
On pourrait croire à un scénario écrit pour une série dramatique sur les dessous de l’industrie vidéoludique. Pourtant, MindsEye, le jeu ambitieux du studio Build A Rocket Boy, se retrouve au cœur d’un feuilleton des plus troublants. Alors que son lancement a été vivement critiqué, une toute autre histoire est venue alimenter la polémique : le studio affirme avoir été victime d’un sabotage organisé, à hauteur d’un million d’euros.
Ce qui n’était d’abord qu’un lancement manqué s’est transformé en une affaire aux allures de conspiration. Entre accusations publiques, cybersurveillance des employés et menaces de poursuites judiciaires, la situation de MindsEye dépasse désormais le simple cadre du jeu vidéo.
Dans cet article, nous plongeons au cœur de cette affaire, en décortiquant les éléments dévoilés par le studio, les réactions des parties accusées, et les implications plus larges pour l’industrie.
Le lancement désastreux de MindsEye
Une ambition AAA tombée à l’eau
MindsEye était attendu comme un projet phare, porté par un studio fondé par Leslie Benzies, ex-producteur de GTA. Avec une ambition de proposer une expérience narrative haut de gamme mêlée à des mécaniques de monde ouvert, le jeu promettait d’être un concurrent sérieux dans le segment des AAA indépendants.
Mais dès sa sortie, le verdict a été sans appel. Les joueurs ont pointé du doigt une expérience instable, des bugs bloquants, une interface confuse, et surtout un contenu bien loin de ce qui avait été initialement teasé. L’espoir d’une nouvelle pépite vidéoludique s’est rapidement évaporé face à la réalité technique et ludique du produit livré.
Comme l’écrit ironiquement un utilisateur sur X (ex-Twitter) :
« J’ai eu plus de fun en lisant les patch notes qu’en jouant à MindsEye. »
Les retours critiques et communautaires
La presse spécialisée a rapidement emboîté le pas, avec des critiques majoritairement négatives. Certains médias ont évoqué un jeu « inachevé », « mal conçu » ou « prématurément lancé ». Du côté de la communauté, c’est un mélange de déception et de colère qui a dominé les réseaux.
Sur des plateformes comme Reddit ou Steam, les témoignages d’utilisateurs frustrés se sont multipliés. Plusieurs influents streamers ont même retiré le jeu de leur programmation, amplifiant le bad buzz. Pourtant, malgré ces retours accablants, un doute commençait à poindre : et si quelque chose d’anormal se cachait derrière ce rejet massif ?
Un sabotage orchestré ?
Mark Gerhard sonne l’alerte
La situation aurait pu s’arrêter à un échec commercial, comme beaucoup d’autres dans l’industrie. Mais c’était sans compter sur une déclaration fracassante de Mark Gerhard, co-PDG de Build A Rocket Boy, qui a pris tout le monde de court. Lors d’une réunion interne fin janvier, il a affirmé avoir identifié les responsables d’une vaste campagne de sabotage menée contre MindsEye.
Selon ses propos, révélés par le site Insider Gaming, des individus auraient sciemment tenté de nuire à la réputation du jeu dès sa sortie. Il parle d’une opération sophistiquée, impliquant des influenceurs rémunérés, des journalistes, et même — plus grave encore — des employés du studio eux-mêmes.
Gerhard affirme :
« On les a attrapés. Ce n’est pas une coïncidence si tout a déraillé aussi vite. »
Ces déclarations n’ont pas tardé à faire le tour des rédactions, transformant une controverse technique en une affaire d’espionnage industriel.
Les accusations visant Ritual Network
Au cœur des accusations : Ritual Network, une entreprise britannique spécialisée dans le soutien aux créateurs de contenu. Gerhard l’accuse d’avoir orchestré cette campagne de dénigrement, en finançant activement les critiques négatives sur le jeu.
La société aurait — selon lui — versé de l’argent à trois journalistes, à plusieurs influenceurs, et infiltré le studio avec la complicité de certains employés. Le but ? Saboter la sortie du jeu de l’intérieur.
Face à ces allégations graves, Ritual Network a rapidement réagi en publiant un démenti formel :
« Ritual Network est une plateforme de soutien aux créateurs et n’est pas impliquée dans l’affaire que vous mentionnez. Nous n’avons connaissance d’aucune action en justice légitime visant Ritual Network et n’avons reçu aucune preuve étayant ces allégations. Toute suggestion liant Ritual Network à ces allégations est fausse. »
Le ton est posé, mais la tension est palpable. Les prochaines semaines pourraient bien sceller le début d’une bataille judiciaire sans précédent dans le monde du jeu vidéo.
Une campagne de dénigrement à un million d’euros
Influenceurs, journalistes, employés : tous impliqués ?
L’une des révélations les plus stupéfiantes de cette affaire est sans doute le montant que Mark Gerhard attribue à la campagne de sabotage : plus d’un million d’euros. Une somme vertigineuse, qui aurait servi à financer des contenus critiques, corrompre des voix médiatiques, et provoquer un effet boule de neige toxique autour de MindsEye.
Le rapport de Insider Gaming mentionne un plan structuré : certains créateurs de contenu auraient été contactés et rémunérés pour publier des avis négatifs déguisés en tests objectifs. Trois journalistes auraient été rémunérés pour orienter leurs articles, et des employés du studio auraient agi en taupes, transmettant des informations sensibles à l'extérieur.
Une mécanique de destruction bien huilée ? C’est ce que la direction du studio laisse entendre. Le plus troublant reste l’implication supposée d’individus interne à Build A Rocket Boy, qui auraient trahi leur employeur dans l’ombre.
Des preuves et une procédure judiciaire imminente
Malgré le démenti catégorique de Ritual Network, le studio ne compte pas en rester là. Il affirme détenir des preuves concrètes des agissements incriminés. Bien que ces éléments n’aient pas encore été rendus publics, Gerhard assure que son équipe est prête à les présenter devant la justice.
Une plainte serait en préparation, et Build A Rocket Boy envisagerait de poursuivre plusieurs parties impliquées dans cette affaire. Le studio mise également sur la transparence et la réputation de son leadership pour traverser la tempête.
« Il ne s’agit pas d’une crise de communication, mais d’un sabotage industriel. Nous avons la ferme intention de défendre notre travail et notre équipe. » – Mark Gerhard
La prudence reste de mise tant que les documents n’ont pas été officiellement révélés, mais une chose est certaine : cette affaire dépasse désormais largement les murs d’un simple studio de développement.
Une cybersurveillance controversée
Teramind : espionnage ou prévention ?
Parmi les révélations de cette affaire, une information a particulièrement surpris, voire choqué une partie du public : l’utilisation par Build A Rocket Boy d’un logiciel de cybersurveillance avancé baptisé Teramind. Ce programme permet de surveiller en temps réel les actions des employés sur leur poste informatique, des frappes clavier aux transferts de fichiers, en passant par la navigation web.
Si ce type d’outil est courant dans certaines entreprises très sensibles à la sécurité, son usage dans un studio de jeu vidéo a suscité des réactions mitigées. Certains y voient une nécessité en période de crise, d’autres une dérive vers un contrôle excessif.
Mark Gerhard justifie ce choix ainsi :
« Nous devons être vigilants. Ce n’est pas de la surveillance arbitraire, c’est un moyen d’encourager l’équipe IT à élever continuellement le niveau de sécurité. »
Mais cette justification ne suffit pas à faire taire les critiques sur les conditions de travail et la pression psychologique que ce type de surveillance peut engendrer.
Une culture d’entreprise sous tension
La mise en place de Teramind semble symptomatique d’un climat de méfiance au sein du studio. Avec des soupçons de trahison interne, la direction paraît avoir réagi dans l’urgence, quitte à basculer dans une gestion musclée. Certains employés, selon des sources anonymes, auraient mal vécu ce durcissement du contrôle interne.
Dans une industrie où la créativité repose souvent sur la confiance et l'autonomie, ce genre de pratiques peut avoir un impact durable. Les studios doivent jongler entre protection de leurs actifs et respect des droits des employés, un équilibre fragile, surtout lorsque des enjeux financiers et réputationnels aussi lourds sont en jeu.
En quelques mots
Une affaire explosive à suivre de près
Ce qui aurait pu être un simple échec de lancement pour MindsEye s’est transformé en drame d’entreprise, avec des accusations de sabotage, des soupçons de corruption, et des méthodes de surveillance controversées. En portant cette affaire sur la place publique, Build A Rocket Boy prend un pari risqué : celui de laver son honneur tout en exposant ses failles.
La vérité, elle, reste encore floue. Faute de preuves rendues publiques pour l’instant, les allégations de Mark Gerhard laissent planer un doute qui pourrait soit sauver la réputation du studio, soit l’enfoncer davantage. Le recours à la justice pourrait permettre de trancher cette affaire au retentissement inédit dans l'industrie vidéoludique.
Quoi qu’il en soit, MindsEye entre dans l’histoire non pas pour son gameplay, mais pour le scandale qui l’entoure. Et dans cette tempête, l’industrie du jeu vidéo observe avec attention ce qui pourrait devenir un cas d’école en matière de sabotage numérique.