Test Relooted: un message plus fort que son gameplay
Relooted impressionne par son propos sur la restitution culturelle, mais son gameplay de casse, ses puzzles et son parkour peinent à suivre.

Sorti le 10 février 2026 sur PC et Xbox Series X|S, Relooted part avec une idée que peu de jeux osent placer au centre de leur proposition : récupérer des artefacts africains conservés dans des collections occidentales et les ramener sur leur continent d'origine. Nyamakop transforme cette question historique et politique en jeu de casse en 2,5D, avec préparation, puzzles et parkour. Sur le papier, le mélange est presque irrésistible. Après plusieurs heures, le constat est pourtant beaucoup plus nuancé. Notre test de Relooted laisse surtout le souvenir d'un jeu porté par ce qu'il représente, par ses personnages et par les histoires véritables derrière ses 70 artefacts. Manette en main, l'expérience reste correcte et possède quelques excellents moments, mais elle souffre d'énigmes trop assistées, de mécaniques qui évoluent peu, de dialogues maladroits et de frustrations techniques. Un contraste d'autant plus frappant que le concept, lui, mérite clairement d'être retenu.
Relooted transforme la restitution culturelle en casse afrofuturiste
Un concept politique qui ne sert pas seulement de décor
Relooted se déroule vers la fin du XXIe siècle, dans un futur où un traité transatlantique prévoit le retour d'artefacts africains conservés dans des musées. Dans la fiction imaginée par Nyamakop, une modification du texte permet cependant aux institutions concernées de contourner l'accord en retirant progressivement les pièces des expositions publiques. La solution de Nomali et de son équipe devient alors beaucoup moins diplomatique : reprendre les objets directement là où ils sont conservés. Le studio présente d'ailleurs explicitement ces opérations comme des missions de récupération plutôt que comme de simples cambriolages.
Ce point de départ pouvait facilement devenir un simple prétexte provocateur. Ce n'est pas le cas. Les personnages eux-mêmes discutent de la légitimité de leurs actions et n'affichent pas tous la même certitude face à la méthode employée. Cette hésitation fait beaucoup pour crédibiliser l'équipe et évite de transformer chaque conversation en tract. Surtout, le jeu s'inscrit dans un débat qui existe très concrètement en dehors de son univers. Le rapport Sarr-Savoy, remis en France en 2018, a notamment joué un rôle majeur dans la réflexion autour de la restitution du patrimoine africain. Des documents officiels français citent une estimation selon laquelle 85 à 90 % de ce patrimoine se trouverait hors du continent, principalement dans des collections européennes.
70 artefacts réels donnent du poids aux missions
C'est probablement ici que Relooted réussit le mieux quelque chose que son gameplay seul n'aurait jamais pu accomplir. Les 70 artefacts africains présents dans le jeu existent réellement. Nyamakop les a sélectionnés pour leur importance culturelle, historique ou spirituelle, transformant leur récupération en davantage qu'un simple compteur de collectibles. L'Asante Gold Mask ou le crâne de Mangi Meli font notamment partie des objets évoqués par le jeu et par la documentation autour de sa sortie.
Cette approche donne à Relooted un pouvoir assez rare. On peut entrer dans une mission pour résoudre un puzzle et en sortir avec l'envie de rechercher l'histoire de l'objet que l'on vient de récupérer. C'est peut-être même là que le titre rappelle le mieux certains jeux historiques qui ont poussé des joueurs à s'intéresser aux lieux et aux événements qu'ils représentaient. Lorsque le générique arrive, nous ne nous souvenons pas forcément de la disposition de chaque caisse ou de chaque porte à déverrouiller. En revanche, certains noms, certains objets et certaines histoires restent. PC Gamer faisait d'ailleurs un constat similaire dans son test, considérant le jeu de casse efficace, mais sa dimension historique encore plus marquante.
Une Afrique qui raconte elle-même son histoire
Cette cohérence passe aussi par son univers. Le quartier général se trouve en Afrique du Sud et Relooted imagine notamment un Johannesburg futuriste à travers une approche que Nyamakop qualifie d'« Africanfuturist ». Le studio, basé à Johannesburg, développe des jeux inspirés par l'Afrique et explique travailler avec une équipe répartie principalement en Afrique du Sud, mais aussi dans d'autres régions du continent. Pour Relooted, des créateurs issus de plus de dix pays africains ont participé au projet, avec une attention particulière portée aux accents et à la prononciation des objets représentés.
Cela se ressent surtout dans les personnages. Nomali fonctionne parce qu'elle n'est jamais réduite à son statut de championne du parkour ou de protagoniste chargée d'incarner le propos du jeu. Ses échanges avec son frère Trevor, aussi agaçant qu'un petit frère peut consciencieusement s'appliquer à l'être, lui donnent une personnalité immédiatement identifiable. Fred, Etienne ou Professor Grace complètent une équipe constituée d'archétypes parfois évidents, mais suffisamment chaleureuse pour donner envie de la suivre. Le propos de Relooted fonctionne précisément parce que ses personnages continuent à plaisanter, se disputer et s'inquiéter alors même qu'ils débattent de sujets beaucoup plus lourds.
Le gameplay de Relooted fonctionne surtout quand le casse commence vraiment
Préparer un braquage est une bonne idée, mais pas toujours un bon puzzle
La boucle de gameplay de Relooted repose sur une idée simple. Avant de récupérer un artefact, Nomali explore les lieux, identifie son itinéraire de fuite et utilise les capacités de ses coéquipiers pour modifier l'environnement. Une personne peut ouvrir un passage, une autre faciliter l'accès à une zone ou intervenir sur un obstacle. Plus tard, un drone permet également de reconnaître les pièces et de mieux anticiper l'évasion. Nyamakop décrit officiellement ce système autour de trois idées : examiner le lieu, préparer le trajet puis s'enfuir grâce au parkour une fois l'objet récupéré.
Dans ses meilleurs moments, cela fonctionne très bien. Observer une pièce, comprendre qu'un meuble peut servir de marche intermédiaire, positionner les membres de l'équipe puis vérifier mentalement le parcours procure cette petite satisfaction propre aux jeux de casse : pendant quelques secondes, nous avons vraiment l'impression d'avoir tout prévu. Malheureusement, Relooted a souvent peur de laisser le joueur se tromper. Les compagnons donnent régulièrement des indications qui s'approchent dangereusement de la solution complète. Une remarque du type « cet objet pourrait être déplacé ici » suffit parfois à tuer l'intérêt du puzzle avant même que l'on ait commencé à réfléchir.

Des briefings qui promettent parfois davantage que les niveaux
Le problème apparaît aussi pendant les briefings. Autour de la table de préparation, l'équipe détaille les lieux, les risques et les différentes étapes de l'opération. Sur le papier, cette structure devrait renforcer le fantasme de casse organisé. Dans les faits, les informations apportées ne correspondent pas toujours à des décisions réellement laissées au joueur. Un personnage peut expliquer qu'il faudra rejoindre un garage pour s'introduire dans le bâtiment, avant que la mission ne commence directement devant ce garage. Une discussion peut également laisser entendre que plusieurs approches sont possibles, alors que le niveau impose ensuite essentiellement un chemin.
Après quelques missions, ces échanges finissent donc par perdre une partie de leur intérêt. GamingTrend relevait déjà cette contradiction dans son propre test, en soulignant le décalage entre certains plans détaillés pendant les briefings et ce que les niveaux demandaient effectivement une fois la partie lancée.
Cette illusion de profondeur résume assez bien certaines limites de Relooted. Les systèmes sont présents, les personnages les commentent et l'interface donne l'impression d'une préparation élaborée, mais les interactions possibles restent plus modestes. On aurait aimé devoir réellement choisir une entrée, abandonner une partie du butin pour sécuriser une fuite ou modifier radicalement un plan selon les membres sélectionnés. Le jeu préfère conserver un cadre très contrôlé. Ce choix rend l'expérience accessible, mais il réduit aussi fortement son potentiel de rejouabilité.

L'alarme transforme enfin Relooted en film de casse interactif
Tout change lorsque Nomali saisit un artefact protégé. Le compte à rebours commence, les alarmes retentissent et toute la préparation précédente doit être exécutée sans hésitation. Les quelques secondes qui suivent sont de loin ce que Relooted fait de mieux. Fenêtres traversées à toute vitesse, glissades, tyroliennes, sauts entre les murs et passages préparés à l'avance s'enchaînent jusqu'au véhicule de fuite. Le studio décrit lui-même ces séquences comme le moment où le jeu doit donner l'impression d'être dans le montage spectaculaire d'un film de casse. Pour une fois, la promesse marketing correspond assez bien au ressenti.
La bonne idée consiste surtout à opposer la lenteur de la préparation à la brièveté de l'exécution. Un casse peut demander plusieurs minutes de réflexion pour quelques dizaines de secondes de course. Lorsqu'un itinéraire fonctionne parfaitement, ce déséquilibre devient une qualité. Toute la tension accumulée se libère d'un coup et la fuite ressemble presque à un speedrun miniature préparé sur mesure.
Relooted sait aussi éviter de transformer chaque erreur en punition interminable. Lorsqu'une tentative tourne mal, il est généralement possible de recommencer près du déclenchement de l'alarme plutôt que de reconstruire entièrement le puzzle. Cette générosité est bienvenue, notamment parce que certaines erreurs ne viennent malheureusement pas toujours du joueur.
Relooted peine à donner à son gameplay la même force qu'à son sujet
Un parkour grisant jusqu'au moment où il manque de précision
Le parkour de Relooted constitue paradoxalement l'une de ses meilleures idées et l'une de ses principales sources d'agacement. Lorsque tout fonctionne, Nomali conserve son élan et traverse les décors avec un rythme extrêmement agréable. C'est précisément ce qui rend les fuites réussies aussi plaisantes. La moindre hésitation peut cependant casser cette fluidité, en particulier lors des sauts contre les murs. Selon l'angle, la direction du stick ou le moment de l'impulsion, la hauteur et la distance obtenues manquent parfois de constance.
Sur un jeu d'exploration classique, ce défaut serait désagréable sans être catastrophique. Dans une séquence chronométrée construite autour de l'idée d'exécuter parfaitement un trajet mémorisé, il devient beaucoup plus visible. Quelques zones sombres nuisent également à la lecture des obstacles et il arrive que les ordres donnés à un équipier ne produisent pas immédiatement la réaction attendue. GamingTrend avait notamment rencontré des problèmes de coéquipiers ne répondant pas aux commandes ainsi que cette irrégularité des wall jumps. Le studio a continué à publier des correctifs après la sortie, notamment avec une mise à jour de mai 2026 corrigeant plusieurs bugs et problèmes liés aux succès.

Des personnages attachants, des dialogues beaucoup moins convaincants
L'écriture connaît le même contraste. Les cinématiques parviennent à transmettre une véritable affection entre les personnages, en particulier au sein de la famille de Nomali. Les performances vocales y sont également plus naturelles. Dans les conversations interactives, cette énergie disparaît souvent. Les répliques semblent davantage juxtaposées que véritablement échangées, avec des pauses et un rythme qui rendent certaines discussions artificielles.
Les choix de dialogue aggravent cette impression. Le jeu demande parfois de sélectionner une réponse sans que cette décision ne semble avoir de véritable conséquence sur la conversation ou sur la suite de l'histoire. Certaines options restent même disponibles après avoir déjà été explorées. Cela donne moins la sensation d'incarner Nomali que de vider méthodiquement un menu de dialogues.
Ce défaut n'empêche pas les personnages d'être attachants, mais il souligne une nouvelle fois le problème général du jeu : beaucoup de bonnes idées restent à un stade intermédiaire. Le système de dialogue existe sans proposer de réelle influence. La préparation existe sans offrir suffisamment de stratégies concurrentes. Les puzzles existent, mais le jeu aide parfois avant même que la réflexion n'ait commencé.
Une formule qui révèle trop rapidement toutes ses cartes
C'est probablement la principale raison pour laquelle Relooted nous semble plus important par ce qu'il représente que par ce qu'il propose comme jeu. La formule fonctionne, mais elle évolue moins qu'espéré. De nouvelles capacités et de nouveaux contextes apparaissent, sans transformer suffisamment la manière d'aborder les casses. Une fois que l'on a compris l'alternance entre reconnaissance, préparation et sprint final, les missions tendent à réarranger les mêmes éléments plutôt qu'à profondément renouveler les règles.
La durée relativement contenue évite heureusement que cette répétition devienne épuisante. TrueAchievements estime qu'il faut environ huit à dix heures pour débloquer les 22 succès Xbox, sur la base des temps communiqués par ses membres ayant terminé cet objectif. Cette donnée ne correspond pas exactement à la durée de l'histoire principale, mais elle donne une idée de l'échelle du jeu.
Reste que cette structure limite l'envie de revenir longtemps après la fin. Avec davantage de solutions possibles, des chronos réellement compétitifs, des routes alternatives ou des énigmes moins guidées, Relooted aurait pu devenir un excellent terrain de maîtrise, où chaque casse aurait récompensé l'expérimentation. En l'état, une fois la campagne terminée, l'élément qui donne le plus envie de revenir n'est pas nécessairement le puzzle que nous avons résolu, mais l'histoire de l'objet que nous avons rapporté.
Un jeu moyen autour d'une idée qui ne l'est pas
Qualifier Relooted de jeu moyen ne revient donc pas à nier sa valeur. Son sujet est traité avec conviction, ses personnages ont une identité et ses meilleures fuites sont véritablement grisantes. Surtout, Nyamakop réussit à faire de véritables artefacts africains autre chose que des décorations placées derrière une vitrine virtuelle. Le joueur peut ressortir de l'expérience en connaissant un objet, un peuple ou un épisode historique dont il ignorait jusqu'au nom quelques heures auparavant.
Mais un test doit également juger ce qui se passe entre les mains. Et sur ce terrain, Relooted manque de profondeur. Les puzzles sont trop souvent guidés, les briefings donnent parfois une impression de complexité que les missions ne concrétisent pas, les dialogues interactifs n'ont pas assez de conséquences et le parkour manque occasionnellement de la précision nécessaire à son propre concept.
Ce verdict est par ailleurs plus sévère que celui d'une grande partie des joueurs. Au moment de la rédaction, Steam affiche 87 % d'évaluations positives sur 257 avis, soit une appréciation globale « très positive ». Relooted a donc clairement trouvé son public. Pourtant, notre avis sur Relooted reste celui d'une expérience que l'on conseille d'abord pour découvrir sa vision, ses personnages et les histoires qu'elle remet au centre de l'écran. C'est déjà beaucoup. C'est simplement moins que ce que son excellente idée de départ laissait espérer du côté du jeu lui-même.
En quelques mots
Relooted possède un concept bien plus fort que son exécution. Nyamakop réussit à transformer la restitution culturelle et l'histoire de 70 véritables artefacts africains en matière de jeu sans effacer les personnes et les cultures concernées. Ses fuites chronométrées offrent aussi de très bons moments de parkour. Mais les puzzles trop assistés, les dialogues sans véritable conséquence, les briefings souvent superficiels, quelques problèmes techniques et une formule qui se renouvelle peu empêchent l'ensemble de laisser la même empreinte manette en main. On retiendra probablement longtemps certains objets découverts grâce à Relooted. On se souviendra moins facilement des énigmes qui permettaient de les récupérer.
Notre review
Note
7
/10
Points positifs
- Un concept fort autour de la restitution des artefacts africains
- 70 artefacts réels qui donnent une vraie portée culturelle au jeu
- Des personnages attachants, notamment Nomali et son entourage
- Les phases de fuite sont nerveuses et souvent très réussies
- Une bonne opposition entre préparation méthodique et exécution rapide
- Une identité visuelle et culturelle marquée
- Le jeu donne envie d'en apprendre davantage sur l'histoire des objets représentés
- Les erreurs sont peu punitives grâce à des reprises bien pensées
Points négatifs
- Des puzzles souvent trop simples et trop assistés
- Des compagnons qui donnent parfois la solution trop rapidement
- Des briefings qui promettent plus de liberté que les niveaux n'en offrent réellement
- Des choix de dialogue sans véritable conséquence
- Des conversations en jeu parfois raides et artificielles
- Un parkour qui manque de précision, surtout sur certains wall jumps
- Quelques bugs et problèmes de lisibilité dans certaines zones
- Une formule qui se renouvelle peu au fil de l'aventure
- Une rejouabilité limitée
- Un gameplay qui reste moins marquant que le propos du jeu
À propos de l’auteur
Vivien Reumont
Journaliste jeux vidéo
Cofondateur et journaliste chez Achievement Industry, Vivien Reumont est spécialisé dans l’actualité internationale du jeu vidéo. Il couvre particulièrement l’industrie chinoise ainsi que les principaux événements gaming en Asie.
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