EA et Savvy Games: le PIF envisage une fusion géante
Le PIF étudie une fusion entre Electronic Arts et Savvy Games Group: un projet qui pourrait réunir EA Sports FC, Battlefield, Pokémon GO et Monopoly GO!.

À peine plus d’un mois après la finalisation du rachat d’Electronic Arts, le Public Investment Fund (PIF) d’Arabie saoudite réfléchirait déjà à une nouvelle étape majeure. Selon Bloomberg, le fonds souverain étudie une fusion entre EA et Savvy Games Group, sa holding spécialisée dans le jeu vidéo et l’esport. L’objectif serait de mieux coordonner deux ensembles qui regroupent désormais certaines des licences les plus puissantes de l’industrie, de EA Sports FC et Battlefield à Monopoly GO! et Pokémon GO. Le projet reste toutefois au stade des discussions. Aucune décision définitive n’a été prise et plusieurs questions demeurent ouvertes, notamment sur la future organisation d’Electronic Arts, l’intégration de Scopely et les conséquences d’une telle concentration.
EA et Savvy Games Group pourraient être réunis par le PIF
Bloomberg évoque un projet encore à l’étude
L’information a été publiée le 10 septembre 2026 par Bloomberg. D’après des personnes proches du dossier citées par le média, des dirigeants du PIF examinent la possibilité de combiner Electronic Arts et Savvy Games Group afin de former l’une des plus grandes entreprises mondiales du secteur. La logique avancée serait notamment de renforcer la coordination entre les différents actifs gaming détenus ou contrôlés par le fonds souverain saoudien.
Une telle opération ne constituerait donc pas simplement le rachat d’un nouvel éditeur. Electronic Arts et Savvy évoluent déjà tous les deux dans l’orbite du PIF. Savvy Games Group appartient au fonds souverain, tandis qu’EA est passé sous le contrôle du consortium constitué par le PIF, Silver Lake et Affinity Partners après la clôture de son rachat le 4 août 2026. Des documents relatifs à l’opération décrivent par ailleurs le PIF comme l’acteur exerçant le contrôle sur la structure ayant acquis EA.
Dans ce contexte, la fusion EA Savvy Games Group ressemblerait davantage à une vaste réorganisation des participations vidéoludiques saoudiennes qu’à une acquisition classique entre deux groupes totalement indépendants. La forme exacte de cette éventuelle combinaison reste néanmoins inconnue.
Aucune fusion ne serait décidée à ce stade
Le conditionnel reste essentiel. Bloomberg précise qu’aucune décision finale n’a été prise. Reuters, qui a également relayé les informations du média américain, indique qu’Electronic Arts et Savvy Games Group n’avaient pas répondu à ses demandes de commentaire, tandis que le PIF avait refusé de commenter le dossier.
Il est donc trop tôt pour considérer la création d’une nouvelle entreprise comme acquise. Aucun nom, calendrier précis, organigramme ou schéma juridique n’a été annoncé. On ignore notamment si EA serait absorbé par Savvy, si Savvy serait intégré à une nouvelle maison mère ou si les deux sociétés conserveraient une certaine autonomie sous une structure commune.
Cette distinction est particulièrement importante pour l’avenir de la marque Electronic Arts. Rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que le nom EA disparaîtrait. Le groupe pourrait conserver son identité, ses studios et une organisation largement autonome, comme il pourrait connaître une restructuration plus profonde. À ce stade, ces scénarios relèvent de l’analyse et non d’une décision officiellement communiquée.
Le rachat de Moonton constituerait une étape préalable
Un élément permet toutefois de mieux comprendre le calendrier potentiel. Les sources de Bloomberg estiment qu’une éventuelle opération entre EA et Savvy ne devrait pas intervenir avant la finalisation du rachat de Moonton par Savvy Games Group.
En mars 2026, ByteDance a conclu un accord pour céder Moonton à Savvy. Le studio chinois est notamment connu pour Mobile Legends: Bang Bang, une licence particulièrement importante sur les marchés asiatiques et dans l’esport mobile. Les conditions financières n’ont pas été officiellement détaillées par les entreprises, mais des sources citées par Reuters ont évalué la transaction à plus de 6 milliards de dollars.
Si ce rachat aboutit avant une éventuelle fusion avec EA, le portefeuille concerné deviendrait encore plus large. Savvy combinerait alors Scopely, ses activités esport, plusieurs studios et Moonton avant même d’envisager un rapprochement avec l’un des plus grands éditeurs occidentaux.
Le PIF contrôle désormais un portefeuille gaming colossal
Electronic Arts est passé sous contrôle du PIF en août 2026
Le rapprochement envisagé intervient seulement quelques semaines après une transformation historique pour Electronic Arts. Le 4 août 2026, EA a confirmé la finalisation de son acquisition par un consortium réunissant le PIF, Silver Lake et Affinity Partners. L’accord avait été annoncé en septembre 2025 et valorisait Electronic Arts à environ 55 milliards de dollars. EA est depuis une entreprise privée et son action n’est plus cotée sur les marchés publics.
Le PIF connaissait déjà bien l’entreprise. Avant ce rachat, le fonds possédait une participation minoritaire dans EA depuis plusieurs années. Dans les documents officiels entourant l’opération de 2025, il était prévu que cette participation soit réinvestie dans la nouvelle structure d’acquisition.
Andrew Wilson est resté président-directeur général d’Electronic Arts après la transaction. Au moment de la finalisation du rachat, EA et ses nouveaux propriétaires avaient présenté l’opération comme un moyen de soutenir les investissements de long terme et le développement des principales franchises de l’éditeur. Aucun rapprochement avec Savvy Games Group n’avait alors été annoncé publiquement.
Savvy possède déjà Scopely et ESL FACEIT Group
De son côté, Savvy Games Group n’est plus seulement un véhicule chargé de prendre des participations minoritaires. La société est devenue un groupe regroupant directement plusieurs acteurs importants du jeu vidéo et de l’esport.
L’une de ses opérations majeures reste l’acquisition de Scopely, finalisée en juillet 2023 pour 4,9 milliards de dollars. Le spécialiste du mobile est notamment à l’origine de Monopoly GO!, Stumble Guys et Star Trek Fleet Command. Savvy présente aujourd’hui Scopely comme l’une de ses principales unités consacrées aux jeux.
Le groupe contrôle également ESL FACEIT Group, acteur majeur des compétitions et plateformes esport. La structure comprend notamment ESL et FACEIT, ce qui ajoute à Savvy une présence importante dans l’organisation de compétitions, la diffusion de contenus et les communautés compétitives. À cela s’ajoute Steer Studios, basé à Riyad.
Un rapprochement avec EA ne réunirait donc pas seulement deux éditeurs. Il associerait jeux sur console et PC, mobile, services en ligne, esport, développement et investissements sous une structure potentiellement beaucoup plus centralisée.
De Battlefield à Pokémon GO, des licences majeures sous une même influence
Le poids d’une éventuelle fusion apparaît encore plus clairement lorsqu’on regarde les licences concernées. Electronic Arts dispose notamment de EA Sports FC, Madden NFL, Battlefield, The Sims, Apex Legends et de plusieurs propriétés issues de BioWare.
Savvy peut pour sa part compter sur l’expansion rapide de Scopely. En mai 2025, celui-ci a finalisé pour 3,5 milliards de dollars l’acquisition des activités jeux de Niantic. La transaction a transféré à Scopely les équipes et activités liées à Pokémon GO, Pikmin Bloom et Monster Hunter Now, ainsi que les services Campfire et Wayfarer.
Avec Monopoly GO! déjà dans son catalogue, Scopely donne ainsi à Savvy une position particulièrement forte sur le jeu mobile. L’arrivée prochaine de Moonton renforcerait encore ce volet avec Mobile Legends: Bang Bang. Face à cela, EA apporte une implantation historique sur PC et consoles, un portefeuille sportif mondial et plusieurs jeux-services majeurs.
La combinaison ne signifierait pas que toutes ces licences seraient directement développées ou administrées par les mêmes équipes. Elle placerait toutefois un nombre considérable de studios, franchises et services sous une chaîne de contrôle économique commune. C’est précisément cette échelle qui rend le projet particulièrement significatif pour l’industrie.
Une fusion qui pourrait profondément restructurer les actifs gaming saoudiens
Une meilleure coordination au cœur du projet
La logique de l’opération paraît d’abord organisationnelle. Savvy Games Group a été créé pour développer les ambitions saoudiennes dans les jeux vidéo et l’esport, tandis que le rachat d’Electronic Arts a ajouté un éditeur mondial de premier plan à un portefeuille déjà extrêmement large.
Regrouper ces actifs pourrait permettre au PIF de simplifier leur gouvernance et de coordonner davantage ses investissements. Une structure commune pourrait également faciliter certaines décisions financières ou stratégiques concernant les plateformes, les marchés géographiques, les acquisitions ou les activités liées à l’esport.
Ce raisonnement reste toutefois une interprétation des motivations du projet. Bloomberg rapporte bien que le PIF recherche une meilleure coordination entre ses actifs, mais aucune feuille de route industrielle précise n’a encore été rendue publique.
Le contexte managérial ajoute également une dimension intéressante. Brian Ward, qui dirigeait Savvy Games Group depuis sa création, a quitté son poste au début du mois de septembre. Bloomberg rapporte que Turqi Alnowaiser, haut responsable des investissements internationaux du PIF et personnalité déjà impliquée dans le dossier EA, a pris la direction de Savvy par intérim. Le changement intervient au moment où le fonds étudie une nouvelle organisation de ses activités gaming, même si aucun lien de causalité officiel n’a été établi entre ces deux événements.
Quel avenir pour Electronic Arts comme entreprise indépendante ?
La question la plus visible pour les joueurs concerne naturellement EA. Le rachat de 55 milliards de dollars n’a pas fait disparaître Electronic Arts. La société continue d’exister sous son nom et reste dirigée par Andrew Wilson.
Une fusion avec Savvy pourrait en revanche modifier sa place au sein du nouvel ensemble. EA pourrait rester une filiale disposant d’une identité et d’une direction propres. Une autre possibilité serait la création d’une structure regroupant plus directement les activités d’EA, Scopely et des autres sociétés du portefeuille. Il est également envisageable que le rapprochement soit avant tout financier et juridique, avec relativement peu de changements visibles pour les studios et les joueurs.
Aucun de ces modèles n’est actuellement confirmé. En particulier, rien ne permet d’affirmer que Electronic Arts va disparaître en tant que marque. L’incertitude porte précisément sur la forme que prendrait la combinaison envisagée par le PIF.
Licenciements et fermetures de studios restent pour l’instant hypothétiques
Le même principe de prudence s’impose concernant l’emploi. Une fusion de groupes disposant de fonctions similaires peut théoriquement entraîner des rationalisations dans l’administration, la finance, les ressources humaines ou certaines fonctions de support. L’industrie du jeu vidéo sort également de plusieurs années marquées par de nombreuses suppressions de postes et mesures de réduction des coûts.
Cela ne constitue cependant pas une preuve qu’un plan de licenciements serait déjà prévu chez EA ou Savvy dans le cadre de ce projet. Les informations disponibles le 11 septembre 2026 ne font état d’aucune annonce détaillant des suppressions de postes, des fermetures de studios ou l’abandon de franchises directement liés à cette possible fusion. Reuters replace les discussions dans un contexte général de réductions de coûts et de licenciements dans l’industrie, mais ne rapporte pas l’existence d’un plan social associé à l’opération.
Présenter des fermetures de studios comme une conséquence certaine irait donc au-delà des faits connus. Si le rapprochement progresse, la gouvernance du nouvel ensemble, le traitement des fonctions faisant doublon et l’autonomie accordée aux différentes sociétés constitueront en revanche des indicateurs importants à surveiller.
Une opération qui pourrait attirer l’attention des régulateurs
La taille potentielle du nouvel ensemble pose enfin la question de la concurrence. Reuters souligne qu’une combinaison entre EA et Savvy pourrait faire l’objet d’un examen réglementaire, dans un secteur où les grandes opérations ont été particulièrement surveillées au cours des dernières années.
La situation serait toutefois différente d’un rachat classique entre deux concurrents indépendants. EA et Savvy sont déjà tous deux sous l’influence ou le contrôle du PIF. La nature exacte des autorisations nécessaires dépendrait donc largement de la structure juridique retenue, des pays concernés et du transfert éventuel d’actifs entre différentes entités.
Le portefeuille final aurait néanmoins une ampleur rare. Entre les jeux de sport d’EA, Battlefield, The Sims, les activités mobiles de Scopely, Pokémon GO, Monopoly GO!, l’esport d’ESL FACEIT Group et potentiellement Mobile Legends: Bang Bang, le PIF disposerait d’un ensemble couvrant pratiquement tous les grands segments du marché. Une sorte de boss de fin de niveau industriel, à condition que le projet dépasse effectivement le stade des discussions.
En quelques mots
Le PIF d’Arabie saoudite étudie bien une possible fusion entre Electronic Arts et Savvy Games Group, selon Bloomberg, mais aucune décision définitive n’a encore été prise. Le projet viserait notamment à mieux coordonner les nombreux actifs gaming du fonds souverain après le rachat d’EA pour environ 55 milliards de dollars et alors que Savvy poursuit l’acquisition de Moonton. Une telle structure réunirait des franchises allant de EA Sports FC et Battlefield à Monopoly GO! et Pokémon GO. En revanche, la disparition du nom Electronic Arts, des fermetures de studios ou des licenciements ne sont actuellement pas confirmés. Les prochaines étapes dépendront notamment de la finalisation du dossier Moonton et de la forme précise que le PIF décidera, ou non, de donner à ce nouveau géant.
Entreprise mise en avant dans cet article
Electronic Arts France
Electronic Arts Inc. (EA) est un leader mondial du divertissement interactif, offrant des jeux innovants et immersifs sur diverses plateformes.
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À propos de l’auteur
Vivien Reumont
Journaliste jeux vidéo
Cofondateur et journaliste chez Achievement Industry, Vivien Reumont est spécialisé dans l’actualité internationale du jeu vidéo. Il couvre particulièrement l’industrie chinoise ainsi que les principaux événements gaming en Asie.
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