Ubisoft: restructuration, retours imposés au bureau et projets annulés

AutorArtículo escrito por Vivien Reumont
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Fecha de publicación22/01/2026

Ubisoft traverse une période de turbulences qui ne passe pas inaperçue. Depuis quelques jours, les révélations s’enchaînent et dessinent le portrait d’un géant du jeu vidéo en pleine réorganisation. Au programme : des jeux annulés, des studios fermés, des reports, une politique interne revue et une redistribution du personnel aux allures de remaniement brutal. L’éditeur français, pourtant pilier de l’industrie AAA, semble faire face à une pression croissante pour rationaliser ses efforts et retrouver une trajectoire plus stable, alors que le marché devient de plus en plus compétitif.

L’un des points les plus sensibles concerne les équipes de développement dont les projets ont été annulés. Ubisoft a confirmé que ces employés seront redéployés sur d’autres jeux… ou devront quitter l’entreprise en cas de refus. Une annonce qui fait écho à une série de décisions controversées, dont l’imposition du retour complet au bureau, avec une politique de télétravail fortement encadrée.

Ces bouleversements posent de nombreuses questions : quelles sont les vraies raisons derrière ces choix ? Quel avenir pour les salariés ? Et surtout, que signifie ce virage pour l’avenir d’Ubisoft dans un secteur où l’innovation et la rétention des talents sont plus cruciaux que jamais ?

 

Une restructuration sans précédent chez Ubisoft

Ce qui a déclenché la vague de changements

Ubisoft n’est pas étranger aux phases de réajustement, mais la restructuration en cours marque un tournant historique. Plusieurs signaux faibles s’étaient déjà accumulés : des ventes inférieures aux attentes, une concurrence accrue sur le marché AAA, des retours mitigés sur certains titres récents, et une production toujours plus complexe à rentabiliser.

La direction a donc opté pour une stratégie de rationalisation. L’objectif affiché ? Réduire les coûts, recentrer les efforts sur les franchises phares, et mieux allouer les ressources humaines et techniques. Ce repositionnement s’inscrit dans une dynamique plus large, où les studios doivent s’adapter à des cycles de développement plus longs, à des exigences de qualité accrues et à des attentes de rentabilité immédiate de la part des actionnaires.

"Nous devons faire des choix difficiles pour assurer la pérennité d’Ubisoft dans un contexte de plus en plus compétitif", a affirmé un cadre anonyme de l’entreprise à la presse.

1.2 Annulations de jeux, reports et fermetures de studios : bilan

Le grand ménage annoncé n’est pas qu’une vue de l’esprit : Ubisoft a confirmé la fermeture de deux studios, dont les noms n’ont pas encore été révélés publiquement au moment des premières annonces. Plusieurs jeux en développement — dont certains avancés — ont été tout bonnement annulés. Ironie du sort, même les équipes de développement concernées n’avaient pas encore connaissance des titres annulés lors de la communication officielle, à l’exception de l’équipe de Prince of Persia.

Si l’éditeur reste discret sur les projets concernés, cette décision radicale illustre une volonté de couper court à toute dépense inutile ou redondante. Cela soulève néanmoins des interrogations sur la gestion de l’information en interne, la transparence vis-à-vis des employés, et les conséquences humaines de ces revirements.

En parallèle, plusieurs jeux déjà annoncés ont été reportés, signe que la réorganisation touche aussi les plannings. Ce ralentissement volontaire pourrait être vu comme une tentative de redonner du souffle à des projets trop précipités. Mais il pourrait aussi traduire une perte de contrôle sur les capacités internes.

 

Télétravail et retour complet au bureau : une nouvelle politique interne

Pourquoi Ubisoft change sa politique de travail

Au milieu de cette vague de restructuration, Ubisoft a également choisi de modifier profondément sa politique de travail, en imposant un retour au bureau à tous ses salariés. Fini le télétravail libre instauré pendant la pandémie : désormais, un quota annuel de jours à distance sera défini, et la présence physique redeviendra la norme.

La direction justifie ce choix par une volonté de renforcer la cohésion des équipes et de favoriser la créativité dans un contexte de production exigeant. Selon un communiqué de l'entreprise :

« Cette évolution vise à renforcer la collaboration, notamment le partage constant des connaissances, et la dynamique collective entre les équipes. La collaboration en présentiel est un facteur clé de l'efficacité collective, de la créativité et du succès sur un marché AAA toujours plus sélectif. »

En d'autres termes, Ubisoft estime que le travail en présentiel est plus propice à l'innovation, à la fluidité des échanges et à une exécution plus rigoureuse des projets complexes.

Réactions des salariés face au retour obligatoire au bureau

Mais cette décision ne fait pas l’unanimité, loin de là. Si certains cadres peuvent voir dans ce retour un moyen de recréer une dynamique de groupe, de nombreux développeurs et employés y voient une régression. Le télétravail était devenu un élément clé de l’équilibre vie pro/vie perso pour une grande partie du personnel. En l’imposant de nouveau, Ubisoft prend le risque d’un mécontentement accru, voire de pertes de talents.

Certains salariés ont exprimé, anonymement ou via des syndicats internes, leur frustration face à cette mesure unilatérale. Pour eux, il s’agit moins d’un renforcement de la collaboration que d’une forme de contrôle accru, au moment même où les tensions internes augmentent.

Il faut aussi souligner que dans une industrie globalisée où le travail à distance est de plus en plus normalisé — notamment chez des concurrents comme CD Projekt RED, Bungie ou encore Larian Studios — ce virage d’Ubisoft pourrait nuire à son attractivité.

 

Redispatch des équipes : nouveaux projets… ou départ forcé

Les titres annulés et leurs équipes affectées

Lors de l'annonce des annulations, une situation plutôt inhabituelle a été révélée : à l'exception de Prince of Persia, les développeurs ne savaient même pas encore si leur jeu faisait partie des projets supprimés. Cette absence de communication interne a soulevé des questions sur la manière dont Ubisoft gère les bouleversements en coulisse, mais aussi sur le degré de transparence accordé aux équipes.

Certaines de ces équipes travaillaient depuis des années sur des titres qui ne verront jamais le jour. Des projets qui représentaient, pour les développeurs, un investissement professionnel et personnel. Leur annulation crée une rupture brutale, à la fois humaine et organisationnelle. Mais Ubisoft n’a pas tardé à définir un protocole : les talents concernés seront redéployés… du moins, ceux qui accepteront.

Ce que prévoit Ubisoft pour les employés concernés

Selon la journaliste Chloé Woitier du Figaro, Ubisoft a décidé que les développeurs dont les projets ont été annulés seront orientés vers d'autres jeux en cours de développement. Cela peut paraître logique dans une entreprise de cette taille, où les projets ne manquent pas. Cependant, la réalité est plus nuancée.

D’une part, ce redéploiement n’est pas automatique ni négocié individuellement : il s’impose comme une directive. D’autre part, ceux qui refusent ce repositionnement devront quitter l’entreprise. Ce choix binaire — accepter ou partir — illustre une approche rigide de la gestion des ressources humaines, en pleine mutation.

Ce mode opératoire pourrait être perçu comme une manière de pousser certains employés vers la sortie sans passer par des licenciements directs. Cela permettrait de limiter les impacts médiatiques et juridiques, tout en "nettoyant" les effectifs de manière silencieuse.

En creux, cette mesure traduit une tension : comment concilier flexibilité opérationnelle et respect du personnel dans une industrie où la fidélité des développeurs est un facteur clé de qualité ? Ubisoft risque ici de fragiliser la relation de confiance avec ses propres talents.

 

Enjeux et défis pour l’industrie AAA

Le modèle AAA toujours plus exigeant

La restructuration d’Ubisoft s’inscrit dans une tendance globale qui touche l’ensemble de l’industrie AAA. Le développement de jeux à gros budget n’a jamais été aussi complexe, risqué et coûteux. Les cycles de production s’allongent, les attentes des joueurs montent en flèche, et les échecs — même partiels — peuvent avoir des conséquences financières lourdes.

Dans ce contexte, les éditeurs comme Ubisoft cherchent à rationaliser leurs efforts, concentrant leurs ressources sur les franchises les plus bankables ou sur des projets bénéficiant déjà d’un fort capital sympathie. Cette stratégie de « consolidation » du portefeuille de jeux est pensée pour limiter les risques, mais elle peut aussi étouffer la créativité et empêcher l’émergence de nouvelles licences.

"Nous sommes entrés dans une ère où un seul faux pas peut coûter des centaines de millions d’euros à un éditeur", déclarait récemment un analyste du secteur.

Impact potentiel sur la créativité et la rétention des talents

L’exigence croissante du modèle AAA pose un dilemme : comment continuer à innover tout en limitant les prises de risques ? Ubisoft, autrefois salué pour son audace créative (Assassin’s Creed, Rayman, Watch Dogs...), semble aujourd’hui privilégier la sécurité.

Ce recentrage peut avoir un impact direct sur la motivation des équipes. Travailler sur des projets annulés ou être déplacé sans concertation vers un autre jeu peut saper la passion, un moteur fondamental dans un métier aussi exigeant. De plus, le marché du travail reste tendu : les talents expérimentés peuvent être tentés d’aller voir ailleurs, vers des structures plus flexibles ou des studios indépendants.

Enfin, cette tension entre stabilité économique et ambition créative devient un enjeu central dans la guerre des talents que se livrent les géants du secteur. Si Ubisoft ne parvient pas à maintenir un équilibre, elle pourrait perdre sa capacité à se renouveler.

 

Réactions et perspectives

Avis des observateurs et des journalistes (ex : Chloé Woitier)

Les décisions d’Ubisoft n’ont pas tardé à faire réagir les observateurs de l’industrie, entre inquiétude et analyse stratégique. Chloé Woitier, journaliste au Figaro, a notamment été l’une des premières à confirmer que les développeurs affectés par les annulations seraient redéployés… ou poussés vers la sortie. Cette révélation a alimenté une vive discussion sur les pratiques internes de l’éditeur et la brutalité de la transition imposée.

De nombreux spécialistes du secteur soulignent une rupture avec la culture plus souple que revendiquait Ubisoft ces dernières années. Le retour au bureau forcé, combiné à une absence de transparence sur les projets supprimés, donne une image de l’entreprise en pilotage d’urgence. Pour certains, il s’agit d’un retour en arrière managérial, alors que d'autres y voient une stratégie nécessaire pour survivre dans un contexte économique de plus en plus hostile.

Les forums professionnels et les réseaux sociaux regorgent de témoignages, entre inquiétude et résignation. Certains salariés actuels ou anciens n’hésitent pas à critiquer ouvertement les décisions prises, notamment le manque de concertation et la façon dont l’information a été diffusée, souvent de manière fragmentaire.

Que peut-on attendre pour l’avenir d’Ubisoft ?

La question de l’avenir d’Ubisoft est désormais au centre des préoccupations. L’éditeur a-t-il engagé une restructuration salutaire qui lui permettra de se recentrer efficacement ? Ou a-t-il enclenché une spirale qui risque de l’éloigner de ses valeurs fondatrices et d’épuiser ses forces vives ?

Tout dépendra de la manière dont l’entreprise gérera la suite : quels projets survivront ? Comment les équipes seront-elles réintégrées ? Et surtout, quelles seront les conséquences à moyen terme sur l'image employeur d'Ubisoft, à l’heure où la concurrence pour attirer les meilleurs talents est féroce ?

Le pari est risqué, mais pas impossible. Ubisoft dispose encore de licences fortes, d’un savoir-faire reconnu et d’un potentiel créatif immense. Reste à voir si la stratégie actuelle permettra de renouer avec une dynamique positive… ou si elle précipitera une crise plus profonde.

 


En quelques mots

La restructuration opérée par Ubisoft en ce début d’année 2026 marque une étape décisive dans l’histoire de l’éditeur. Face à un marché AAA devenu implacable, la société tente de retrouver sa stabilité en annulant des projets, en fermant des studios, et en réaffectant ses développeurs de façon radicale. Si certaines de ces décisions relèvent d’une logique économique compréhensible, leur exécution soulève des questions fondamentales sur la gestion humaine, la transparence interne, et la vision à long terme.

Le retour au bureau imposé, la communication minimaliste autour des annulations, et l’alternative binaire laissée aux employés affectés (changer de projet ou partir) dressent le portrait d’une entreprise en quête de contrôle, peut-être au détriment de son capital humain.

Ubisoft joue gros : maintenir ses talents, reconstruire la confiance en interne et démontrer que cette transformation, bien que brutale, pourra porter ses fruits. Le futur dira si ce pari était le bon… ou si l’éditeur n’a fait que gagner du temps face à des problèmes plus profonds.

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Ubisoft

Líder mundial en videojuegos, creador de franquicias icónicas como Assassin's Creed y Far Cry, ofreciendo experiencias inmersivas e innovadoras.

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