
Il y a quelques mois à peine, Build A Rocket Boy faisait encore rêver la planète jeu vidéo avec ses promesses d’innovation et d’indépendance créative. Fondé par Leslie Benzies, l’ancien architecte de GTA, le studio avait tout pour briller : une équipe chevronnée, un financement solide, et surtout, deux projets phares, Everywhere et MindsEye, destinés à redéfinir les frontières du jeu vidéo narratif et immersif.
Mais la réalité a rapidement rattrapé l’ambition. Depuis le lancement chaotique de MindsEye, le studio fait face à une crise d’image sans précédent. Entre bugs techniques, retours critiques très négatifs, et des révélations troublantes sur un sabotage interne estimé à un million d’euros, l’aventure a tourné au cauchemar.
Et comme si cela ne suffisait pas, Leslie Benzies, figure emblématique du projet, a annoncé par voie interne s’accorder un « congé temporaire bien mérité ». Derrière cette formulation polie et bienveillante, les spéculations vont bon train : ce retrait est-il une pause salvatrice… ou les prémices d’un départ définitif ?
Un retrait surprenant en pleine tempête
Une pause annoncée par mail interne
C’est dans un mail interne adressé aux employés de Build A Rocket Boy que la nouvelle est tombée : Leslie Benzies prend du recul. Le message, signé de la main de Mark Gerhard, co-PDG et directeur de la technologie du studio, évoque un besoin de repos après plus d’un an de travail continu, soulignant un investissement personnel total de Benzies dans le développement des projets du studio.
« Il s’est accordé un congé temporaire bien mérité pour se ressourcer après plus d’un an de travail 24 heures sur 24. »
La tonalité du message se veut rassurante, presque reconnaissante, et souligne la gratitude de l’équipe envers Benzies. Cependant, pour de nombreux observateurs, cette annonce tombe à un moment critique, et l’absence de précision sur la durée du congé laisse planer une certaine incertitude.
Une formulation qui interroge sur l’avenir
L’aspect le plus intriguant réside dans la formulation du message de Gerhard :
« Il a toute notre gratitude, et avec l’équipe dirigeante et votre soutien, je nous guiderai vers l’avenir. »
En surface, cette phrase vise à rassurer les employés et assurer la continuité du leadership. Mais en creux, elle suggère également que l’avenir du studio pourrait se faire sans Benzies aux commandes, au moins temporairement. Le terme "je nous guiderai" place clairement Gerhard en figure de proue, au moins pour les mois à venir.
Une absence prolongée à prévoir ?
Derrière cette pause se cache peut-être une transition plus profonde. Si Leslie Benzies conserve théoriquement son titre de PDG, la durée de son absence n’a pas été précisée. Et dans l’industrie du jeu vidéo, un départ "temporaire" peut rapidement devenir définitif, comme en témoignent d’autres figures du secteur ayant quitté des postes clés dans des contextes de crise.
D’autant plus que la tempête MindsEye a sans doute fragilisé la position de Benzies, malgré son statut de fondateur. Certains analystes y voient même une prise de distance stratégique, permettant au studio de tenter un redressement sans être associé à la figure qui incarnait jusqu’ici toutes les ambitions… mais aussi toutes les erreurs.
Build A Rocket Boy : une entreprise sous tension
MindsEye : lancement désastreux et conséquences immédiates
Initialement présenté comme un projet révolutionnaire mêlant narration cinématographique et gameplay AAA, MindsEye devait incarner l’ambition ultime de Build A Rocket Boy. Mais à sa sortie, le jeu s’est littéralement effondré sous les critiques. Problèmes de performances, bugs majeurs, IA bancale, incohérences scénaristiques… le constat est brutal : MindsEye a déçu sur presque tous les plans.
La réponse de la communauté ne s’est pas fait attendre : reviews négatives en cascade, vidéos de test accablantes et abandons massifs des joueurs. La presse spécialisée, tout aussi acerbe, parle d’un échec cuisant pour un jeu aussi attendu. Résultat : le studio s’est retrouvé dans une spirale défensive, multipliant les correctifs d’urgence et tentant de réparer ce qui pouvait l’être.
Les lourdes accusations de sabotage
Comme si la situation n’était pas déjà assez délicate, un élément explosif est venu envenimer l’affaire. Lors de communications internes relayées en externe, les dirigeants de Build A Rocket Boy ont déclaré que le projet aurait été victime d’un sabotage volontaire, pour un préjudice estimé à un million d’euros.
Cette accusation, extrêmement rare dans le milieu, pose de sérieuses questions sur la sécurité des données, la gestion des équipes, et le climat interne du studio. Qu’il s’agisse d’un acte isolé ou d’un dysfonctionnement plus large, ce genre d’incident fragilise gravement la cohésion d’un projet… et d’une entreprise.
« Nous avons identifié une interférence intentionnelle dans certains éléments clés du développement. Les pertes sont évaluées à près d’un million d’euros. »
– Déclaration officieuse de la direction (source interne)
Une communication interne sous pression
Dans ce contexte, la communication devient un exercice périlleux. Entre volonté de transparence envers les équipes et nécessité de préserver l’image du studio à l’extérieur, les dirigeants doivent jongler avec prudence. Le retrait temporaire de Leslie Benzies n’arrange rien, car il ouvre un flanc supplémentaire à la spéculation.
Certains employés évoquent un climat de tension généralisée, avec des prises de décision précipitées, une hiérarchie mouvante, et une visibilité à court terme sur les projets en cours. Pour un studio qui se voulait innovant et inspirant, la réalité du moment est tout autre : Build A Rocket Boy traverse la plus grosse crise de sa jeune histoire.
Qui pour reprendre les rênes ?
Mark Gerhard en renfort opérationnel
Dans l’ombre de Leslie Benzies, Mark Gerhard était déjà un pilier stratégique de Build A Rocket Boy. Co-PDG et directeur de la technologie, il est désormais le visage visible du studio pendant cette période incertaine. Son expérience dans la tech et son parcours en tant qu’ancien PDG de Jagex (le studio derrière RuneScape) lui confèrent une certaine crédibilité, mais aussi une lourde responsabilité.
« Avec l’équipe dirigeante et votre soutien, je nous guiderai vers l’avenir. »
Cette phrase, extraite de son mail interne, marque une transition symbolique mais forte : Gerhard ne parle pas "au nom de" Benzies, il parle en son propre nom, affirmant une prise de contrôle plus directe qu’il n’y paraît.
Une co-direction équilibrée ou forcée ?
La structure à deux têtes de Build A Rocket Boy semblait jusqu’à présent fonctionner en bonne entente. Mais l’absence prolongée de Benzies vient déséquilibrer cette dynamique. La question se pose donc : s’agit-il d’une co-direction assumée et fluide, ou d’un ajustement en urgence pour éviter la désorganisation complète du studio ?
Certains analystes y voient un test de leadership pour Gerhard, qui pourrait prendre davantage de place dans la gouvernance si Benzies venait à officialiser un départ. D’autres, plus prudents, évoquent plutôt un palliatif temporaire, sans volonté de redistribution permanente des rôles.
Impact sur la vision long terme du studio
Au-delà de la gestion de crise immédiate, cette redistribution du pouvoir soulève une question de fond : qu’adviendra-t-il de la vision initiale portée par Benzies ? Son rôle de leader créatif et stratégique était central dans la conception des projets, et MindsEye comme Everywhere portaient sa marque.
Son départ, même provisoire, fragilise cette cohérence visionnaire. Si Gerhard est avant tout un technicien, sa capacité à incarner une direction artistique forte reste à prouver. Ce changement de cap potentiel pourrait aussi avoir des répercussions sur les futurs développements et sur la confiance des investisseurs.
MindsEye : un projet plombé ou relançable ?
Les ambitions initiales de MindsEye
MindsEye devait être bien plus qu’un simple jeu vidéo. Présenté comme un blockbuster interactif mêlant action et science-fiction, il ambitionnait de rivaliser avec les géants du AAA, tout en proposant une approche narrative inédite. Son univers dystopique, ses graphismes réalistes et ses mécaniques de gameplay immersives laissaient entrevoir une véritable vitrine technologique pour Build A Rocket Boy.
À son annonce, les attentes étaient immenses. MindsEye était censé représenter le point d’orgue du projet Everywhere, en tant que composant intégré dans un métavers plus large. Un concept audacieux, presque mégalomane, qui a sans doute contribué à faire grimper la pression autour du lancement.
Réactions des joueurs et de la presse
Mais à la sortie, la déception fut à la hauteur des promesses. MindsEye a été immédiatement critiqué pour ses performances techniques médiocres, son gameplay confus, et sa direction artistique jugée brouillonne. Les notes Metacritic ont plongé, les forums se sont remplis de critiques acerbes, et les streamers n’ont pas ménagé leurs sarcasmes.
"On a l’impression d’un jeu qui a voulu tout faire en même temps… et qui n’a réussi à rien vraiment."
– Critique de joueur sur Reddit
L’effet boule de neige a été instantané. Au lieu d’être un tremplin pour Build A Rocket Boy, MindsEye s’est transformé en poids mort, cristallisant toutes les failles de production.
Mises à jour, patchs et reconquête de l’image
Depuis ce lancement désastreux, l’équipe de développement est en mode pompier. Plusieurs mises à jour ont déjà été déployées, visant à corriger les bugs les plus criants, stabiliser les performances, et affiner certains aspects du gameplay. Le rythme des patchs est soutenu, signe que le studio tente réellement de sauver ce qui peut l’être.
Mais au-delà de l’aspect technique, c’est une reconquête de la confiance des joueurs qui s’impose. Cela passera par une communication transparente, des promesses tenues, et peut-être, un repositionnement du jeu pour se recentrer sur ce qu’il fait le mieux. L’absence temporaire de Leslie Benzies ajoute une couche d’incertitude à ce processus : sa vision sera-t-elle respectée ou abandonnée au profit d’une relance pragmatique ?
L’histoire de MindsEye n’est peut-être pas terminée. Mais pour renaître, il faudra plus qu’un correctif 1.05 : il faudra une remise en question profonde du projet.
En quelques mots
Le retrait temporaire de Leslie Benzies arrive à un moment particulièrement sensible pour Build A Rocket Boy. Entre la crise de lancement de MindsEye, les accusations de sabotage et la pression d’un public désabusé, le studio vit une période charnière de son histoire. L’absence du fondateur, même si elle est présentée comme un repos mérité, laisse planer un doute sur l’avenir de sa vision et sur la stabilité du leadership.
Toutefois, le relais pris par Mark Gerhard montre une volonté de continuité. Si l’équipe parvient à redresser la barre, à reconstruire la confiance des joueurs, et surtout à clarifier ses ambitions, il reste possible que Build A Rocket Boy renaisse de ses cendres, comme tant d’autres studios avant lui.
Mais une chose est sûre : les prochaines semaines seront décisives. Et dans cette tempête, l’industrie observe attentivement ce que deviendra le studio… avec ou sans son capitaine d’origine.