Stop Killing Games: près de 1,3 million de signatures validées par l’Europe

AutorArtículo escrito por Vivien Reumont
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Fecha de publicación26/01/2026

Depuis quelques années, les joueurs assistent, souvent impuissants, à la fermeture soudaine des serveurs de certains jeux vidéo, rendant ces derniers tout simplement injouables. Cette tendance, que certains n’hésitent pas à qualifier d’obsolescence programmée, a provoqué une onde de choc dans la communauté vidéoludique. En réponse à cette frustration croissante, une initiative citoyenne européenne a vu le jour : Stop Killing Games.

Le 22 janvier 2024, cette pétition a franchi une étape cruciale : sur les 1,45 million de signatures initialement collectées, près de 1,3 million ont été validées officiellement. Un chiffre impressionnant qui dépasse le seuil requis d’un million, permettant ainsi au Parlement européen de se saisir du dossier.

Ce mouvement, à mi-chemin entre militantisme numérique et préservation culturelle, soulève une question essentielle : les éditeurs ont-ils le droit de rendre un jeu inutilisable après quelques années ? L'article qui suit explore les origines de cette campagne, les enjeux qu'elle soulève, et ce qu'elle pourrait véritablement changer pour l'industrie vidéoludique.

 

Qu’est‑ce que Stop Killing Games ?

Origines et motivations

Lancée en mars 2023, l’initiative Stop Killing Games est le fruit d’une frustration partagée par des milliers de joueurs à travers l’Europe. Cette initiative citoyenne européenne (ICE) n’est pas une simple pétition en ligne. Elle s’appuie sur un cadre juridique formel, permettant aux citoyens de proposer directement des lois à la Commission européenne, à condition d’obtenir au moins un million de signatures valides.

Le déclic ? La fermeture de serveurs de plusieurs titres majeurs, notamment sur console, sans solutions de préservation ni alternatives pour les joueurs. Parmi les exemples souvent cités figurent The Crew d’Ubisoft ou Mirror’s Edge Catalyst, tous devenus partiellement ou totalement injouables après la fin de leur support officiel.

L'ICE s’est donc fixée un objectif clair : mettre fin à cette logique de fermeture imposée, perçue comme une forme de gaspillage numérique et une atteinte à la conservation du patrimoine vidéoludique.

"Le droit d'acheter un jeu, c’est aussi le droit d’y rejouer dans dix ans." – l’un des slogans les plus relayés par les signataires de la pétition.

Objectifs principaux de la pétition

L’initiative vise à obliger les éditeurs de jeux vidéo à garantir une jouabilité permanente des titres vendus, même après la fin du support officiel. Cela inclurait par exemple :

  • L’ouverture du code ou des serveurs à la communauté après leur désactivation.
  • La mise en place de patchs de préservation en mode hors-ligne.
  • L’interdiction de retirer des titres des bibliothèques numériques si l’utilisateur les a déjà achetés.

Il ne s’agit donc pas d’empêcher les éditeurs de tourner la page, mais de leur imposer une forme de responsabilité culturelle et contractuelle vis-à-vis de leurs joueurs.

 

Le décompte officiel des signatures

Résultats : 1,294 million validées

Ce week-end, l’annonce tant attendue est tombée : Stop Killing Games a officiellement validé 1 294 000 signatures sur les 1,45 million collectées dans le cadre de l’initiative citoyenne européenne. Ce chiffre dépasse largement le minimum requis d’un million, ce qui ouvre la voie à une véritable discussion politique au sein des institutions européennes.

La réussite de ce décompte n'est pas qu'une formalité. Elle montre l’ampleur de la mobilisation autour de la problématique de l’obsolescence des jeux vidéo. En moins d’un an, l’ICE a su fédérer une communauté large et engagée, bien au-delà des seuls cercles de passionnés, en touchant également des associations de consommateurs, des archivistes numériques et même certains développeurs indépendants.

"Il ne s’agit pas d’un simple caprice de gamers, mais d’un signal d’alarme pour le futur de la conservation numérique en Europe."

Analyse du taux d’invalidité et implications

Malgré cette réussite, un chiffre interpelle : environ 11 % des signatures ont été invalidées, ce qui représente environ 160 000 signatures jugées non conformes (doublons, informations manquantes, erreurs administratives, etc.). Ce taux reste dans la moyenne des ICE précédentes, mais rappelle que chaque signature doit être rigoureusement vérifiée pour peser politiquement.

Le franchissement de ce seuil signifie désormais que le Parlement européen est tenu de discuter de la proposition. Ce n’est pas encore la promesse d’une loi, mais cela place le sujet à l’agenda institutionnel. Une audition des organisateurs devra être programmée dans les prochains mois, suivie d’un débat en plénière et, potentiellement, d’une recommandation de la Commission européenne.

 

Pourquoi cette pétition mobilise‑t‑elle autant ?

L’obsolescence programmée dans les jeux vidéo

Le concept d’obsolescence programmée est bien connu dans le monde de l’électronique, mais il prend une forme insidieuse dans l’univers vidéoludique. Ici, il ne s’agit pas de composants qui tombent en panne, mais de jeux devenus injouables du jour au lendemain. Ce phénomène concerne surtout les titres dépendant de serveurs centralisés, notamment dans le cas des jeux multijoueur en ligne, des services live ou des DRM connectés.

Des éditeurs comme Ubisoft, EA ou Sony ont été plusieurs fois pointés du doigt pour désactiver l’accès à certains de leurs titres, même lorsqu’ils sont achetés légalement. En cause : la fin de vie commerciale d’un jeu, jugé non rentable ou dépassé. Et cela, sans aucune alternative pour les joueurs qui avaient pourtant payé le produit.

"Acheter un jeu ne donne plus accès à une œuvre durable, mais à une location déguisée." – un constat amer qui alimente la mobilisation.

L’impact sur les joueurs et la culture vidéoludique

Les conséquences dépassent la simple frustration individuelle. L’inaccessibilité croissante de certains jeux menace la mémoire collective du jeu vidéo. De nombreux titres sont aujourd’hui introuvables, tant physiquement que numériquement, notamment ceux sortis exclusivement en ligne ou sur plateformes fermées.

Ce sont donc des pans entiers de l’histoire vidéoludique qui risquent de disparaître, sans possibilité de préservation par les musées du jeu vidéo, les archivistes, ou même les passionnés. La pétition Stop Killing Games s'inscrit dans une dynamique plus large : celle de la défense du droit culturel à rejouer, redécouvrir et transmettre les jeux comme n’importe quelle autre œuvre artistique.

Enfin, cette mobilisation est aussi un cri d’alerte pour l'avenir. Si la tendance actuelle se poursuit, l’accès aux jeux vidéo deviendra une faveur temporaire et non un droit d’usage, même après achat.

 

Vers une action du Parlement européen

Ce que pourrait changer une loi

Avec plus de 1,29 million de signatures validées, Stop Killing Games a désormais atteint le seuil nécessaire pour être examinée par les institutions européennes. Cela signifie que le Parlement européen et la Commission européenne doivent se pencher sur le sujet, organiser une audition publique et formuler une réponse officielle.

Mais que pourrait réellement apporter une loi issue de cette initiative ? Plusieurs pistes sont envisagées par les promoteurs de la pétition :

  • L’obligation de fournir un mode hors-ligne fonctionnel pour les jeux après fermeture des serveurs.
  • La mise à disposition des outils nécessaires à la préservation, comme les fichiers serveur ou le code source (sous conditions de sécurité ou de licence).
  • Un droit d’accès garanti aux contenus achetés pour une période minimale (10 ans est souvent évoqué).
  • Des sanctions financières en cas de suppression abusive d’un jeu acheté.

L’objectif est clair : instaurer une législation européenne qui protège les joueurs et favorise la conservation du patrimoine vidéoludique, tout en tenant compte des réalités économiques des éditeurs.

"On ne demande pas l’impossible, on demande un minimum de respect pour l’achat numérique."

Les prochaines étapes institutionnelles

Le processus législatif est encore long. Après l’audition publique, le Parlement pourra émettre une résolution non contraignante, ou — plus ambitieusement — demander à la Commission européenne de rédiger une proposition de directive.

Cette dernière devra ensuite être discutée, amendée et votée par le Parlement et le Conseil de l’Union européenne. En résumé, même dans le meilleur des cas, il faudra probablement plusieurs années avant qu’un texte contraignant voie le jour.

Cependant, l’impact de la pétition est déjà concret : elle place la question de l’accès aux jeux vidéo dans le débat public, aux côtés d’autres grandes batailles numériques comme le droit à la réparation ou la neutralité du net.

 

Enjeux et controverses autour de la pétition

Arguments des défenseurs

Les soutiens de Stop Killing Games sont nombreux, et leur position est claire : il s'agit d'une lutte pour les droits des consommateurs et la préservation culturelle. Selon eux, acheter un jeu, que ce soit en version physique ou numérique, implique un droit fondamental d'en profiter dans le temps, sans limitation arbitraire imposée par les éditeurs.

Voici les principaux arguments souvent avancés :

  • Les jeux vidéo sont une forme d’art et doivent être protégés comme tout autre média culturel.
  • La fermeture des serveurs sans alternative revient à effacer des œuvres de l’histoire.
  • Le modèle économique basé sur le "tout connecté" et la dépendance aux DRM fragilise la propriété numérique réelle.
  • Une législation européenne permettrait d’harmoniser les règles entre les pays membres et de protéger les joueurs à l’échelle continentale.

Pour beaucoup, cette démarche s’inscrit dans une réflexion plus large sur la souveraineté numérique des citoyens face aux grandes entreprises technologiques.

Critiques et limites de l’initiative

Toutefois, la pétition ne fait pas l’unanimité. Certaines critiques pointent le manque de réalisme technique et économique de certaines demandes. Par exemple :

  • Ouvrir les serveurs ou partager le code source pourrait mettre en péril la sécurité des infrastructures ou enfreindre des licences tierces.
  • Obliger les studios à maintenir indéfiniment la jouabilité d’un jeu, même en solo, représenterait un coût supplémentaire non négligeable.
  • Certains éditeurs estiment qu’ils doivent rester libres de gérer leur catalogue comme ils l’entendent, y compris en fermant des jeux non rentables.

D'autres voix, plus nuancées, estiment que la voie législative n'est pas forcément la meilleure. Ils préféreraient des accords volontaires entre éditeurs, ou des solutions collaboratives avec des institutions de préservation.

Malgré cela, même les critiques reconnaissent que Stop Killing Games a le mérite d’avoir ouvert le débat, dans une industrie où la propriété numérique reste encore floue et instable.

 


En quelques mots

Le succès de la pétition Stop Killing Games marque un tournant important dans la façon dont les joueurs, les institutions et les éditeurs perçoivent la durabilité des jeux vidéo. Avec près de 1,3 million de signatures validées, cette initiative citoyenne européenne dépasse le simple coup de gueule pour devenir un véritable outil de pression démocratique.

L’obsolescence des jeux, longtemps tolérée voire ignorée, est désormais placée au centre du débat public européen. Même si aucune loi n’est encore garantie, le fait même que le Parlement et la Commission européenne doivent en discuter est déjà une victoire symbolique.

Cette mobilisation révèle aussi une évolution des mentalités : les joueurs ne se contentent plus de consommer. Ils revendiquent des droits, une mémoire, une forme de respect de leur engagement, qu’il soit affectif, culturel ou économique.

Qu’elle débouche ou non sur un cadre législatif concret, Stop Killing Games aura réussi à poser une question essentielle : et si jouer aujourd’hui, c’était aussi défendre notre droit à rejouer demain ?

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