Comment les suites de jeux dopent l'audience des créateurs sur Twitch selon Gamesight

AuteurArticle écrit par Vivien Reumont
|
date de publication28/01/2026

Pendant longtemps, le lancement d'une suite vidéoludique a été source d’angoisse pour les équipes marketing. L’idée répandue : les franchises s’essoufflent, les audiences se lassent, et les créateurs de contenu désertent. Pourtant, une étude récente menée par Bradley Webb, analyste chez Gamesight, vient déconstruire ce mythe solidement ancré.

En analysant les chiffres de diffusion sur Twitch entre les jeux originaux et leurs suites, Gamesight a voulu répondre à une question simple mais cruciale : quand un créateur passe d’un jeu original à sa suite, son audience suit-elle vraiment ? Spoiler : oui, et même plus que ça.

Leurs données, issues de plus de 8 000 créateurs de contenu ayant streamé à la fois un jeu et sa suite, couvrent cinq franchises variées : Borderlands, Ghost of Tsushima, Hollow Knight, Kingdom Come: Deliverance et Death Stranding. Et la tendance est claire : les suites attirent plus de spectateurs en live, avec un gain moyen de +6,3 points de pourcentage par rapport au contenu habituel des streamers.

“La continuation d’une franchise, lorsqu’elle est bien exécutée, ne lasse pas – elle stimule”, pourrait-on résumer.

Dans cet article, on va décortiquer les performances par franchise, analyser l’impact en fonction de la taille des créateurs, et voir comment certains titres comme Borderlands 4 ont su inverser des tendances négatives pour revenir plus forts que jamais.

 

L’impact global des suites sur l’audience des créateurs

Une performance supérieure à la moyenne

L’analyse menée par Gamesight repose sur un indicateur central : l’ACV (Average Concurrent Viewers), c’est-à-dire le nombre moyen de spectateurs simultanés pendant un stream. Plutôt que de comparer des chiffres bruts entre jeux, l’étude s’est attachée à mesurer l’écart de performance par rapport au contenu habituel de chaque créateur. Cela permet de comprendre si une suite attire plus ou moins d’audience que la norme propre à chaque streamer.

Et le verdict est sans appel : les suites analysées génèrent, en moyenne, une amélioration de +6,3 points de pourcentage. Autrement dit, lorsque les créateurs se mettent à streamer un jeu suite, leur audience live augmente notablement comparé à leurs autres contenus hors-franchise.

Une tendance confirmée sur 4 franchises sur 5

Cette amélioration n’est pas anecdotique ni isolée : quatre des cinq franchises analysées ont vu la majorité de leurs créateurs obtenir une meilleure performance en streamant la suite plutôt que le jeu original. Cette majorité d’amélioration indique que le phénomène ne dépend pas seulement des "gros poissons", mais touche aussi l’ensemble de la courbe des créateurs, petits et grands.

“Si le phénomène de ‘sequel fatigue’ dominait vraiment, on verrait une baisse systématique. Or, c’est exactement l’inverse.”

L’exemple marquant de Borderlands

Borderlands est sans doute l’exemple le plus frappant. Là où Borderlands 3 performait en moyenne 14,6 % en dessous du contenu habituel des créateurs, Borderlands 4 a non seulement comblé cet écart, mais a atteint +11,7 % au-dessus du baseline. Cela représente un retournement spectaculaire de +26,3 points de pourcentage.

Cette progression massive est visible dans la distribution des performances : 44,2 % des créateurs ont dépassé leur moyenne habituelle avec Borderlands 4, contre seulement 28,6 % avec le troisième opus. La suite n’a donc pas seulement mieux marché : elle a redonné de la vigueur à toute une communauté de streamers.

Creator-level performance distribution between original and sequel. | Image credit: Gamesight
Creator-level performance distribution between original and sequel. | Image credit: Gamesight
Creator-level performance distribution between original and sequel. | Image credit: Gamesight
Creator-level performance distribution between original and sequel. | Image credit: Gamesight
Creator-level performance distribution between original and sequel. | Image credit: Gamesight

 

Comparaison franchise par franchise : qui gagne, qui perd ?

Borderlands : un redressement spectaculaire

S’il y a un cas qui illustre parfaitement la dynamique positive des suites, c’est bien celui de Borderlands. Avec Borderlands 3, la franchise semblait en perte de vitesse : seulement 28,6 % des créateurs dépassaient leur moyenne habituelle et les performances globales étaient 14,6 % en dessous de leur baseline.

Mais Borderlands 4 a renversé la donne de manière impressionnante : 44,2 % des streamers ont surperformé par rapport à leur moyenne, et la moyenne globale s’est hissée à +11,7 %, soit un bond de 26,3 points de pourcentage. Le graphique de distribution montre une véritable translation vers la droite – signe que l’ensemble des créateurs a bénéficié de la sortie du jeu.

“Borderlands 4 n’a pas seulement bien marché, il a réconcilié les créateurs avec la franchise.”

Ghost of Tsushima : une continuité fructueuse

Dans un style plus discret mais tout aussi efficace, Ghost of Tsushima a aussi connu un excellent passage vers sa suite (Game of the Year Edition ou potentielle suite). 17,2 % d’augmentation de performance moyenne par rapport au contenu hors-franchise, et 56,6 % des créateurs ont amélioré leurs chiffres en streamant cette suite.

Cette stabilité dans l’engagement confirme que l’univers du jeu a su garder une base fidèle, tout en attirant un public curieux d’en voir davantage.

Des hausses timides pour Hollow Knight et Kingdom Come

Pour Hollow Knight et Kingdom Come: Deliverance, la progression est plus modérée. Respectivement à +1,25 % et +2,97 %, on reste sur des performances au-dessus de la moyenne, mais sans effet "wow". Cela peut s’expliquer par une attente très longue (notamment pour Silksong), ou par des jeux au public plus de niche, dont l’audience fidèle ne s’élargit pas forcément.

Pour autant, la majorité des créateurs a tout de même connu une amélioration : 51,9 % pour Hollow Knight, et 54,2 % pour Kingdom Come, montrant que même des suites moins spectaculaires apportent une réelle valeur ajoutée aux streamers.

Death Stranding : la seule exception à la règle

La seule franchise à détonner dans l’étude est Death Stranding. Contrairement aux autres, la suite a vu une baisse de performance moyenne de 11 points, avec seulement 44,8 % des créateurs en progression contre 55,2 % en déclin.

Pourquoi cet échec relatif ? Plusieurs hypothèses : un style de jeu très particulier, un rythme lent peu propice à l’engagement live, ou encore une suite qui n’a pas su renouveler l’expérience de manière convaincante. Cela rappelle qu’une suite n’est pas un succès garanti, même dans une franchise prestigieuse.

Sequel performance change across franchise. | Image credit: Gamesight

 

La taille des créateurs n’influence pas l’effet positif des suites

Des micros aux mega streamers : tous bénéficient des suites

L’un des aspects les plus fascinants de l’étude menée par Gamesight est la cohérence de la tendance à travers tous les niveaux de créateurs, des petits streamers aux titans de Twitch. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les suites ne profitent pas uniquement aux gros influenceurs. Même les micro-créateurs (moins de 100 spectateurs moyens) ont connu une hausse de +2,7 points en moyenne par rapport à leur contenu habituel.

Ce signal est important : les éditeurs ne doivent pas sous-estimer les petits créateurs. Même si leur audience est plus réduite, leur communauté est souvent très engagée. Et une suite bien calibrée peut avoir un effet multiplicateur sur cette base.

Les grands gagnants : les créateurs de taille moyenne et large

Ce sont toutefois les créateurs “mids” (100 à 1 000 ACV) et “larges” (1 000 à 10 000 ACV) qui tirent le plus leur épingle du jeu. Avec respectivement +7,8 et +8,2 points de performance, ces profils intermédiaires bénéficient à la fois d’une communauté suffisamment large pour créer un effet boule de neige, et d’une proximité avec leur audience qui favorise l’engagement.

Cela suggère que les campagnes de marketing d’influence ne devraient pas se concentrer uniquement sur les mega-stars, mais intégrer stratégiquement des créateurs moyens et grands, souvent sous-exploités.

“Les streamers de taille moyenne sont la colonne vertébrale de l’écosystème Twitch – et les suites les dynamisent.”

Des hausses modérées mais réelles pour les micros créateurs

Même en bas de l’échelle, l’effet positif reste visible. Les micro-créateurs, souvent perçus comme peu impactants, ont pourtant montré une amélioration moyenne de +3,8 points entre jeu original et suite. Cela indique que les suites peuvent servir de tremplin même aux profils les plus modestes, leur offrant une visibilité accrue et une opportunité de croissance organique.

Cette universalité du phénomène prouve que l’impact positif des suites transcende les différences de notoriété, et qu’il repose davantage sur la qualité du jeu et l’engagement communautaire que sur la seule taille de l’audience.

 

Cas d’étude : Borderlands, ou comment une suite peut redéfinir une franchise

Des résultats en chute libre avec Borderlands 3

À sa sortie, Borderlands 3 n’a pas rencontré l’adhésion espérée côté créateurs. L’enthousiasme initial a rapidement cédé la place à un constat plus amer : l’audience moyenne des créateurs était inférieure de 14,6 % à leur baseline, et seulement 28,6 % d’entre eux dépassaient leur performance habituelle.

Ce recul était révélateur d’un désengagement global, malgré un univers riche et un gameplay reconnaissable. Le style narratif clivant, le manque d’innovation perçue, ou encore une saturation du public ont pu contribuer à ce désintérêt.

“Quand une franchise commence à perdre ses streamers, elle risque de perdre tout son écosystème d’engagement.”

Borderlands 4 inverse la tendance avec brio

Et puis… Borderlands 4 est arrivé. Et avec lui, un renversement total de dynamique. Non seulement la moyenne d’audience est passée à +11,7 % au-dessus du contenu habituel, mais le nombre de créateurs dépassant leur baseline a grimpé à 44,2 %. Cela représente une amélioration de 26,3 points de pourcentage, soit l’une des plus fortes progressions enregistrées dans l’étude.

Ce succès n’est pas le fruit du hasard. Il reflète une série d’ajustements réussis : narration plus engageante, innovations de gameplay bien reçues, et sans doute une stratégie de communication plus ciblée vers les communautés de créateurs.

Ce que cela signifie pour les stratégies futures

L’exemple de Borderlands montre qu’une suite ne doit pas être vue comme une simple continuité, mais comme une opportunité de repenser l’engagement des créateurs et des audiences. En analysant les erreurs du passé et en proposant une véritable évolution, un développeur peut transformer une dynamique négative en un levier de croissance massif.

Pour les équipes marketing, cela signifie aussi qu’il ne faut pas se laisser guider uniquement par les performances passées d’un titre. Si une suite est bien conçue, elle peut réactiver l’intérêt des streamers… et le multiplier.

“Une suite ratée peut être un frein, mais une suite bien pensée peut être une relance.”

Creator performance distribution shift for Borderlands. | Image credit: Gamesight

 


En quelques mots

L’analyse approfondie menée par Gamesight vient bousculer les idées reçues sur les suites de jeux vidéo. Contrairement à la peur du "sequel fatigue", les données montrent que les suites, lorsqu'elles sont bien pensées, dynamisent l’audience des créateurs de contenu sur Twitch.

Avec une amélioration moyenne de +6,3 points de pourcentage de performance par rapport au contenu habituel, ces suites ne se contentent pas d’attirer les fans de longue date : elles relancent l’engagement communautaire, y compris pour les créateurs les plus modestes. L'exemple de Borderlands 4 illustre parfaitement comment une franchise peut renaître avec succès et regagner la confiance des streamers.

Cette dynamique positive s’étend à toutes les tailles de créateurs, avec des gains mesurables même chez les micro-influenceurs, et un impact particulièrement fort chez les profils intermédiaires et larges. En résumé, les suites ne sont pas qu’un simple prolongement de contenu – elles sont une vraie opportunité stratégique, aussi bien pour les développeurs que pour les créateurs de contenu.

"Une suite bien exécutée n’épuise pas l’intérêt : elle le ravive."

Le message est clair : les développeurs et les éditeurs ne doivent pas craindre l’usure d’une franchise. Au contraire, ils devraient voir chaque suite comme un moment clé pour réengager leur audience, relancer leur communauté de créateurs, et renforcer leur présence sur les plateformes de streaming.

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