Micron: pénurie de RAM jusqu’en 2028 et hausse des prix en 2026

AuthorArticle written by Vivien Reumont
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Publication date13/01/2026

La mémoire vive, ou RAM, est un composant clé de nos ordinateurs, smartphones, consoles de jeu et serveurs. Pourtant, depuis plusieurs mois, le marché mondial de la DRAM (Dynamic Random Access Memory) traverse une crise marquée par des pénuries persistantes, des retards de production et une hausse significative des prix. Ce déséquilibre entre l’offre et la demande fait craindre le pire aux consommateurs comme aux professionnels.

Récemment, c’est Micron Technology, l’un des principaux fabricants mondiaux de mémoire, qui a jeté un froid sur les espoirs d’un retour à la normale rapide. Lors d'une interview accordée à Wccftech, Christopher Moore, vice-président du marketing chez Micron, a livré une analyse peu rassurante : « Vous ne verrez pas de résultats concrets avant 2028. » Cette déclaration met en lumière la complexité et la lenteur du processus industriel, mais aussi l'impact massif que la demande en intelligence artificielle a sur le marché.

Entre investissements industriels massifs, tensions sur les chaînes de production, et explosion des usages gourmands en mémoire, les perspectives ne sont pas des plus optimistes pour les années à venir. Mais pourquoi cette crise s’éternise-t-elle autant, et quelles en seront les répercussions pour le monde du jeu vidéo, de la tech, et du grand public ?

 

La situation actuelle des pénuries de RAM

Qu’est-ce qui cause cette pénurie ?

La pénurie de RAM ne résulte pas d’un seul facteur, mais d’un enchevêtrement complexe de causes industrielles, économiques et technologiques. Tout d’abord, la transition vers une économie numérique — dopée par le cloud, les centres de données, et surtout l’intelligence artificielle générative — a généré une explosion soudaine de la demande en mémoire.

À cela s’ajoute une capacité de production insuffisante, car les fabricants comme Micron, Samsung ou SK Hynix ne peuvent pas augmenter la cadence aussi rapidement que les marchés le souhaitent. Le processus de fabrication de la DRAM est extrêmement technique, nécessite des installations de pointe, et repose sur une chaîne logistique mondiale très fragile.

De plus, des perturbations post-COVID, combinées à la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, ont ralenti les investissements dans de nouvelles usines, ce qui a accentué le déséquilibre entre offre et demande. Ainsi, au lieu d’un ajustement progressif, le marché se retrouve coincé dans une spirale haussière qui touche tous les secteurs liés au hardware.

Impact immédiat sur les tarifs et la disponibilité

Selon les dernières prévisions, les prix de la DRAM pourraient bondir de 50 à 60 % dès le premier trimestre 2026. Ce chiffre, relayé par Micron, est alarmant, et montre à quel point le manque de composants commence à peser lourdement sur les chaînes de fabrication.

Cette flambée des prix se traduit déjà par des ruptures de stock, des délais de livraison plus longs, et une répercussion directe sur les prix des PC, portables, et composants informatiques. Certaines marques ont d’ailleurs commencé à limiter la production de certains modèles pour préserver leur marge, et on observe un retour progressif à des pratiques de tarification plus agressives.

Comparaison avec d’autres épisodes de pénurie passés

Le secteur de la mémoire a déjà connu des pénuries — notamment en 2017–2018 — mais jamais sur une durée aussi étendue ni avec un tel niveau de dépendance à une demande émergente comme l’IA. À l’époque, la hausse des prix avait duré quelques trimestres avant un retour à la normale. Cette fois-ci, les industriels eux-mêmes annoncent que la situation ne s’améliorera pas avant au moins 2028.

Ce qui rend cette crise différente, c’est l’échelle des investissements nécessaires pour y répondre. Les sites de production coûtent des milliards de dollars et nécessitent plusieurs années de développement. Contrairement à une simple fluctuation conjoncturelle, la pénurie actuelle est systémique, liée à une transformation technologique globale du marché.

 

Analyse des propos de Micron

Qui est Christopher Moore et quel est son rôle ?

Christopher Moore n’est pas un inconnu dans l’industrie des semi-conducteurs. En tant que vice-président du marketing chez Micron Technology, il est responsable de la stratégie de communication mondiale de l’entreprise, tout en étant étroitement lié aux décisions stratégiques autour de la production et des tendances du marché. Ses déclarations ne sont donc pas anodines : elles reflètent souvent la réalité interne de Micron, mais aussi les tendances observées à l’échelle mondiale.

Dans l’interview donnée à Wccftech, Moore ne se contente pas de faire une déclaration générale : il fournit une analyse précise de la situation, et lève le voile sur des délais très longs concernant le retour à une offre équilibrée.

Les déclarations clés faites à Wccftech

Voici la déclaration qui a fait l’effet d’un pavé dans la mare :

« Vous ne verrez pas de résultats concrets, de résultats significatifs, avant 2028, le temps que toutes les qualifications soient terminées, que les clients l'acceptent et que les outils soient opérationnels. »

Cette phrase souligne la lourdeur du processus industriel lié à la production de DRAM. Il ne s’agit pas simplement de construire une usine : il faut aussi tester, calibrer, certifier les produits, et obtenir l’approbation des clients — un processus qui peut prendre plusieurs années.

Micron a confirmé avoir lancé des projets d’expansion de ses capacités de production, mais même en accélérant les travaux, les premières vraies retombées ne seront visibles qu’à partir de 2028. Ce genre de perspective à long terme est rare dans l’industrie tech, où l’on préfère souvent parler en trimestres plutôt qu’en années.

Pourquoi ces déclarations inquiètent le marché

Pour les analystes et les acteurs du secteur, cette annonce est hautement significative. Elle confirme que les efforts des grands fabricants pour répondre à la demande ne suffiront pas à court terme. En d’autres termes, le message est clair : préparez-vous à des prix élevés et à des délais d’approvisionnement tendus pendant plusieurs années.

Cela soulève également des inquiétudes sur la capacité du marché à innover, puisque certains projets pourraient être ralentis ou repensés à cause du coût des composants. Cela concerne autant les produits grand public (PC, cartes graphiques) que les infrastructures cloud ou les technologies IA.

Enfin, cette déclaration s’inscrit dans un contexte où la demande mondiale explose plus vite que les moyens de production, ce qui provoque une pression continue sur les prix, et un stress logistique à tous les niveaux.

 

Facteurs structurels derrière la pénurie prolongée

Expansion des usines : un processus long et complexe

Construire une usine de fabrication de mémoire DRAM n’a rien d’anodin. On parle ici de clean rooms ultra-technologiques, d’équipements de pointe valant plusieurs centaines de millions de dollars, et de délais de construction et de validation qui peuvent atteindre 4 à 5 ans. Micron, comme d’autres acteurs du secteur, a bien annoncé de nouveaux investissements, mais il s’agit de projets d’une ampleur industrielle qui ne peuvent produire d'effet qu’à long terme.

Par exemple, il faut non seulement bâtir physiquement l’usine, mais aussi l’équiper, recruter et former du personnel spécialisé, puis lancer des cycles de test et de validation. C’est ce processus qui explique les projections pessimistes de Micron : même avec une volonté d’accélération, les résultats tangibles ne se feront pas sentir avant 2028.

Contraintes techniques dans la fabrication de DRAM

La fabrication de DRAM est un des procédés les plus complexes de l’industrie des semi-conducteurs. Chaque puce contient des milliards de transistors miniaturisés, gravés à des échelles nanométriques, où la moindre erreur peut rendre un lot entier inutilisable. De plus, à mesure que la finesse de gravure progresse, les outils de production doivent être renouvelés, calibrés, puis certifiés.

Il faut également composer avec une chaîne d'approvisionnement mondiale fragile, où chaque élément — des wafers aux machines de photolithographie — dépend de fournisseurs spécialisés. La pénurie d’un seul composant ou outil peut bloquer toute la chaîne de production.

À cela s’ajoute la difficulté croissante à augmenter les rendements sans compromettre la qualité. Résultat : les délais de fabrication s’étendent, les coûts augmentent, et les marges se réduisent. Ce contexte rend les fabricants plus frileux à produire en masse sans garanties de retour sur investissement.

Pourquoi la production accrue ne sera visible qu’en 2028

Les annonces de Micron, Samsung et SK Hynix concernant l’expansion de leurs capacités sont rassurantes sur le papier, mais elles ne changeront pas la donne immédiatement. Le délai de mise en œuvre est dicté par des contraintes techniques et logistiques que même des milliards d’investissement ne peuvent accélérer.

Micron insiste particulièrement sur le fait que les résultats visibles de leurs nouvelles usines n’arriveront pas avant 2028, car il faut :

  • que les équipements soient livrés (et ceux-ci sont déjà très demandés),
  • que les installations soient certifiées par les clients,
  • que la production atteigne un niveau stable et fiable.

Autrement dit, même si la volonté est là, la machine industrielle mettra plusieurs années à se mettre en route, ce qui rend l’attente inévitable.

 

Conséquences pour les consommateurs et les industries

Effets sur les PC, cartes graphiques et SSD

Les répercussions de cette pénurie prolongée de DRAM ne se limitent pas à la mémoire seule. Les SSD, qui utilisent de la mémoire NAND (souvent produite dans les mêmes usines), sont également affectés par la tension sur les chaînes de fabrication. De plus, les cartes graphiques, très dépendantes de la mémoire GDDR (variante de la DRAM), voient aussi leurs coûts grimper.

Résultat ? Le consommateur final paiera plus cher pour un ordinateur ou une carte graphique d'entrée ou de milieu de gamme. Les fabricants doivent soit réduire leurs marges, soit reporter les coûts sur le produit final, ce qui pourrait freiner les renouvellements de matériel en 2026–2027. On observe déjà un ralentissement dans les lancements de nouveaux modèles chez certaines marques, préférant attendre un retour à des prix plus stables.

L’impact de la demande en IA sur la mémoire

Le boom de l’intelligence artificielle est l’un des principaux moteurs de cette pénurie. Les modèles d’IA de grande taille, comme ceux utilisés dans le traitement du langage ou la vision par ordinateur, nécessitent des quantités massives de mémoire, que ce soit pour l’entraînement ou l’inférence.

Des entreprises comme Nvidia, Google ou Microsoft achètent des volumes colossaux de DRAM pour leurs serveurs, ce qui crée une pression supplémentaire sur l’offre disponible. Cette priorité donnée aux centres de données IA désavantage indirectement les marchés traditionnels comme le PC gaming ou les smartphones, qui deviennent alors des clients « secondaires » aux yeux des fabricants de mémoire.

Tant que cette demande IA ne ralentira pas, la tension sur la DRAM persistera, comme l’a souligné Micron. C’est une vraie bataille de priorité industrielle qui s’engage entre le grand public et les géants du cloud.

Hausse des prix estimée pour 2026

Micron prévoit une augmentation de 50 à 60 % des prix de la DRAM au premier trimestre 2026. Ce chiffre est spectaculaire et laisse entrevoir une période difficile pour les constructeurs de matériel informatique et les consommateurs. À titre de comparaison, une barrette de RAM de 16 Go vendue aujourd’hui à 80 euros pourrait théoriquement atteindre 120 euros, voire plus si la demande continue à croître.

Les constructeurs devront faire des choix stratégiques : soit limiter les quantités produites, soit proposer des alternatives moins coûteuses, soit intégrer des solutions hybrides, comme des configurations mixtes avec moins de RAM mais plus de mémoire cache ou de SSD rapide.

Dans tous les cas, cette flambée des prix risque de ralentir le renouvellement des équipements dans les entreprises et chez les particuliers, créant un effet domino sur l’ensemble du marché du hardware.

 

Perspectives du marché mémoire

Scénarios si la demande ralentit

Une hypothèse sur laquelle certains analystes misent est celle d’un ralentissement progressif de la demande, notamment dans le secteur de l’IA. Si les besoins actuels explosent, notamment à cause des modèles de langage et de l’apprentissage machine, il est aussi possible que la croissance devienne moins linéaire d’ici quelques années.

Les entreprises pourraient optimiser leurs algorithmes pour consommer moins de ressources, ou des solutions logicielles plus légères pourraient émerger. De même, une éventuelle réglementation sur l’usage énergétique des centres de données IA pourrait ralentir le rythme de déploiement. Si cette pression s'atténue, cela offrirait un répit au marché mémoire et permettrait un retour plus rapide à la normale, potentiellement avant 2028.

Cependant, pour l’heure, Micron reste prudent : tant que la dynamique de croissance IA ne s'essouffle pas, les tensions resteront vives.

Possibilités d’innovations ou d’alternatives technologiques

Face aux pénuries, l’innovation devient une nécessité. Plusieurs pistes sont à l’étude pour contourner ou compenser la rareté de la DRAM :

  • Mémoire LPDDR5X ou HBM (High Bandwidth Memory), plus performantes mais aussi plus coûteuses, pourraient devenir des standards plus répandus dans le haut de gamme.
  • Des startups explorent des alternatives hybrides, combinant DRAM, NAND et autres types de mémoire non volatile pour réduire la dépendance à une seule technologie.
  • Des améliorations du côté des logiciels (compression, virtualisation de la mémoire, meilleure gestion du cache) pourraient également alléger la pression sur les besoins matériels.

Ces innovations prennent du temps, mais elles montrent que le secteur cherche des moyens de rebondir face à cette crise prolongée.

Ce que prévoient les analystes du secteur

Les prévisions convergent vers une pénurie persistante jusqu’à 2028, mais certains cabinets, comme TrendForce ou IDC, entrevoient une stabilisation possible dès 2027, à condition que les nouvelles usines tiennent leurs calendriers.

L’autre facteur incertain reste la géopolitique. Si la tension entre la Chine et les États-Unis venait à s’aggraver, cela pourrait perturber davantage la chaîne d’approvisionnement. À l’inverse, une levée de certaines restrictions commerciales ou des accords stratégiques entre pays producteurs pourraient accélérer le retour à l’équilibre.

En somme, le marché mémoire est dans une phase charnière, où la technologie, l’économie et la politique s’entremêlent de manière inédite.

 


En quelques mots

La pénurie de RAM actuelle n’est pas un simple contretemps industriel, mais le symptôme d’un bouleversement structurel du marché technologique mondial. L’explosion de la demande, portée par les avancées en intelligence artificielle, les data centers et les usages numériques intensifs, a placé une pression sans précédent sur les chaînes de production de DRAM.

Les déclarations de Micron, confirmant que les effets des nouvelles usines ne seront visibles qu’en 2028, sonnent comme un avertissement : les consommateurs, les constructeurs et les développeurs doivent s’adapter à une période prolongée de tensions, où les prix vont grimper et les ressources rester limitées.

Néanmoins, tout n’est pas figé. Des solutions technologiques émergent, des investissements massifs sont en cours, et les scénarios peuvent évoluer. Ce qui est certain, c’est que cette crise redéfinit les priorités de l’industrie et pousse à l’innovation. En attendant, mieux vaut ne pas trop tarder à upgrader sa machine… tant que les prix sont encore (relativement) stables.

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