Jeux physiques PlayStation: des éditeurs mécontents
Sony abandonnera les disques pour les nouveaux jeux PlayStation en 2028. Selon Digital Foundry, des développeurs et éditeurs s’en inquiètent.

La fin annoncée des jeux physiques PlayStation ne provoque pas seulement des réactions chez les joueurs. Deux mois après l’annonce de Sony Interactive Entertainment, une partie des professionnels du secteur regarderait également cette transition vers le tout numérique avec inquiétude. Dans l’émission DF Direct Weekly #279, publiée le 31 août 2026, John Linneman de Digital Foundry affirme avoir échangé à la Gamescom avec de nombreux développeurs et représentants d’éditeurs qui se seraient montrés très mécontents de la décision. Un témoignage qui ne permet pas de mesurer l’ampleur exacte de la contestation, puisque les entreprises concernées ne sont pas nommées, mais qui souligne une réalité importante : pour certains acteurs, le disque reste encore un élément significatif du modèle économique.
Des développeurs et éditeurs mécontents de la décision de Sony
John Linneman rapporte un accueil très négatif à la Gamescom 2026
La Gamescom 2026 a offert à John Linneman l’occasion de sonder directement certains professionnels de l’industrie après l’annonce de Sony. Dans DF Direct Weekly #279, le journaliste de Digital Foundry explique avoir discuté du sujet avec de nombreux développeurs et personnes travaillant chez des éditeurs. Selon lui, la réaction aurait été largement négative. L’épisode a été publié le 31 août 2026, au lendemain du salon allemand, et consacre notamment une séquence à l’avenir des supports physiques.
Linneman résume le sentiment qu’il dit avoir rencontré sur place avec des termes particulièrement forts :
“They were largely very upset.”
« Ils étaient en grande partie très mécontents », explique-t-il en substance. Selon lui, certaines des entreprises avec lesquelles il a échangé réaliseraient encore une part considérable de leur activité grâce aux ventes physiques. Il estime donc que la disparition programmée des disques PlayStation pourrait réellement affecter certains modèles économiques.
Le journaliste ajoute également avoir ressenti « beaucoup de ressentiment » autour de la stratégie adoptée par Sony. Il s’agit toutefois d’un témoignage de John Linneman sur des conversations tenues avec des professionnels, et non d’une déclaration officielle provenant d’un groupe identifié d’éditeurs ou de studios. Cette distinction est essentielle pour ne pas transformer une tendance observée dans les coulisses en opposition généralisée de l’industrie.
Des entreprises encore dépendantes des ventes physiques
L’un des éléments les plus intéressants du témoignage concerne la place économique du format physique. John Linneman affirme que, pour plusieurs entreprises rencontrées, les ventes sur disque représenteraient encore une part importante de leurs revenus, pouvant même constituer la majorité des ventes dans certains cas.
Cette situation peut sembler paradoxale à une époque où Sony présente le numérique comme le mode de consommation largement privilégié par sa communauté. Les deux réalités ne sont pourtant pas incompatibles. La part globale du numérique peut être dominante à l’échelle de PlayStation tout en laissant certains jeux, certains marchés géographiques ou certains éditeurs beaucoup plus dépendants des magasins et des exemplaires physiques.
Le disque permet notamment de toucher les joueurs qui achètent encore principalement en boutique, qui offrent des jeux, qui recherchent des éditions limitées ou qui profitent des promotions proposées par différents revendeurs. Pour des structures dont les ventes reposent davantage sur ces circuits, la disparition d’un support n’est donc pas seulement une question de nostalgie ou de collection.
Le problème potentiel tient aussi au contrôle de la distribution. Un jeu physique peut être vendu par de nombreuses enseignes qui fixent leurs propres promotions et utilisent parfois les jeux vidéo comme produits d’appel. Dans un environnement exclusivement numérique sur console, la plateforme prend une place beaucoup plus centrale dans l’accès au produit.
Aucun développeur ou éditeur concerné n’a été nommé
Les déclarations de John Linneman doivent néanmoins être utilisées avec prudence. Digital Foundry n’a pas donné le nom des développeurs ou des éditeurs qui auraient exprimé leur mécontentement à la Gamescom 2026. Il est donc impossible, à ce stade, de déterminer combien d’entreprises partagent réellement cette position ou d’évaluer leur poids dans l’écosystème PlayStation.
Aucune information disponible ne permet non plus d’affirmer que ces discussions se sont transformées en contestation organisée auprès de Sony Interactive Entertainment. Les propos rapportés indiquent avant tout un malaise rencontré par Linneman dans ses conversations professionnelles.
Cette absence de noms peut évidemment s’expliquer par la nature même des échanges organisés en marge d’un salon. Les représentants de studios et d’éditeurs ne souhaitent pas nécessairement critiquer publiquement l’entreprise qui exploite l’une des principales plateformes sur lesquelles ils commercialisent leurs jeux.
Le témoignage reste néanmoins notable, car il fait apparaître une contestation différente de celle exprimée par les joueurs depuis juillet. La disparition des disques ne concerne plus seulement le débat autour de la possession, de la préservation ou du marché de l’occasion. Elle pourrait aussi devenir une question de répartition des revenus et de stratégie commerciale pour certains partenaires de PlayStation.
Ce que Sony a réellement décidé pour les jeux physiques PlayStation
Les nouveaux jeux ne seront plus produits sur disque dès janvier 2028
Sony Interactive Entertainment a officialisé sa décision le 1er juillet 2026 sur le PlayStation Blog. À partir de janvier 2028, la production de disques pour tous les nouveaux jeux sortant sur les consoles PlayStation sera abandonnée. Les nouveaux titres seront alors distribués sur le PlayStation Store et chez les revendeurs sous des formats numériques.
Cette formulation est importante. Sony n’a pas annoncé que tous les disques PlayStation cesseraient immédiatement de fonctionner ou que les jeux déjà commercialisés disparaîtraient des rayons en janvier 2028. La mesure vise les nouveaux jeux commercialisés à partir de cette date.
L’annonce constitue néanmoins une transformation majeure de l’écosystème PlayStation. Les générations précédentes ont toujours bénéficié d’un support physique traditionnel, même lorsque les ventes numériques ont commencé à progresser fortement. En supprimant la production de disques pour les nouvelles sorties, Sony établit désormais une échéance claire pour la fin de ce modèle.
Cette décision concerne officiellement les « consoles PlayStation » et ne se limite donc pas, dans la formulation employée par Sony, à la seule PS5. Elle donne également une indication importante sur la stratégie de distribution envisagée pour les prochaines machines de l'entreprise.
Les jeux sortis avant cette date ne sont pas concernés
Sony a apporté une précision qui évite une confusion fréquente depuis l’annonce. Les jeux déjà commercialisés sur disque, ainsi que ceux qui sortiront en version physique avant janvier 2028, ne sont pas concernés par la transition annoncée.
Autrement dit, la date de janvier 2028 marque l’arrêt des nouvelles productions physiques pour les futures sorties, et non l’effacement instantané du catalogue existant. Les stocks de jeux déjà fabriqués pourront continuer à circuler et le marché de l’occasion ne disparaîtra évidemment pas du jour au lendemain.
La nuance est également importante pour les propriétaires actuels de PS5 équipées d’un lecteur. Rien dans l’annonce de Sony n’indique que les disques déjà compatibles avec leur console cesseront d’être utilisables.
À plus long terme, la situation pourrait néanmoins modifier la valeur pratique du lecteur de disque. Si aucune nouvelle sortie PlayStation ne bénéficie d’une édition physique après janvier 2028, celui-ci servira essentiellement au catalogue antérieur, aux jeux d’occasion et aux autres supports compatibles avec les machines concernées.
Sony justifie sa stratégie par la progression des achats numériques
Sony présente cette décision comme une adaptation aux habitudes des consommateurs. Dans son annonce officielle, l’entreprise explique que les préférences du public et l’industrie du divertissement se déplacent progressivement des supports physiques vers le numérique. Selon Sony Interactive Entertainment, la consommation numérique dépasse désormais largement celle des disques parmi sa communauté.
L’entreprise considère donc l’arrêt du physique comme une évolution logique lui permettant d’aligner ses ressources avec la manière dont la majorité des joueurs accèdent désormais à leurs jeux.
Cette justification reflète une tendance de fond visible depuis plusieurs générations de consoles. Les téléchargements, abonnements, mises à jour massives et bibliothèques associées aux comptes ont progressivement fait du numérique un pilier du marché console.
La moyenne globale ne raconte toutefois pas toute l’histoire. C’est précisément sur ce point que le témoignage de John Linneman apporte un éclairage différent. Même si les joueurs PlayStation achètent majoritairement des contenus numériques dans leur ensemble, certaines entreprises pourraient conserver une clientèle beaucoup plus attachée au physique. La décision de Sony repose donc sur une tendance générale qui n’affectera pas nécessairement tous ses partenaires de la même manière.
Pourquoi la disparition des disques inquiète aussi l’industrie
Le physique reste un canal important pour certains éditeurs
La disparition du disque modifie davantage qu'un simple support de stockage. Elle entraîne aussi la suppression progressive d’un canal de distribution distinct. Pour un éditeur, vendre un jeu sur le PlayStation Store ou vendre des exemplaires auprès de plusieurs enseignes ne repose pas exactement sur les mêmes mécanismes commerciaux.
Les boutiques physiques et les revendeurs en ligne disposent de leurs propres stocks, promotions et stratégies tarifaires. Ils peuvent réduire le prix d’un jeu, organiser une opération commerciale ou mettre en avant un titre plusieurs mois après son lancement. Ces différentes portes d’entrée permettent à certains éditeurs de toucher des publics qui ne consultent pas nécessairement le PlayStation Store avec la même fréquence.
Le cas des éditions physiques spécialisées est également notable. Plusieurs sociétés ont construit une partie de leur activité sur les éditions collector, les petits tirages ou la distribution physique de productions indépendantes. Pour ces acteurs, le disque constitue un produit à part entière, avec une valeur commerciale différente de celle d’une simple licence téléchargée.
John Linneman estime d’ailleurs que certains partenaires pourraient accorder davantage d’importance à la Nintendo Switch 2 afin de préserver une activité autour des jeux physiques, même si cette réaction potentielle reste, là encore, fondée sur son ressenti et ses discussions à la Gamescom plutôt que sur des annonces officielles d’éditeurs.
Une décision qui dépasse la seule question des collectionneurs
Une grande partie du débat public autour de la fin des jeux physiques PlayStation s’est jusqu’ici concentrée sur la notion de propriété. Un disque peut être revendu, prêté, donné ou conservé longtemps après son achat, même si les jeux modernes peuvent également dépendre de correctifs, de téléchargements supplémentaires ou de services en ligne.
Pour l’industrie, d’autres considérations entrent toutefois en jeu. La distribution physique fait intervenir des fabricants, logisticiens, grossistes et revendeurs. Sa disparition progressive transforme donc toute une chaîne économique qui dépasse Sony et les studios.
Elle réduit également la concurrence entre points de vente pour les versions PlayStation des futurs jeux. Lorsqu'un titre est proposé sur disque, plusieurs enseignes peuvent théoriquement rivaliser sur son tarif. Lorsqu'une console fonctionne exclusivement avec des licences numériques, la plateforme qui contrôle sa boutique occupe une position beaucoup plus importante dans la commercialisation du produit.
Sony précise cependant que les nouveaux jeux continueront également d’être vendus « chez les revendeurs » sous des formats numériques. Ces détaillants pourraient ainsi commercialiser des codes ou d’autres formes d’accès numérique. Cela préserverait une présence commerciale en magasin, mais ne reproduirait pas toutes les caractéristiques d’un disque traditionnel.
Petits et grands éditeurs pourraient ne pas être exposés de la même manière
L’impact de cette transition dépendra probablement beaucoup du profil de chaque entreprise. Les plus grands éditeurs disposent de campagnes marketing mondiales, de communautés installées et de ressources permettant de diriger directement les joueurs vers les boutiques numériques.
Pour des entreprises plus petites ou spécialisées dans les éditions physiques, la situation peut être différente. Une présence en rayon peut offrir de la visibilité à un jeu longtemps après sa sortie. Les éditions physiques limitées peuvent également créer une source de revenus complémentaire auprès des collectionneurs.
Il serait cependant excessif de conclure que l’ensemble des studios indépendants ou des petits éditeurs seront pénalisés. Le numérique a aussi supprimé une grande partie des coûts de fabrication et de logistique qui rendaient autrefois une distribution console internationale difficile pour les productions modestes.
La transition voulue par Sony crée donc des gagnants et des perdants potentiels selon les modèles économiques. Pour certains développeurs, la disparition du disque pourrait ne modifier presque rien. Pour d’autres, notamment ceux dont les performances commerciales restent fortement liées aux boutiques et aux exemplaires physiques, janvier 2028 représente un changement beaucoup plus profond.
C’est probablement cette diversité de situations qui rend les propos de John Linneman intéressants. Sony observe son marché à l’échelle globale et estime que le numérique correspond à la préférence de la majorité de ses utilisateurs. Les entreprises qui produisent les jeux, elles, observent leurs propres chiffres. Ces deux lectures peuvent parfaitement être exactes tout en conduisant à des conclusions opposées.
En quelques mots
Sony Interactive Entertainment mettra fin à la production de disques pour les nouveaux jeux PlayStation à partir de janvier 2028, une décision justifiée par la progression du numérique. Mais selon John Linneman de Digital Foundry, plusieurs développeurs et représentants d’éditeurs rencontrés à la Gamescom 2026 se seraient montrés très mécontents de cette orientation, certains restant fortement dépendants des ventes physiques. Aucune des entreprises concernées n’a cependant été identifiée, ce qui impose de considérer ces déclarations comme le témoignage d’un journaliste sur les réactions observées dans l’industrie, et non comme une opposition officielle et généralisée à Sony. La disparition programmée du disque soulève ainsi une question qui va au-delà des collectionneurs : tous les acteurs du marché PlayStation ne semblent pas avoir effectué leur transition vers le numérique au même rythme.
À propos de l’auteur
Florian Reumont
Journaliste jeux vidéo
Cofondateur et journaliste chez Achievement Industry, Florian Reumont couvre l’actualité de l’industrie du jeu vidéo avec une spécialisation particulière sur Nintendo, ses consoles, ses licences et son écosystème.
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