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Critiques et retours de joueurs

Bloodlines 2 un an après: pourquoi notre avis a changé

Près d'un an après sa sortie, Bloodlines 2 reste imparfait mais notre avis évolue face à son gameplay, ses personnages et ses défauts de RPG.

Illustration sombre montrant une vampire aux crocs apparents et aux mains griffues, entourée d’une brume rouge. Derrière elle se dresse la silhouette d’un homme au chapeau, avec une ville et une pleine lune en arrière-plan.

À quelques jours de son premier anniversaire, nous avons décidé de retourner dans les rues nocturnes de Seattle. Lors de sa sortie le 21 octobre 2025, Vampire: The Masquerade - Bloodlines 2 arrivait avec un poids presque impossible à porter: celui d'une suite attendue pendant des années, d'un développement particulièrement mouvementé et surtout d'un nom associé à l'un des RPG cultes du début des années 2000. Notre premier contact n'avait pas échappé à cette attente. Presque un an plus tard, une fois la hype retombée et après avoir repris le jeu avec davantage de recul, notre avis a quelque peu changé. Non, Bloodlines 2 n'est toujours pas le grand RPG vampirique aux choix vertigineux que certains imaginaient. Mais non, nous ne pensons plus non plus qu'il mérite entièrement la rafale de critiques qui lui est tombée dessus.

 

Bloodlines 2 un an après: le poids d'un développement hors norme

Un projet annoncé en 2019 qui a failli ne jamais sortir

Pour comprendre pourquoi Vampire: The Masquerade - Bloodlines 2 a été jugé aussi sévèrement, il faut revenir quelques années en arrière. Paradox Interactive annonce officiellement le projet en mars 2019, avec Hardsuit Labs au développement et une sortie initialement prévue en 2020. L'ambition affichée est alors claire: proposer un véritable successeur au jeu de Troika Games, avec un monde réactif, des relations politiques complexes et des décisions capables d'influencer l'expérience.

La suite est beaucoup moins simple. Les reports s'accumulent et Paradox annonce finalement que Hardsuit Labs ne dirigera plus le développement. The Chinese Room reprend le projet et travaille dessus à partir de 2021, même si son implication n'est publiquement révélée qu'en septembre 2023. La version finalement sortie en octobre 2025 est donc le résultat d'un parcours de plus de six ans, avec un changement majeur de studio et de direction en cours de route.

Dans ce contexte, le simple fait que le jeu existe sous une forme cohérente relève déjà presque du petit miracle industriel. Cela ne dispense évidemment pas le produit final d'être jugé pour ce qu'il est, surtout lorsqu'il est vendu comme la suite d'un RPG aussi important. Mais avec le recul, ignorer complètement son historique revient aussi à passer à côté d'une partie de l'histoire.

Le nom Bloodlines a créé des attentes difficiles à satisfaire

Le problème principal de Bloodlines 2 est peut-être inscrit directement sur sa boîte. Le premier Vampire: The Masquerade - Bloodlines est devenu une référence pour sa liberté, ses dialogues, ses personnages, ses différentes approches et sa manière de transposer l'univers du jeu de rôle papier en jeu vidéo.

Dès lors, appeler cette suite Bloodlines 2 impliquait forcément une comparaison. Beaucoup attendaient un RPG dense, rempli de quêtes, de ramifications, de compétences sociales et de situations capables d'évoluer réellement selon les décisions du joueur. Quelque chose qui aurait pu regarder du côté des grands RPG modernes, avec une profondeur comparable aux références du genre.

Ce n'est pas vraiment le jeu que The Chinese Room a livré. La communication officielle décrit d'ailleurs aujourd'hui Bloodlines 2 comme un action-RPG, ce qui correspond bien davantage à sa véritable identité. Phyre possède des capacités vampiriques, plusieurs clans sont disponibles et certaines décisions existent, mais le jeu reste considérablement plus dirigiste que ce que le nom Bloodlines pouvait laisser espérer.

Une réception qui a durablement collé au jeu

Cette différence entre les attentes et le produit final s'est immédiatement ressentie dans la réception. Près d'un an après sa sortie, le jeu affiche toujours un Metascore de 62. Sur Steam, les évaluations anglophones restent globalement mitigées, avec 55 % d'avis positifs relevés récemment sur la boutique.

Ces chiffres ne racontent pas tout, mais ils illustrent assez bien la réputation acquise par le jeu. Bloodlines 2 est rapidement devenu, dans une partie des discussions, le symbole d'une suite qui n'aurait pas été à la hauteur de son héritage.

C'est précisément ce qui rend intéressant le fait d'y revenir. En lançant le jeu aujourd'hui sans attendre qu'il révolutionne le RPG occidental, l'expérience apparaît différente.

 

Ce que notre second passage dans Seattle nous a fait revoir

Les combats ne sont pas exceptionnels, mais restent plaisants

Le gameplay de Bloodlines 2 ne va probablement pas redéfinir le jeu d'action à la première personne. Pourtant, après plusieurs heures supplémentaires, nous avons trouvé les combats plus satisfaisants que dans notre souvenir.

Les pouvoirs vampiriques jouent beaucoup dans cette impression. Manipuler un ennemi, exploiter ses capacités de clan, se déplacer rapidement dans une arène puis se nourrir au milieu d'un affrontement fonctionne plutôt bien. Le système manque parfois de profondeur sur la durée, mais il possède suffisamment d'impact pour rendre les premières heures particulièrement agréables.

The Chinese Room a également continué à retravailler cet aspect après la sortie. La Spring Update d'avril 2026 a notamment ajouté la possibilité de manier directement plusieurs armes de mêlée, ainsi qu'une mécanique de garde. La Summer Update a ensuite étendu les possibilités liées aux armes à distance. Ces changements ne transforment pas totalement le système de combat, mais ils montrent que sa version actuelle est plus complète que celle disponible au lancement.

Les déplacements sont l'une des vraies réussites du jeu

C'est un élément que nous apprécions toujours autant: se déplacer avec Phyre est extrêmement fluide. Parcourir les rues, grimper, traverser rapidement certains espaces et utiliser les capacités surnaturelles pour maintenir le rythme donne une véritable sensation de puissance.

Le problème vient davantage du terrain de jeu lui-même. Seattle donne parfois l'impression d'être trop petite et surtout de manquer de vie. La mobilité du personnage donne envie d'explorer davantage, mais le monde ne récompense pas toujours cette curiosité comme nous l'aurions souhaité.

Le contraste est presque frustrant. Le jeu possède un personnage particulièrement agréable à contrôler, mais pas toujours un environnement suffisamment riche pour exploiter pleinement ce potentiel. On traverse alors certaines zones davantage parce que le déplacement est plaisant que parce que l'on s'attend réellement à découvrir une nouvelle quête ou une situation inattendue.

Phyre et les personnages sauvent une partie de l'expérience

Notre retour sur le jeu nous a également rappelé une de ses qualités les plus importantes: ses personnages. Plusieurs membres de la distribution possèdent suffisamment de personnalité et de présence pour donner envie de poursuivre l'histoire.

Phyre fonctionne également plutôt bien comme protagoniste. Le personnage possède une identité plus définie que l'avatar relativement libre auquel certains joueurs pouvaient s'attendre pour un jeu Vampire: The Masquerade, mais cette approche permet aussi aux scénaristes de lui donner davantage de personnalité.

Tout n'est pas suffisamment approfondi et certains éléments du récit auraient mérité davantage de temps. Pourtant, quand Bloodlines 2 ralentit le rythme pour laisser ses vampires discuter, manipuler ou négocier, il retrouve une partie de ce qui rend le World of Darkness intéressant. Ce sont ces moments, davantage que la structure globale du RPG, qui nous ont donné envie de rester dans cette version de Seattle.

 

Bloodlines 2 reste trop superficiel pour être le grand RPG attendu

Les dialogues donnent rarement l'impression de vraiment choisir

C'est ici que notre avis reste largement inchangé. Bloodlines 2 nous propose régulièrement plusieurs réponses, mais celles-ci donnent trop rarement le sentiment de pouvoir complètement modifier une situation.

Pour un RPG utilisant la licence Vampire: The Masquerade, c'est particulièrement dommage. Cet univers paraît presque conçu pour accueillir des systèmes de persuasion, d'intimidation, de manipulation politique et de conséquences sociales. Nous aurions aimé devoir réfléchir davantage à notre manière de parler aux personnages, à nos alliances et aux répercussions de certaines décisions plusieurs heures plus tard.

Le jeu donne parfois l'impression de nous laisser choisir la personnalité de notre réponse plutôt que le véritable chemin emprunté. Ce n'est pas forcément un problème dans une aventure narrative linéaire, mais cela devient beaucoup plus visible lorsque le jeu porte le nom Bloodlines.

Un arbre de compétences qui manque de personnalité

Même constat du côté de la progression. Les différents clans proposent bien des capacités spécifiques et permettent de modifier certaines approches, mais l'arbre de compétences ne nous a jamais donné cette sensation de construire véritablement notre propre vampire.

Changer de clan modifie des pouvoirs et certaines possibilités, mais pas suffisamment la structure de l'expérience. Nous aurions aimé que notre manière de développer Phyre entraîne des avantages plus marqués, mais aussi de véritables sacrifices.

Le jeu possède pourtant tous les ingrédients nécessaires. Les disciplines vampiriques peuvent être amusantes, les combats permettent déjà plusieurs approches et le World of Darkness fournit une quantité considérable de matière. Il manque simplement une couche supplémentaire de profondeur pour transformer ces systèmes individuels en véritable mécanique de jeu de rôle.

Le sang aurait pu devenir le cœur de la progression

C'est probablement l'une des occasions manquées qui nous paraît la plus évidente après ce nouveau passage. Pourquoi ne pas avoir davantage lié la progression à la nécessité de boire du sang ?

À la place d'un fonctionnement principalement fondé sur une progression classique, Bloodlines 2 aurait pu faire du sang une ressource beaucoup plus centrale. La quantité absorbée, le type de victime ou les risques pris pour se nourrir auraient pu participer directement au développement de Phyre.

Une telle approche aurait donné beaucoup plus d'intérêt aux passants présents dans Seattle. Se nourrir n'aurait plus seulement servi une mécanique immédiate, mais serait devenu un véritable choix de progression. Boire beaucoup aurait pu accélérer le développement de certaines capacités, tout en augmentant les risques de briser la Mascarade ou d'attirer l'attention.

Ce n'est évidemment qu'une piste de game design, pas quelque chose que le jeu avait promis. Mais elle montre à quel point l'univers disposait de possibilités qui restent finalement peu exploitées.

Des bugs encore difficiles à ignorer

Notre nouvelle partie n'a malheureusement pas été parfaitement propre. Nous avons encore rencontré plusieurs comportements étranges, notamment des animations qui ne se déclenchent pas correctement et des changements d'apparence de notre personnage pendant certaines séquences.

Ces problèmes sont d'autant plus visibles que le jeu a bénéficié de nombreux correctifs depuis son lancement. The Chinese Room a publié quatre mises à jour majeures après la sortie, accompagnées de plusieurs hotfixes et de deux extensions narratives. Le 9 septembre 2026, un ultime patch est encore venu corriger plusieurs problèmes susceptibles de bloquer des quêtes ou la progression.

La situation est donc meilleure qu'au lancement, mais Bloodlines 2 conserve quelques traces de son développement compliqué. À certains moments, on sent toujours les coutures.

 

Bloodlines 2 mérite-t-il vraiment toutes les critiques reçues ?

Non, ce n'est toujours pas le Bloodlines dont beaucoup rêvaient

Après ce nouveau test, il serait facile de tomber dans l'excès inverse et de présenter Bloodlines 2 comme un jeu incompris. Ce n'est pas notre conclusion.

Si vous cherchez avant tout un RPG extrêmement profond où presque chaque dialogue ouvre une nouvelle possibilité, où les quêtes peuvent être résolues de nombreuses manières et où chaque construction de personnage transforme radicalement la partie, Bloodlines 2 risque toujours de vous décevoir.

Il manque de profondeur dans ses dialogues, sa progression reste assez classique, son monde aurait gagné à être plus dense et son histoire ne va pas toujours aussi loin qu'elle le pourrait. Le poids du nom Bloodlines rend forcément ces faiblesses plus difficiles à ignorer.

Mais le réduire à un mauvais jeu paraît aujourd'hui excessif

C'est là que notre avis a véritablement changé. Une fois débarrassé d'une partie de la hype qui précédait sa sortie, Bloodlines 2 fonctionne beaucoup mieux pour ce qu'il est réellement: un action-RPG narratif imparfait dans l'univers de Vampire: The Masquerade.

Les déplacements sont réussis. Les pouvoirs sont plaisants à utiliser. Les combats fonctionnent correctement. Plusieurs personnages sont suffisamment bien écrits et charismatiques pour porter l'aventure. L'ambiance vampirique est présente et, même si Seattle manque parfois de densité, nous avons pris davantage de plaisir à parcourir ses rues lors de ce nouveau passage.

Ce n'est toujours pas notre jeu de l'année. Ce n'est pas davantage le grand RPG vampirique que nous aurions aimé recevoir. Mais entre ces deux constats et l'étiquette de catastrophe absolue, il existe une énorme zone intermédiaire. C'est précisément là que nous placerions aujourd'hui Bloodlines 2.

Le premier Bloodlines rappelle que le temps peut changer un héritage

Il est tentant de comparer cette situation avec celle du premier jeu, mais il faut le faire avec prudence. Vampire: The Masquerade - Bloodlines est aujourd'hui considéré comme un classique culte, notamment pour son écriture et sa liberté. Sa réception critique d'origine était cependant meilleure que celle de sa suite: le titre de Troika Games affiche un Metascore de 80, contre 62 pour Bloodlines 2.

Les deux jeux ne suivent donc pas exactement la même trajectoire. Rien ne permet d'affirmer que Bloodlines 2 deviendra lui aussi un classique dans dix ou vingt ans.

En revanche, le premier épisode rappelle une chose importante: la réputation d'un jeu n'est pas toujours figée au moment de sa sortie. Avec le temps, les attentes disparaissent progressivement et ce sont souvent les qualités propres du jeu qui restent.

Dans le cas de Bloodlines 2, nous commençons justement à ressentir cet effet. En oubliant ce qu'il aurait dû être, nous avons mieux apprécié ce qu'il réussit réellement.

 


En quelques mots

Presque un an après sa sortie, notre avis sur Vampire: The Masquerade - Bloodlines 2 s'est donc adouci. Le jeu reste trop limité dans ses choix, ses dialogues et ses systèmes de progression pour devenir le grand RPG que le nom Bloodlines pouvait laisser espérer. Sa carte manque de densité, son arbre de compétences aurait mérité davantage de profondeur et plusieurs bugs subsistent encore. Pourtant, ses combats restent plaisants, ses pouvoirs fonctionnent bien, ses déplacements sont particulièrement fluides et ses personnages possèdent suffisamment de personnalité pour soutenir l'aventure. Bloodlines 2 n'est pas devenu un chef-d'œuvre avec le temps, mais nous ne pensons plus qu'il mérite d'être résumé à l'échec que certains ont décrit lors de sa sortie. Une fois la hype retombée, il reste simplement un action-RPG imparfait, parfois frustrant, mais suffisamment solide pour mériter une seconde chance.

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Vivien Reumont

À propos de l’auteur

Vivien Reumont

Journaliste jeux vidéo

Cofondateur et journaliste chez Achievement Industry, Vivien Reumont est spécialisé dans l’actualité internationale du jeu vidéo. Il couvre particulièrement l’industrie chinoise ainsi que les principaux événements gaming en Asie.

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