Test A Better World PC: voyage temporel et choix moraux sous tension

AuthorArticle written by Vivien Reumont
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Publication date17/01/2026

Imaginez un monde où une entreprise d’assurance peut changer le cours de l’Histoire. Une entreprise qui, grâce à la technologie du voyage dans le temps, prétend modeler un avenir meilleur… mais selon quels critères ? Et surtout, à quel prix ? A Better World, la dernière création du studio français Ludogram en partenariat avec ARTE France, propose une expérience narrative singulière sous forme de visual novel. Avec un postulat fascinant mêlant manipulation temporelle et critique sociétale, le jeu entend interroger notre rapport au pouvoir, aux choix et à la moralité.

Dès les premières minutes, le ton est donné : vous êtes un simple rouage au sein de l'organisation A Better World, dont la mission officielle est d'assurer un avenir radieux à l'humanité. Votre outil ? Une station de travail minimaliste, une interface simplifiée et un assistant jovial, Globos, sorte de mascotte omniprésente. Mais derrière l’apparente bienveillance se cache une mécanique implacable où chaque décision, même la plus anodine, peut bouleverser le destin d’individus et, à terme, de l’humanité tout entière.

Ce test explore les mécaniques, les intentions, les limites et les forces de ce jeu court mais dense, qui pousse à la réflexion. Faut-il vraiment tout changer pour créer un monde meilleur ? Et si les choix « logiques » n’étaient pas toujours les plus humains ?

 

Un gameplay qui mise sur la lecture et la réflexion

Le principe de base : manipuler le passé pour créer un avenir « meilleur »

A Better World ne fait pas de détour : vous êtes ici pour changer le monde. Littéralement. Grâce à la technologie du voyage dans le temps, l'organisation pour laquelle vous travaillez vous confie des missions à première vue anodines, comme “rendre une personne ordinaire extraordinaire”. Très vite, ces missions prennent de l’ampleur, allant jusqu’à des choix aux conséquences sociétales majeures, comme intervenir dans l’assassinat de JFK ou interdire la vente à perte.

Le gameplay repose presque entièrement sur la lecture attentive de rapports et la prise de décisions éclairées… ou pas. Le jeu ne donne que très peu d'informations contextuelles avant une décision, créant une tension intéressante : faut-il agir tout de suite ou creuser davantage ? Cette dynamique rappelle les dilemmes moraux classiques de la science-fiction, à la manière de The Outer Worlds ou Papers, Please, mais dans une forme plus épurée et narrative.

Une interface sobre mais fonctionnelle

Visuellement, le jeu propose un environnement de travail futuriste minimaliste : une console principale, une vue sur l’extérieur (dont les variations reflètent vos changements dans la timeline), et votre fidèle IA, Globos. L’ensemble est épuré, presque clinique, renforçant cette sensation d'être un agent anonyme dans une gigantesque machine.

Le tout fonctionne avec la souris ou les contrôles directionnels, mais n’est pas optimisé pour une manette, ce qui peut poser problème sur les PC hybrides comme le Lenovo Legion Go. Naviguer entre la console et Globos peut vite devenir fastidieux, car il faut se désengager du terminal, se tourner vers l’IA, cliquer, puis revenir à la station… Ce manque d’ergonomie casse parfois le rythme du jeu.

Les limites du gameplay : entre simplicité et frustration

Si l’idée de base est captivante, l’exécution peut décevoir. L’aspect décisionnel repose souvent sur des fragments d’informations, avec parfois une seule phrase pour juger du sort d’un personnage ou d’un événement. Cela peut donner une impression de décisions arbitraires, où le joueur tâtonne à l’aveugle jusqu’à tomber sur la bonne combinaison.

Une citation résume bien cette expérience :

"Un bon choix peut transformer une vie. Un mauvais peut dérégler tout un monde."

Malheureusement, les retours sur les conséquences de vos choix sont souvent succincts, apparaissant sous forme de résumés sur l’écran de la console. Bien que cela accélère le rythme, cela retire aussi de la gravité aux décisions, qui pourraient mériter plus d’impact émotionnel ou de contextualisation.

 

Des décisions aux conséquences immédiates… et parfois inattendues

Les effets domino : un simple choix peut tout changer

Le cœur de A Better World, c’est la gestion des effets en cascade. Chaque choix que vous faites dans le passé peut transformer non seulement la vie d’un individu, mais aussi la société dans son ensemble. Ce qui commence comme une simple intervention dans la vie d’un petit commerçant peut déboucher sur une réforme économique mondiale ou une rupture dans l'équilibre géopolitique.

Ce sentiment de pouvoir démesuré, que le jeu nous accorde très rapidement, est à la fois grisant et inquiétant. Et c’est justement là que A Better World prend une tournure plus sérieuse : il pose la question de la légitimité de nos actes. Qui sommes-nous pour décider du bien commun ? Peut-on vraiment prédire les conséquences d’un choix historique ?

L’exemple d’Henry Hellman : une vie, plusieurs destins

La toute première mission du jeu en est un excellent exemple. Globos, votre guide IA, désigne Henry Hellman, un homme parfaitement banal, pour illustrer la tâche “rendre une personne ordinaire extraordinaire”. Le jeu nous propose alors d’intervenir à plusieurs moments clés de sa vie : l’échec potentiel de l’épicerie de ses parents, l’essor de la télévision, une rencontre sentimentale cruciale avec Anna Huang.

C’est là que le système de navigation temporelle devient intéressant. On peut choisir de faire de Henry une star du business, du cinéma ou de la musique, en modifiant des éléments à première vue mineurs. Mais ces décisions n’affectent pas que lui : le moindre changement peut détourner d’autres trajectoires, comme celle d’Anna, et même conditionner la réussite ou l’échec de votre mission.

Un manque de nuance dans les résultats des choix ?

Malgré cette promesse de complexité, le jeu manque parfois de subtilité dans la manière dont il présente les conséquences. Le retour d’information sur les événements est souvent réduit à un simple texte : un court message s'affiche, vous informant que tel ou tel événement s’est produit, puis on passe à la suite. Ce traitement rapide nuit à l’impact émotionnel de certaines décisions.

De plus, les choix dits "éthiques" sont souvent très orientés, avec des implications morales évidentes. Le jeu semble vous juger, ou du moins vous orienter vers une voie jugée "correcte", ce qui peut décevoir les joueurs en quête de dilemmes réellement ambigus.

“Faire le bien” n’est pas toujours aussi simple qu’il n’y paraît. Et si vouloir sauver quelqu’un en détruisait la vie d’un autre ?

Ce manque de gris, cette polarisation rapide entre “bon” et “mauvais” choix, réduit parfois la richesse narrative que le concept promettait.

 

Une critique sociale déguisée sous une fausse utopie

Quand l'assurance devient manipulation temporelle

Derrière son apparente simplicité, A Better World dissimule un propos plus profond : une critique du contrôle corporatiste sur nos vies, sous couvert de bienveillance. L'organisation pour laquelle on travaille prétend être une compagnie d'assurance. Pourtant, elle utilise la technologie du voyage temporel non pas pour sauver des vies ou prévenir des désastres… mais pour optimiser l’avenir selon ses propres critères. Qui décide de ce qu’est “un monde meilleur” ? Et surtout, dans quel but ?

Le jeu flirte ainsi avec une satire du capitalisme algorithmique, où le bonheur collectif est dicté par une poignée de décideurs invisibles. Cette approche rappelle des œuvres dystopiques comme Black Mirror, où le progrès technologique est toujours teinté d’une inquiétante perte de contrôle humain.

Globos, l’IA « mascotte » ou guide moral ?

Globos, la mascotte IA du jeu, est omniprésente : elle commente, guide, encourage, parfois même ironise. Son ton enfantin et ses petites répliques détendues contrastent avec la gravité de certaines décisions que le joueur prend. Cette dissonance est volontaire. En rendant la narration plus légère, elle accentue l’absurdité de certaines missions et l’inconscience des actes qu’on nous pousse à faire.

Cependant, Globos n’est pas qu’un simple décor : elle incarne aussi une forme de contrôle moral déguisé. Elle évalue vos actions, vous pousse dans certaines directions, et finit par devenir un repère émotionnel dans un environnement aseptisé. Cette relation ambiguë entre le joueur et l’IA enrichit la réflexion du jeu.

ARTE France et Ludogram : une vision engagée du jeu vidéo

Le partenariat entre ARTE France, déjà connue pour ses projets interactifs à portée artistique, et Ludogram, un studio habitué aux narrations originales, n’est pas anodin. A Better World s’inscrit dans une volonté de créer un jeu vidéo engagé, à la croisée entre média interactif et œuvre de réflexion sociale.

Ce n’est pas un “jeu à message” au sens lourd du terme, mais il assume son propos : les choix technologiques et politiques ont des répercussions humaines profondes, et l’idée d’optimiser le monde est peut-être plus dangereuse qu’il n’y paraît.

"Changer le monde est une responsabilité. Encore faut-il savoir à qui on la confie."

 

Accessibilité, technique et confort de jeu

Une compatibilité large mais une ergonomie à revoir

Sur le plan technique, A Better World tourne sans encombre sur la majorité des PC, y compris les handhelds comme le Lenovo Legion Go. C’est un point fort : la légèreté du jeu permet une accessibilité quasi universelle. Aucun ralentissement, ni bug majeur à signaler. Cependant, cette fluidité d’exécution est entachée par une ergonomie parfois peu intuitive, en particulier lorsqu’on tente de jouer à la manette.

L’interface est clairement pensée pour une utilisation clavier-souris, et cela se ressent : les menus ne sont pas adaptés à une navigation fluide via les boutons d’une manette, et certaines actions comme consulter Globos ou changer de fenêtre de travail demandent plusieurs manipulations fastidieuses.

Quelques soucis de navigation et d’interaction

Un des défauts les plus notables est l’absence d’un raccourci pour interagir directement avec Globos, votre IA-assistante. Pour recevoir ses conseils ou continuer la mission, il faut physiquement tourner la caméra, la cibler, cliquer, puis revenir au poste de travail. Ce va-et-vient répétitif casse la dynamique du jeu, surtout lorsqu’on doit consulter Globos fréquemment pour valider un choix ou obtenir une explication supplémentaire.

Ce détail, qui peut paraître mineur, devient frustrant au fil des parties. Il aurait suffi d’un simple bouton de dialogue rapide pour corriger cela, et améliorer grandement le confort de jeu.

L’aspect technique : fluide mais perfectible

Visuellement, A Better World fait le choix de la sobriété. Ce n’est pas un jeu qui cherche à impressionner par ses graphismes, mais par sa narration et ses idées. Le décor principal reste fixe, et seul l’environnement visible par la fenêtre évolue en fonction de vos choix — ce qui constitue une des rares touches visuelles significatives.

Cela dit, certains de ces changements sont spectaculaires et marquants (comme un paysage transformé par une catastrophe évitée ou provoquée), mais la majorité restent subtils. Cela peut nuire à l’immersion pour ceux qui espéraient plus de variété visuelle ou d’interaction avec l’environnement.

En résumé, même si A Better World fonctionne bien sur le plan technique, une optimisation de l’ergonomie et quelques ajustements de confort auraient permis une expérience plus fluide et agréable.

 

Durée de vie, rejouabilité et ce que propose la démo

Moins de trois heures pour une première partie

A Better World est un jeu relativement court. Une première session complète peut se terminer en moins de trois heures, ce qui peut sembler modeste pour une expérience narrative. Mais cette brièveté est en partie justifiée par la densité des choix proposés et par le rythme rapide de progression. Chaque mission enchaîne les décisions majeures, sans temps mort inutile.

Cela dit, cette durée limitée peut aussi laisser un goût d’inachevé. Certains joueurs pourraient regretter de ne pas pouvoir explorer davantage les conséquences de leurs actes, ou de ne pas voir les intrigues secondaires se développer sur le long terme.

Une rejouabilité réelle, mais pas toujours motivante

Le jeu mise clairement sur la rejouabilité. Les embranchements sont nombreux, les fins multiples, et il est possible de revenir à certaines étapes pour explorer d’autres décisions. Mais contrairement à des visual novels plus classiques, A Better World ne facilite pas vraiment la navigation entre les choix déjà explorés et les nouveaux chemins. Il n’existe pas de véritable journal de progression ou de carte des embranchements, ce qui oblige parfois à recommencer depuis le début.

Autre bémol : il n’est pas possible de passer rapidement les dialogues déjà lus, ce qui freine la relance d’une partie. Cela devient un frein à l’exploration de toutes les possibilités, malgré une base narrative intrigante.

"Si l’idée de recommencer pour tout changer est séduisante, encore faut-il en avoir envie."

La démo : un bon indicateur pour tester l'expérience

Heureusement, les développeurs ont eu la bonne idée de proposer une démo gratuite accessible via le site officiel. Elle offre un aperçu fidèle de l’ambiance, de la mécanique de jeu, et de la philosophie globale du projet. C’est un excellent moyen de savoir si l’expérience correspond à ses attentes avant d’acheter le jeu complet.

Pour ceux qui hésitent, la démo est clairement une porte d’entrée utile, d’autant qu’elle ne spoile pas les missions les plus marquantes. C’est aussi un bel exemple de transparence dans le développement indépendant, permettant au public de tester un concept original sans risque.


Points positifs et négatifs

Les points positifs

  • Un concept original : manipuler le temps pour "améliorer" le monde offre un cadre narratif captivant et intelligent.
  • Une critique sociétale subtile : le jeu aborde des thèmes profonds comme la manipulation, l’éthique du progrès et le pouvoir des corporations.
  • Une ambiance soignée : interface minimaliste, IA attachante (Globos), et évolution visuelle subtile mais significative de l’environnement.
  • Des décisions à portée morale : chaque choix pousse à la réflexion et peut bouleverser l'équilibre du monde.
  • Une démo gratuite bien pensée : idéale pour découvrir l'expérience sans engagement.

Les points négatifs

  • Ergonomie perfectible : navigation laborieuse entre les éléments du décor, manque de raccourcis pour interagir avec Globos.
  • Peu de contexte avant les choix : décisions souvent prises avec très peu d’informations, ce qui peut rendre certaines actions arbitraires.
  • Retour sur les conséquences trop rapide : les impacts sont souvent présentés de manière brève, sans réel poids narratif.
  • Durée de vie limitée : une session principale de moins de trois heures, qui peut laisser sur sa faim.
  • Rejouabilité freinée : pas de système efficace de saut de texte ou de carte des embranchements, ce qui limite l’exploration des autres issues.

En quelques mots

A Better World est un projet audacieux qui repose sur une idée forte : et si le voyage dans le temps permettait de bâtir un monde meilleur ? Mais derrière cette promesse utopique se cache une réalité bien plus complexe, où chaque décision peut avoir des effets pervers et où la manipulation du passé devient un outil de contrôle sociétal. Le jeu séduit par sa proposition narrative originale, ses dilemmes moraux intrigants, et son ton critique vis-à-vis des grandes institutions — qu'elles soient politiques, économiques ou technologiques.

Cependant, malgré un fond passionnant, la forme laisse parfois à désirer. Une interface peu ergonomique, un manque de profondeur dans les conséquences des choix, et une rejouabilité freinée par des limitations techniques nuisent à l’expérience. Le jeu aurait gagné à mieux contextualiser les décisions et à proposer plus de subtilité dans leurs résultats.

Cela dit, A Better World n’est pas un échec — loin de là. Il s’agit d’un jeu indépendant courageux, qui assume ses idées, propose une expérience courte mais percutante, et pousse à la réflexion sur des enjeux contemporains cruciaux : qui décide de notre avenir ? À quel moment une bonne intention devient-elle dangereuse ? Et jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour imposer notre vision du “mieux” ?

Pour les amateurs de visual novels à portée philosophique, et les joueurs curieux de voir le jeu vidéo comme outil de questionnement, A Better World mérite clairement un détour. Sa démo gratuite permet d’en avoir un bel aperçu — et peut-être, de remettre en question votre propre conception d’un futur idéal.

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Ludogram

Independent video game studio specializing in multiplayer adventures and licensed adaptations, with titles such as "Firebird" and "The Worlds of Aria."

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