GTA VI: Rockstar rejette l’IA générative pour préserver la création humaine

AuthorArticle written by Vivien Reumont
|
Publication date06/02/2026

L’intelligence artificielle générative a bouleversé en quelques mois des pans entiers des industries créatives. De l’écriture à la modélisation 3D, en passant par le game design, les studios de développement de jeux vidéo expérimentent — parfois à marche forcée — de nouveaux outils prometteurs. Dans ce contexte de mutation technologique rapide, un nom suscite plus de curiosité que tous les autres : Rockstar Games. Et pour cause : GTA VI n’est pas simplement un jeu très attendu… c’est probablement le jeu le plus attendu de tous les temps.

Alors que les rumeurs sur l'utilisation d'IA dans le processus de développement se multiplient, un éclairage important a été apporté par Strauss Zelnick, PDG de Take-Two Interactive, la maison mère de Rockstar. Interrogé par GamesIndustry.biz, il a coupé court à toutes les spéculations : l’IA générative n’a pas été utilisée dans le développement créatif de GTA VI.

« Leurs mondes sont entièrement faits à la main. C’est ce qui les distingue. Ils ne sont pas générés de manière procédurale, et ils ne devraient pas l’être. »

Une position étonnante, voire courageuse, dans une époque où l’efficacité prime souvent sur l’artisanat. Mais derrière ce choix se cache une vision bien plus stratégique qu’il n’y paraît.

 

L’IA générative : un outil en pleine explosion

De quoi parle-t-on exactement ?

L’intelligence artificielle générative désigne un ensemble de technologies capables de créer du contenu de manière autonome, que ce soit du texte, de l’image, du son ou même des environnements 3D. En clair, il s’agit d’algorithmes qui, nourris par des milliards de données, peuvent produire des éléments souvent difficiles à distinguer de ceux réalisés par des humains.

Dans l’industrie vidéoludique, cela ouvre des perspectives fascinantes : génération de dialogues dynamiques, création de textures, environnements procéduraux intelligents, voire conception d’animations et comportements de PNJ.

Des outils qui redéfinissent la production créative

Des moteurs comme Unity ou Unreal Engine intègrent désormais des modules exploitant l’IA générative. Des studios comme Ubisoft, Electronic Arts ou Tencent testent activement ces solutions pour réduire les cycles de production.

Par exemple, certains outils permettent de générer des variantes visuelles de personnages ou d’objets en quelques secondes, là où un artiste mettrait plusieurs heures. D’autres simulent des dialogues adaptatifs en fonction des choix du joueur. Gagner du temps, réduire les coûts, personnaliser à grande échelle : l’IA générative est vue comme une révolution logistique.

Avancées récentes dans l’industrie vidéoludique

Le jeu vidéo n’échappe pas à l'accélération que connaît le secteur. En 2023, Nvidia a présenté des PNJ capables de discuter en temps réel avec les joueurs grâce à une IA générative dopée par des modèles linguistiques avancés. Du côté des studios indépendants, des jeux comme AI Dungeon ou This Girl Does Not Exist s’appuient déjà entièrement sur ces technologies.

On assiste à une décentralisation des processus de création, où l’humain devient plus superviseur que créateur. Une perspective exaltante pour certains, inquiétante pour d’autres.

Les promesses et les craintes du secteur

L'IA générative est porteuse de promesses énormes, mais aussi de questions éthiques et artistiques majeures. Peut-on réellement créer une œuvre marquante sans intervention humaine directe ? Le jeu vidéo risque-t-il de se standardiser sous l’effet d’algorithmes « trop propres » ?

Ces interrogations traversent l’ensemble du milieu. Et dans ce tumulte, Rockstar fait le choix inverse : celui de l’humain, de l’intention, du fait main. Une rareté qui mérite d’être analysée.

 

La réponse de Take-Two : l’humain avant tout

Une déclaration claire de Strauss Zelnick

Lors d’une interview accordée à GamesIndustry.biz, Strauss Zelnick, PDG de Take-Two Interactive, a tenu à clarifier les choses. GTA VI n’a pas été développé à l’aide d’IA générative. Une précision importante alors que l’opinion publique et les professionnels du secteur supposaient l’inverse. Zelnick insiste :

« Concernant GTA VI en particulier, l'IA générative n'a absolument rien à voir avec ce que Rockstar Games développe. »

Une déclaration forte, à contre-courant de ce que beaucoup imaginaient, qui souligne une volonté de maîtriser l’identité créative du jeu.

« Faits à la main » : la signature Rockstar

Selon Zelnick, les mondes de Rockstar sont faits à la main, dans une démarche qui privilégie l’authenticité et la précision. Contrairement à la génération procédurale, chaque rue, chaque bâtiment, chaque interaction est pensée, dessinée, testée et peaufinée par des humains.

Ce n’est pas un détail : c’est même le cœur de leur ADN créatif. Et c’est ce qui explique en partie pourquoi chaque titre de la série Grand Theft Auto propose un monde aussi vivant, crédible et immersif.

Une opposition assumée à la génération procédurale

Rockstar rejette donc l’automatisation des processus créatifs. Pas par dogmatisme technophobe, mais par souci de qualité artistique. Là où d'autres studios tentent de maximiser la surface de jeu grâce à la génération procédurale, Rockstar préfère réduire l’échelle si nécessaire, mais garder le contrôle total sur le résultat.

Cette approche donne naissance à des univers plus cohérents, plus denses, et souvent plus marquants. Un choix assumé qui pourrait bien redéfinir la notion de « next-gen » pour toute l’industrie.

 

Comment Rockstar construit ses mondes

Une approche artisanale et méticuleuse

Depuis toujours, Rockstar Games se distingue par sa manière de concevoir ses environnements. Ici, pas de génération procédurale à grande échelle. Chaque quartier, chaque rue, chaque panneau publicitaire est pensé pour raconter une histoire, même en dehors des quêtes principales.

Ce travail minutieux prend des années, mobilise des dizaines d'équipes spécialisées, et demande une coordination titanesque entre scénaristes, artistes, designers et programmeurs. Un processus certes coûteux, mais qui aboutit à des mondes où chaque recoin semble avoir un sens.

Bâtiment par bâtiment, rue par rue

Strauss Zelnick l’a souligné : tout est construit de A à Z. Les villes ne sont pas simplement modélisées, elles sont scénarisées. Un bar délabré peut être le témoin silencieux d’une guerre de gangs. Un quartier résidentiel évoque subtilement les inégalités sociales. Ce souci du détail donne à chaque lieu une identité propre, un vécu presque palpable.

Contrairement à certains mondes ouverts qui misent sur l’étendue au détriment de la profondeur, les villes de Rockstar sont denses, crédibles et remplies de micro-récits.

L’importance de la cohérence narrative

La cohérence ne se limite pas à l’aspect visuel. Chez Rockstar, le décor est une extension du scénario. Les environnements renforcent les thèmes abordés dans l’histoire : le rêve américain dévoyé dans GTA V, la chute des idéaux dans Red Dead Redemption 2, etc.

Cette symbiose entre narration et environnement est quasiment impossible à obtenir avec des outils automatisés. D’où l’importance, pour Rockstar, de garder une main humaine sur chaque élément du monde.

Un soin du détail à contre-courant de certaines tendances

À l’heure où l’industrie mise de plus en plus sur l’automatisation pour livrer vite et à moindre coût, Rockstar fait figure d’artisans modernes. Leur choix de ne pas recourir à l’IA générative sur l’aspect créatif n’est pas rétrograde : c’est une déclaration artistique et stratégique.

Ce refus du « contenu générique » pourrait bien être la clé de leur succès durable. Une philosophie rare dans un milieu souvent obsédé par le rendement.

 

L’IA chez Take-Two : invisible mais omniprésente

Des projets pilotes dans tous les départements

Si Rockstar a exclu l’IA générative de GTA VI, cela ne veut pas dire que Take-Two Interactive la boude. Bien au contraire. Strauss Zelnick affirme que des centaines de projets pilotes liés à l’IA sont en cours dans l’ensemble du groupe. Ces expérimentations concernent des fonctions internes autant que des outils destinés aux studios, allant de la gestion administrative à l’automatisation des tests techniques.

Cela démontre une réalité : l’IA est intégrée de manière diffuse, parfois invisible pour le joueur final, mais profondément structurante pour les équipes.

Gains de temps, réduction des coûts

Les premières retombées sont déjà visibles. L’IA permet de réduire drastiquement le temps de traitement de certaines tâches répétitives, comme le débogage, les tests de performance, la génération de lignes de code basiques ou encore l’analyse de données comportementales des joueurs.

En libérant les ressources humaines de ces tâches, Take-Two optimise ses processus sans compromettre la qualité artistique de ses productions. L’IA devient un levier d’efficacité, et non une substitution créative.

IA oui, mais pas sur le plan artistique

Cette distinction est capitale dans le discours de Zelnick. Pour lui, il ne s’agit pas de rejeter l’IA, mais de choisir où et comment l’utiliser intelligemment. L’art, selon lui, ne peut pas être confié à une machine :

« Est-ce que je pense que les outils, à eux seuls, créent de grandes œuvres de divertissement ? Non, rien ne le prouve et ce ne sera pas le cas à l’avenir. »

C’est donc un usage stratégique de l’IA qui se dessine : opérationnelle mais pas narrative, efficiente mais pas directive.

Rockstar et les autres studios : des usages différenciés

Il faut aussi souligner que Take-Two chapeaute plusieurs studios. Certains d’entre eux, comme 2K Games, pourraient avoir des approches différentes, notamment sur des titres plus sportifs ou orientés simulation. Dans ces cas-là, l’IA générative pourrait être exploitée pour simuler des actions ou enrichir l’intelligence des adversaires virtuels.

Rockstar, en revanche, maintient son cap : maîtriser l’expérience utilisateur de bout en bout, sans intervention automatisée dans la création de contenu narratif ou visuel.

 

Une vision créative à contre-courant

Le refus d’automatiser la création

À une époque où tout s’industrialise — y compris l’imaginaire —, Rockstar adopte une position de plus en plus rare : refuser d’automatiser la création. Ce choix pourrait sembler coûteux, lent, voire risqué. Mais il repose sur une conviction forte : l’émotion, la subtilité, la cohérence ne se codent pas. Elles s’écrivent, s’animent, se dessinent avec passion, avec doute, avec humanité.

En gardant une main humaine sur chaque aspect créatif, Rockstar évite la dilution artistique que pourrait provoquer un excès de procédural ou de standardisation.

Une valeur ajoutée humaine revendiquée

Strauss Zelnick n’a pas mâché ses mots : “Le divertissement de qualité ne se fait pas avec des outils seuls.” Cette phrase résume toute une vision du jeu vidéo : le joueur ressent ce qui est fait avec soin. Ce qui est trop générique, trop répétitif ou trop propre manque d’âme.

Chez Rockstar, chaque décision créative est prise pour renforcer l’immersion. Rien n’est laissé au hasard, et ce choix de ne pas déléguer à l’IA générative devient un manifeste artistique à part entière.

Et si cela devenait leur principal atout marketing ?

Paradoxalement, cette résistance à l’IA pourrait bien devenir un argument marketing majeur. Dans un marché saturé de jeux produits à la chaîne, Rockstar se distingue par un luxe devenu rare : le temps et le soin apportés à la création.

À l’instar des artisans face à la production de masse, Rockstar propose un produit où chaque détail compte. Et cela peut séduire un public en quête de vrais mondes vivants, pas de simulations creuses.

Finalement, GTA VI pourrait marquer un tournant non seulement par son contenu, mais aussi par la philosophie de développement qu’il incarne : celle d’une création qui ne sacrifie pas l’humain sur l’autel de la technologie.

 


En quelques mots

Alors que l’industrie du jeu vidéo explore frénétiquement les capacités de l’IA générative, Rockstar Games fait un choix radicalement différent : l’humain reste au centre du processus créatif. Loin de rejeter la technologie, le studio l’intègre de manière ciblée, sans pour autant céder au chant des sirènes de l’automatisation à tout prix.

En privilégiant une approche artisanale, Rockstar envoie un message fort : les mondes ouverts les plus mémorables ne sont pas ceux générés par des algorithmes, mais ceux façonnés avec intention, émotion et détail.

GTA VI ne sera donc pas une démonstration technologique d’IA, mais plutôt un hommage à la puissance de la vision humaine. Dans un paysage vidéoludique de plus en plus homogénéisé, ce positionnement pourrait bien en faire un modèle de résistance artistique. Et si le vrai futur du jeu vidéo résidait… dans ce retour au fait main ?

Share on Facebook Share on Facebook Share on Twitter Share on Twitter Share on Linkedin Share on Linkedin Share on WhatsApp Share on WhatsApp
Company profile picture

Take 2

Take-Two Interactive is a global leader in the video game industry, creator of iconic franchises like Grand Theft Auto and NBA 2K.

See the company

Similar articles

Overwatch: Blizzard promet de retravailler le design d’Anran après la polémique Industry News

11/02/2026

Overwatch: Blizzard promet de retravailler le design d’Anran après la polémique

Critiquée pour son “same face syndrome”, Anran va être retravaillée. Blizzard et Aaron Keller visent une mise à jour dès la Saison 1.

See more
Dragonkin: The Banished sort le 19 mars 2026 sur PS5, Xbox Series et PC Game Launch

11/02/2026

Dragonkin: The Banished sort le 19 mars 2026 sur PS5, Xbox Series et PC

Version 1.0 le 19 mars 2026, consoles incluses. Multijoueur gratuit le 25 février 2026 : coop 4, loot instancié, ville partagée.

See more
We Are So Cooked: le jeu d’infiltration coop le plus chaotique attendu en 2026 Industry News

11/02/2026

We Are So Cooked: le jeu d’infiltration coop le plus chaotique attendu en 2026

We Are So Cooked arrive en 2026 sur PC : infiltration coop 1–4 joueurs, physique chaotique, preuves à effacer et tension hilarante.

See more