Test The Merlies: un wholesomevania plein de charme
Notre test de The Merlies, un Metroidvania sans combat qui mise sur l'exploration, la coopération et un univers solarpunk aussi doux qu'original.

Avec The Merlies, Darjeeling, Blue Ramen et ARTE France prennent une structure bien connue des amateurs de Metroidvania et lui retirent l’un de ses piliers habituels: le combat. Sorti le 29 septembre 2026 sur PC et Nintendo Switch, le jeu préfère confier sa progression à une petite escouade d’oiseaux, à l’exploration d’un monde post-apocalyptique redevenu sauvage et à la reconstruction progressive d’une communauté. Le résultat est présenté comme un « wholesomevania », une formule plutôt bien trouvée pour une aventure qui conserve le plaisir de débloquer de nouveaux passages tout en remplaçant monstres et affrontements par des obstacles naturels, des énigmes légères et beaucoup de curiosité. The Merlies possède une vraie personnalité et une approche rafraîchissante, même si son refus de trop guider le joueur finit parfois par se retourner contre lui.
The Merlies transforme le Metroidvania en « wholesomevania »
Un monde post-apocalyptique étonnamment chaleureux
Le point de départ de The Merlies pourrait presque appartenir à un jeu de survie. L'humanité a disparu, ses constructions ont laissé place aux vestiges d'une civilisation désormais lointaine et la nature reprend progressivement ses droits. Pourtant, aucune menace surnaturelle, armée de mutants ou lutte désespérée pour quelques conserves ne vient assombrir l'aventure. Darjeeling et ses partenaires préfèrent observer ce monde depuis le point de vue de minuscules oiseaux qui cherchent simplement à reconstruire leur communauté après avoir été dispersés par une tempête. Nintendo présente d'ailleurs explicitement le jeu comme une aventure post-apocalyptique solarpunk centrée sur la coopération, la récupération et la résilience.
Ce contraste constitue rapidement l'une des forces de l'expérience. Les traces laissées par les humains deviennent des éléments de décor, des refuges ou des ressources plutôt que le prétexte à une nouvelle apocalypse lugubre. Une chaussure, un récipient ou un objet domestique abandonné prend ainsi une toute autre dimension à l'échelle des Merlies. Cette perspective donne au monde une identité visuelle cohérente et participe au plaisir d'explorer. The Merlies ne cherche pas à rendre son univers inquiétant. Il veut au contraire montrer ce qui peut repousser au milieu des ruines.
Retrouver les Merlies et reconstruire The Stump
L'aventure commence avec une communauté à reconstruire. Après la tempête qui a dispersé les oiseaux, l'objectif principal consiste à parcourir le monde pour retrouver les Merlies perdus et rapporter différents objets dans leur refuge. Le village, The Stump, évolue progressivement à mesure que ses habitants reviennent et que les trouvailles s'accumulent. ARTE décrit précisément cette boucle comme un mélange d'exploration, d'aventure et de construction d'un nid à partir des déchets de l'ancienne civilisation.
Cette reconstruction apporte une raison concrète de fouiller chaque recoin. Les objets récupérés ne servent pas uniquement à remplir une collection: ils doivent être associés aux bons Merlies afin que ces derniers puissent trouver leur place dans la communauté et contribuer à son développement. Le principe renforce le sentiment que chaque détour participe à quelque chose de plus grand que la simple progression sur une carte. Voir The Stump se remplir donne ainsi une matérialité bienvenue au voyage.
Le système manque cependant parfois de clarté. La correspondance entre un Merlie et l'objet qui lui est destiné n'est pas toujours évidente, et les trouvailles sont renvoyées au village. Il faut donc régulièrement retourner à The Stump pour découvrir si la nouvelle pièce rapportée correspond effectivement à l'un des habitants déjà recueillis. Sur le papier, cela encourage à revisiter le refuge. Dans la pratique, ces vérifications peuvent entraîner des allers-retours qui ralentissent inutilement le rythme.

Un Metroidvania qui choisit de se passer des combats
L'expression « wholesomevania » n'est pas qu'une étiquette amusante. The Merlies adopte réellement plusieurs principes associés au Metroidvania. Sa carte en 2D renferme des chemins initialement inaccessibles, des passages à découvrir et des obstacles qui deviennent franchissables après l'obtention de nouvelles capacités. Le joueur est donc régulièrement invité à se souvenir d'une zone bloquée afin d'y retourner une fois mieux équipé. Nintendo et Steam décrivent tous deux officiellement cette progression comme inspirée du Metroidvania.
La grande différence réside dans l'absence totale d'ennemis à combattre. Les dangers viennent de l'environnement: épines, rochers, végétation, eau contaminée ou passages délicats remplacent les créatures hostiles. Il reste possible de mettre ses oiseaux en difficulté et de devoir recommencer une portion de parcours, mais la sanction demeure légère. Cette philosophie contribue largement à l'atmosphère détendue du jeu.
Retirer les combats aurait pu laisser un vide. Ce n'est généralement pas le cas, car The Merlies concentre son attention sur la navigation et la compréhension de son environnement. Il n'essaie pas d'être un Metroidvania traditionnel rendu artificiellement pacifique. Sa progression entière est pensée autour d'une autre manière d'occuper le joueur.
Une escouade d'oiseaux au cœur de l'exploration
Séparer, regrouper et empiler les Merlies
L'une des idées les plus intéressantes de The Merlies consiste à ne pas traiter son protagoniste comme un personnage unique. Le joueur dirige une petite escouade dont les membres peuvent travailler ensemble pour franchir certains obstacles. Les oiseaux peuvent notamment se regrouper, se séparer ou s'empiler selon les situations. La taille de la troupe devient donc elle-même un outil d'exploration.
Cette mécanique donne au jeu une personnalité différente de celle d'un jeu de plateforme classique. Là où un héros solitaire accumulerait simplement des doubles sauts et autres améliorations individuelles, les Merlies tirent leur force du collectif. Plus la communauté retrouvée grandit, plus les possibilités évoluent. Cette logique correspond également au thème général du jeu, qui place la solidarité au centre de son univers. ARTE insiste d'ailleurs sur cette idée de « force du nombre », les petits oiseaux devant surmonter les obstacles grâce à leur coopération.
Tout n'est néanmoins pas parfaitement précis une fois plusieurs oiseaux présents à l'écran. Certaines manipulations collectives peuvent donner l'impression que l'escouade ne répond pas exactement comme prévu. Lorsqu'un passage résiste, il devient alors difficile de déterminer immédiatement si la solution n'a pas encore été découverte ou si l'exécution de la bonne idée manque simplement de précision. C'est l'un des points où la simplicité apparente de The Merlies cache quelques frustrations.

De nouvelles capacités pour ouvrir progressivement la carte
La progression gagne en intérêt lorsque de nouveaux Merlies et de nouveaux outils enrichissent les possibilités de déplacement. Certaines trouvailles permettent par exemple de profiter des courants d'air pour planer tandis que d'autres donnent accès à des passages auparavant bloqués. Cette montée en puissance est suffisamment progressive pour laisser le temps d'expérimenter avec chaque nouvelle mécanique avant d'en introduire une autre.
C'est ici que The Merlies retrouve le plus clairement le plaisir d'un Metroidvania. Un obstacle aperçu plus tôt cesse soudain d'être un mur et devient une invitation à revenir. Un chemin apparemment décoratif peut cacher une nouvelle route, tandis qu'une zone déjà parcourue révèle un accès auparavant impossible à atteindre. L'exploration gagne ainsi une seconde lecture au fur et à mesure que l'escouade s'étoffe.
La formule fonctionne notamment parce que les nouvelles possibilités restent cohérentes avec l'univers. Elles ne transforment jamais brusquement les oiseaux en guerriers surpuissants. Leur progression reste fondée sur la débrouillardise, l'entraide et la réutilisation de ce qu'ils trouvent autour d'eux. Cette cohérence permet à The Merlies de conserver son ton jusque dans ses mécaniques.

Une exploration détendue qui sait néanmoins récompenser la curiosité
La carte constitue naturellement le principal terrain de jeu. Tunnels, végétation, plans d'eau et constructions abandonnées créent plusieurs types d'environnements à parcourir. Sans combats pour interrompre constamment le déplacement, l'attention se porte davantage sur la lecture du décor et la recherche d'un chemin possible.
Cette tranquillité ne signifie pas que tout soit automatique. Quelques séquences de plateforme demandent davantage de précision et certains itinéraires nécessitent d'expérimenter avant de comprendre comment progresser. Les conséquences de l'échec restent limitées grâce à des reprises relativement généreuses. L'objectif semble moins de punir que d'inciter à tenter une nouvelle approche.
Cette absence de pression convient particulièrement bien à l'identité du jeu. Le joueur peut fouiller, hésiter ou partir dans la mauvaise direction sans craindre de perdre une quantité importante de progression. La durée annoncée par ARTE se situe autour de 8 à 10 heures, ce qui paraît adapté à une aventure construite autour de l'exploration plutôt que d'une escalade permanente de difficulté.
Une formule originale qui manque parfois de lisibilité
Se perdre fait partie du voyage, jusqu'à un certain point
The Merlies fait confiance au joueur. Les objectifs ne sont pas constamment accompagnés d'indicateurs, de marqueurs et d'une succession d'instructions destinées à éliminer le moindre doute. Cette liberté possède un charme certain. Trouver soi-même un passage ou se rappeler qu'une capacité nouvellement obtenue peut résoudre un problème aperçu plus tôt procure une satisfaction que les systèmes de guidage trop insistants peuvent facilement faire disparaître.
Le revers est une frontière parfois difficile à tracer entre exploration volontaire et manque d'informations. Il arrive que l'on insiste sur une zone en pensant disposer des capacités nécessaires alors que la solution se trouve ailleurs. À d'autres moments, une manipulation paraît possible sans que le jeu explique suffisamment pourquoi elle échoue. La découverte se transforme alors en tâtonnement.
Ce choix reste cohérent avec une aventure qui veut laisser chacun avancer à son rythme, mais quelques informations supplémentaires auraient pu éviter certaines périodes de flottement sans transformer l'expérience en parcours fléché. The Merlies est souvent meilleur lorsqu'il laisse le joueur réfléchir, moins lorsqu'il le laisse se demander quelles règles il est censé appliquer.
Des associations entre Merlies et objets pas toujours évidentes
La reconstruction de The Stump illustre particulièrement ce problème. Retrouver un habitant et découvrir un objet proche de lui ne signifie pas nécessairement que les deux sont liés. Comme les éléments récupérés rejoignent automatiquement le village, il faut parfois rentrer pour tester les correspondances et comprendre ce qui permet réellement de faire progresser la communauté.
Cette part de déduction pourrait être intéressante si le jeu communiquait davantage sur la logique de ses associations. En l'état, elle génère quelquefois des voyages supplémentaires plutôt qu'un véritable raisonnement. On repart alors explorer en sachant qu'il manque quelque chose, mais sans toujours disposer d'assez d'informations pour déterminer précisément quoi ou dans quelle direction.
Un suivi légèrement plus lisible de ce qui a déjà été découvert aurait probablement amélioré le rythme. Le problème est d'autant plus visible que le reste du jeu repose sur une progression agréablement naturelle. Quand l'environnement suggère une piste, la découverte fonctionne. Quand plusieurs systèmes restent simultanément vagues, l'aventure perd de sa fluidité.
Des contrôles et des allers-retours qui peuvent casser le rythme
Le maniement de plusieurs petits oiseaux constitue à la fois l'une des meilleures idées de The Merlies et l'une de ses sources de friction. Voir l'escouade travailler collectivement donne une véritable identité à l'aventure. Pourtant, lorsque plusieurs personnages doivent être positionnés ou manipulés avec précision, les commandes peuvent manquer de la netteté nécessaire.
Ces imprécisions ne suffisent pas à gâcher l'exploration, notamment parce que le jeu sanctionne peu l'échec. Elles deviennent surtout gênantes lorsqu'elles se combinent avec le manque d'indications. Ne pas réussir un mouvement est une chose. Ne pas savoir si ce mouvement est seulement possible en est une autre.
Malgré ces réserves, The Merlies réussit l'essentiel de son pari. Son monde coloré, sa progression collective et son refus du combat donnent une saveur particulière à une structure pourtant familière. Le concept de « wholesomevania » ne ressemble donc pas seulement à un argument marketing cherchant un nouveau mot à ajouter au dictionnaire du jeu vidéo. Il décrit plutôt correctement ce que le jeu essaie d'être: une aventure où l'ouverture progressive du monde procure le plaisir d'un Metroidvania, sans sacrifier l'atmosphère apaisante qui constitue son identité.
En quelques mots
The Merlies est un Metroidvania sans combat attachant et suffisamment original pour mériter l'attention, particulièrement auprès des joueurs qui privilégient l'exploration à la difficulté. Sa petite troupe d'oiseaux, son univers solarpunk et la reconstruction progressive de The Stump donnent une cohérence remarquable à une formule pacifique qui aurait facilement pu manquer de substance. Quelques contrôles imprécis, des associations entre habitants et objets parfois obscures et un guidage occasionnellement trop discret empêchent l'aventure d'atteindre tout son potentiel. Ils ne font cependant pas disparaître ce qui fonctionne: la curiosité reste constamment récompensée et chaque nouvelle capacité donne envie de retourner fouiller un monde dont la douceur ne signifie jamais qu'il soit dépourvu d'idées. Pour un premier envol du « wholesomevania », l'atterrissage est donc réussi.
Notre review
Note
7
/10
Points positifs
- Une approche originale du Metroidvania, sans combats
- Un univers solarpunk chaleureux et visuellement séduisant
- Une exploration agréable et peu punitive
- Une vraie sensation de progression grâce aux nouvelles capacités
- La gestion collective des Merlies apporte une identité propre au gameplay
- La reconstruction de The Stump donne du sens à l’exploration
- Une ambiance relaxante qui encourage la curiosité
Points négatifs
- Un manque de direction qui peut parfois frustrer
- Des associations entre certains Merlies et objets peu évidentes
- Des allers-retours parfois trop nombreux vers The Stump
- Des contrôles qui manquent occasionnellement de précision
- Certaines situations rendent difficile de savoir si l’on se trompe ou s’il manque simplement une capacité
- Le suivi de la progression pourrait être plus clair
Entreprise mise en avant dans cet article
ARTE GAMES
ARTE coproduit et édite des jeux vidéo indépendants à forte identité artistique, narrative et culturelle, en France et à l’international.
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À propos de l’auteur
Vivien Reumont
Journaliste jeux vidéo
Cofondateur et journaliste chez Achievement Industry, Vivien Reumont est spécialisé dans l’actualité internationale du jeu vidéo. Il couvre particulièrement l’industrie chinoise ainsi que les principaux événements gaming en Asie.
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