : faut-il continuer à chercher la prochaine grande licence, ou commencer par mieux exploiter celles que le groupe possède déjà ? Sorti le 9 juillet 2026, le remake de l’aventure d’Edward Kenway a atteint 3,5 millions d’exemplaires en sell-in en seulement 14 jours, suffisamment pour dépasser les attentes annuelles fixées par Ubisoft. Un résultat qui intervient alors que l’éditeur réorganise profondément son fonctionnement, recentre ses investissements et prépare déjà d’autres retours de licences historiques. Rayman Legends Retold arrivera en octobre, tandis que Splinter Cell Remake reste officiellement en développement. De là à considérer les remakes Ubisoft comme la nouvelle stratégie du groupe, il n’y a qu’un pas. La réalité est plus nuancée, mais Black Flag vient clairement de fournir un argument de poids en faveur du catalogue historique.

 

Black Flag Resynced, le succès qui pourrait changer les plans d’Ubisoft

3,5 millions d’exemplaires et des objectifs annuels déjà dépassés

Les premiers chiffres de Assassin’s Creed Black Flag Resynced ont de quoi attirer l’attention des dirigeants d’Ubisoft. L’entreprise annonçait deux millions d’exemplaires dès le premier jour, puis plus de trois millions pendant sa première semaine de commercialisation. Lors de la publication des résultats du premier trimestre 2026-2027, le 23 juillet, Ubisoft faisait état de 3,5 millions d’exemplaires en sell-in après seulement 14 jours. Plus important encore, le jeu avait déjà dépassé les attentes commerciales prévues pour l’ensemble de l’exercice.

La formulation mérite toutefois une précision. Ubisoft communique ici sur le sell-in, qui constitue un indicateur commercial et ne doit pas être automatiquement assimilé à un nombre identique de ventes finales suivies auprès des consommateurs. Cela n’enlève rien au démarrage du jeu : atteindre en deux semaines un niveau supérieur aux objectifs annuels établis par l’éditeur constitue un signal suffisamment fort pour influencer de futures décisions d’investissement.

Un remake beaucoup plus ambitieux qu’un simple remaster

Le résultat est aussi intéressant parce qu’Ubisoft n’a pas simplement augmenté la résolution du jeu de 2013. Black Flag Resynced est présenté comme un remake reconstruit sur la dernière version du moteur Anvil, avec Ubisoft Singapour comme studio principal. Les combats ont été retravaillés autour d’un système de parade, l’infiltration et le parkour ont été modernisés, les mécaniques navales approfondies et de nouveaux éléments narratifs intégrés.

Cette approche permet de comprendre pourquoi le dossier des remakes peut devenir attractif. Ubisoft conserve la reconnaissance immédiate d’Assassin’s Creed IV: Black Flag, Edward Kenway, les Caraïbes et les batailles navales, mais commercialise en parallèle un produit suffisamment retravaillé pour être présenté comme une nouvelle sortie majeure sur PlayStation 5, Xbox Series X|S et PC. Le catalogue historique ne sert donc plus seulement à alimenter les promotions ou Ubisoft+. Il peut fournir la base de productions premium à part entière.

Pour Ubisoft, un succès particulièrement intéressant en pleine restructuration

Le timing rend cette réussite encore plus significative. Ubisoft traverse une transformation profonde de son organisation autour de cinq Creative Houses disposant d’une responsabilité créative et financière renforcée. Vantage Studios concentre notamment Assassin’s Creed, Far Cry et Rainbow Six, trois des marques les plus importantes du groupe. L’objectif annoncé est de concentrer davantage les ressources sur les opportunités offrant le potentiel le plus élevé.

Dans ce contexte, Black Flag Resynced constitue presque un cas d’école. L’entreprise dispose déjà de la licence, d’un concept éprouvé et d’une communauté qui connaît le jeu original. Le projet n’est évidemment ni gratuit ni sans risque, puisqu’un véritable remake nécessite plusieurs années de développement, mais son potentiel commercial peut être plus facile à évaluer que celui d’une propriété intellectuelle entièrement nouvelle. Pour un Ubisoft qui cherche simultanément à améliorer la qualité de ses productions et à mieux contrôler ses investissements, la formule devient difficile à ignorer.

 

Ubisoft avait déjà préparé le terrain pour multiplier les remakes

Yves Guillemot annonçait déjà plusieurs remakes d’Assassin’s Creed

Le succès de Black Flag Resynced n’a pas soudainement donné à Ubisoft l’idée de revisiter ses anciens jeux. Cette orientation était publiquement évoquée depuis au moins juin 2024. Interrogé par Ubisoft News sur l’avenir d’Assassin’s Creed, Yves Guillemot avait explicitement déclaré que les joueurs pouvaient s’attendre à des remakes destinés à revisiter et moderniser certains épisodes historiques de la série.

Le dirigeant expliquait alors que plusieurs anciens mondes d’Assassin’s Creed possédaient encore beaucoup de potentiel. La stratégie annoncée ne consistait néanmoins pas à remplacer les nouveaux épisodes par des remakes. Ubisoft évoquait plutôt une plus grande diversité de productions et une cadence de sorties plus régulière, avec des expériences différentes les unes des autres.

Deux ans plus tard, Black Flag Resynced fournit la première démonstration particulièrement convaincante de cette logique. Son démarrage commercial pourrait donc accélérer une direction qui existait déjà, plutôt que provoquer à lui seul un changement complet de stratégie.

Rayman Legends Retold confirme le retour des anciennes licences

Assassin’s Creed n’est d’ailleurs pas la seule série concernée par cette exploitation du patrimoine d’Ubisoft. Annoncé en juin 2026, Rayman Legends Retold doit sortir le 1er octobre 2026 sur PlayStation 5, Xbox Series X|S, Nintendo Switch 2 et PC, entre autres plateformes. Ubisoft parle officiellement d’une « réinterprétation » de Rayman Legends plutôt que d’un remake traditionnel.

La nuance est importante. Le projet reprend comme fondation le jeu de plateforme de 2013, mais ajoute des graphismes en 3D, une nouvelle histoire, des cinématiques doublées, de nouveaux niveaux et plusieurs contenus supplémentaires. Il illustre ainsi une stratégie potentiellement plus large que le simple remake : reprendre une œuvre connue et la reconstruire suffisamment pour pouvoir la proposer à une nouvelle génération de joueurs.

Entre Edward Kenway et Rayman, Ubisoft teste donc deux manières différentes de faire revivre son catalogue. Et derrière ces deux noms se trouve encore une bibliothèque particulièrement riche en franchises susceptibles d’intéresser un public nostalgique.

Splinter Cell Remake montre que Black Flag n’est pas un cas isolé

Le retour de Sam Fisher constitue l’autre pièce importante du puzzle. Ubisoft Toronto dirige toujours officiellement le développement d’un remake du premier Splinter Cell, annoncé en décembre 2021. Le projet est reconstruit sur Snowdrop et doit moderniser les graphismes comme les mécaniques tout en conservant les fondamentaux de l’expérience d’infiltration originale. La page actuelle d’Ubisoft Toronto continue de présenter le titre parmi les projets du studio.

En revanche, Ubisoft ne lui a toujours pas attribué publiquement de date de sortie précise. Il serait donc prématuré d’intégrer Splinter Cell Remake à une supposée vague de lancements imminents.

Sa simple existence reste néanmoins révélatrice. Black Flag, Rayman et Splinter Cell représentent trois périodes et trois genres différents du catalogue Ubisoft. Le groupe ne cherche pas seulement à restaurer une génération particulière de jeux, mais semble examiner plus largement les licences qui peuvent retrouver une place sur le marché actuel.

 

Les remakes peuvent-ils réellement devenir une stratégie de relance pour Ubisoft ?

Un catalogue immense et déjà connu du public

Ubisoft possède un avantage évident : près de quatre décennies de créations lui ont laissé un catalogue considérable. Assassin’s Creed, Prince of Persia, Rayman, Splinter Cell, Beyond Good & Evil, Far Cry ou encore Ghost Recon sont autant de noms qui disposent déjà d’une histoire et, à des degrés très différents, d’une notoriété auprès des joueurs.

Pour l’éditeur, cette reconnaissance peut réduire une partie du risque associé au lancement d’un jeu. Il reste nécessaire de convaincre sur la qualité et de financer le développement, mais il n’est pas nécessaire d’expliquer entièrement au public ce qu’est Splinter Cell ou pourquoi Edward Kenway peut être intéressant. La nostalgie assure une première visibilité, tandis qu’une véritable modernisation peut permettre de toucher ceux qui n’étaient pas là lors de la sortie originale.

Ce dernier point est essentiel. Une stratégie fondée uniquement sur la nostalgie finirait rapidement par tourner en rond. Le marché potentiel devient beaucoup plus intéressant lorsque le remake peut fonctionner simultanément comme retour d’un classique et comme porte d’entrée pour de nouveaux joueurs.

Black Flag montre l’intérêt commercial de la nostalgie bien exploitée

Black Flag Resynced fournit pour l’instant le meilleur argument en faveur de cette méthode. Le jeu original date de 2013. Treize ans plus tard, Ubisoft a pu conserver son cadre, son protagoniste et sa fantasy de pirate tout en modernisant suffisamment l’ensemble pour justifier une nouvelle commercialisation à grande échelle.

Le projet bénéficie également d’un élément que tous les anciens jeux Ubisoft ne possèdent pas : Black Flag avait déjà laissé une empreinte particulière dans l’histoire d’Assassin’s Creed. Le succès de son remake ne signifie donc pas qu’une nouvelle version de n’importe quel titre du catalogue pourrait reproduire 3,5 millions de sell-in en deux semaines.

C’est probablement là que se situera le véritable enjeu de la stratégie Ubisoft. L’entreprise devra identifier les œuvres dont le potentiel dépasse le simple souvenir des joueurs. Un remake coûteux d’une licence réclamée sur les réseaux sociaux n’est pas automatiquement un bon investissement. Il faut encore qu’un marché suffisamment large existe lorsque le jeu arrive réellement.

Prince of Persia rappelle que refaire un classique n’est pas une formule magique

Le meilleur contre-exemple se trouve déjà chez Ubisoft. En janvier 2026, l’entreprise a officiellement arrêté le développement de Prince of Persia: Les Sables du Temps Remake. Ubisoft a expliqué que le projet n’avait pas atteint le niveau de qualité attendu et que poursuivre sa production aurait nécessité davantage de temps et d’investissements que le groupe ne pouvait raisonnablement engager.

L’histoire du projet avait déjà été compliquée par plusieurs reports et changements de production. Elle démontre surtout qu’un remake ne supprime pas les difficultés classiques du développement. Une technologie doit être maîtrisée, une direction artistique trouvée, des mécaniques parfois âgées de vingt ans réinterprétées et les attentes des fans satisfaites. Dans certains cas, reconstruire un ancien jeu peut devenir presque aussi complexe que d’en concevoir un nouveau.

Le contraste avec Black Flag Resynced est révélateur. Ubisoft pourrait effectivement miser davantage sur les remakes après son succès, mais probablement avec une sélection plus sévère des projets capables de justifier leur budget.

 

Remakes, nouveaux jeux et services live : la vraie stratégie semble plus large

Les remakes peuvent remplir les espaces entre les grandes productions

Les remakes présentent également un intérêt dans la gestion du calendrier. Les grandes productions AAA demandent désormais de longues années de développement, tandis qu’Ubisoft cherche depuis longtemps à maintenir régulièrement ses principales marques sous les yeux du public.

Revisiter un ancien épisode permet théoriquement de compléter ce calendrier sans demander à chaque nouvelle sortie de réinventer totalement une franchise. Dans Assassin’s Creed, cette approche correspond d’ailleurs aux déclarations faites par Yves Guillemot dès 2024, lorsqu’il expliquait vouloir proposer des expériences différentes plus régulièrement.

Cela ne signifie pas nécessairement que les remakes seront des projets modestes. Black Flag Resynced montre précisément le contraire. Ils peuvent cependant devenir une catégorie supplémentaire dans le portefeuille : nouveaux épisodes majeurs, productions plus ciblées, contenus live, remakes et réinterprétations peuvent cohabiter afin de maintenir une marque active sur plusieurs années.

Ubisoft ne renonce pas pour autant aux nouveaux projets

Parler d’une « nouvelle stratégie Ubisoft basée sur les remakes » serait donc trop réducteur. Le groupe continue d’investir dans les services live et dans de nouveaux jeux appartenant à ses franchises existantes. Ses résultats du premier trimestre 2026-2027 précisent que le catalogue annuel comprend Black Flag Resynced, Rayman Legends Retold, Just Dance Decades of Hits, plusieurs contenus saisonniers et d’autres productions premium fondées sur des marques Ubisoft qui doivent encore être annoncées.

La réorganisation autour des Creative Houses va dans le même sens. Ubisoft ne répartit pas son portefeuille entre jeux neufs et remakes, mais entre grands ensembles de franchises et de genres auxquels sont associées des responsabilités économiques plus directes. Assassin’s Creed, Far Cry et Rainbow Six sont par exemple regroupés au sein de Vantage Studios, tandis que d’autres structures prennent en charge les shooters, les expériences live ou différents univers historiques du groupe.

Le remake est donc davantage un outil au sein de cette nouvelle organisation qu’une stratégie unique capable de résumer Ubisoft à lui seul.

Le succès de Black Flag pourrait néanmoins faire école

Il serait pourtant difficile d’imaginer que les performances de Black Flag Resynced ne soient pas étudiées de près en interne. Lorsqu’un remake dépasse ses attentes annuelles après quatorze jours, le message financier est particulièrement clair. Ubisoft dispose d’autres jeux populaires, de moteurs capables de soutenir leur reconstruction et d’un public qui demande régulièrement le retour de certaines licences.

La question n’est donc probablement plus de savoir si Ubisoft réalisera d’autres remakes, puisque l’entreprise avait déjà confirmé cette intention avant même la sortie de Black Flag Resynced. La véritable inconnue concerne désormais leur place dans le calendrier et le nombre de projets qui recevront effectivement le feu vert.

Après plusieurs années marquées par des reports, des restructurations et une volonté affichée de concentrer les ressources sur les projets les plus prometteurs, le catalogue historique peut représenter une réserve de valeur particulièrement séduisante. Encore faut-il éviter de transformer chaque souvenir apprécié en chantier AAA. Même dans le jeu vidéo, le bouton « refaire » n’est pas un cheat code économique.

 


En quelques mots

Les remakes Ubisoft ne constituent pas à eux seuls la nouvelle stratégie de l’éditeur, mais ils semblent clairement prendre une importance croissante. Yves Guillemot annonçait déjà plusieurs retours d’anciens Assassin’s Creed en 2024, et le lancement de Black Flag Resynced, avec 3,5 millions d’exemplaires en sell-in en 14 jours, donne désormais une justification commerciale très concrète à cette orientation. Rayman Legends Retold et Splinter Cell Remake renforcent l’impression d’un groupe prêt à exploiter davantage son patrimoine, tandis que l’abandon de Prince of Persia: Les Sables du Temps Remake rappelle que cette stratégie reste risquée. Ubisoft ne devient donc pas « l’entreprise des remakes », mais ses classiques pourraient bien devenir l’un des piliers de sa reconstruction.

Cet article vous a plu ? Suivez-nous sur nos réseaux sociaux pour ne rien manquer de l’actualité d’Achievement Industry.

Entreprise mise en avant dans cet article

Ubisoft

Ubisoft

Leader mondial du jeu vidéo, créateur de franchises emblématiques comme Assassin's Creed et Far Cry, offrant des expériences immersives et innovantes.

Voir l’entreprise
Vivien Reumont

À propos de l’auteur

Vivien Reumont

Journaliste jeux vidéo

Cofondateur et journaliste chez Achievement Industry, Vivien Reumont est spécialisé dans l’actualité internationale du jeu vidéo. Il couvre particulièrement l’industrie chinoise ainsi que les principaux événements gaming en Asie.

Recommandations

Tu aimerais peut-être

Dernières actualités

Les dernières actualités

Voir tous les articles

Consentement des cookies

Si tout est bon pour vous, on peut augmenter votre expérience sur ce site en vous proposant un service personnalisé.

Alors, prêt pour commencer l'aventure ?

Image de cookie