Clean Up Earth : le pari réussi de Magic Pockets pour un jeu écolo et coopératif

AuteurArticle écrit par Vivien Reumont
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date de publication20/04/2026

Invités de l’Indie Hebdo sur Game Industry France, les développeurs de Magic Pockets ont livré un récit particulièrement parlant autour de Clean Up Earth. Plus qu’une présentation classique, leur prise de parole ressemblait à une plongée dans les coulisses d’un projet construit avec méthode, conviction et une bonne dose d’obstination. Porté par Eric Zmiro, le jeu place la planète au centre de sa proposition, mais il raconte aussi autre chose en filigrane: l’histoire d’un studio français expérimenté qui a choisi de transformer son savoir-faire en création originale. Entre ambitions techniques, réalités économiques, choix de design et volonté de proposer une expérience chaleureuse, Clean Up Earth apparaît comme un projet pensé de l’intérieur, au plus près du terrain.

 

Dans les coulisses de Magic Pockets, un studio qui a décidé de reprendre la main

Un studio expérimenté qui connaît les réalités du métier

Depuis ses débuts, Magic Pockets a construit sa réputation sur des projets liés à des licences reconnues comme Harry PotterLes Sims ou encore Space Adventure Cobra. Ce parcours, souvent discret mais constant, a permis au studio d’affiner ses méthodes et de développer une vraie culture de production. Cette expérience se ressent aujourd’hui dans la manière dont l’équipe aborde Clean Up Earth. Le projet ne donne jamais l’impression d’un essai hésitant. Il s’inscrit dans la continuité d’un savoir-faire maîtrisé, enrichi par des années de développement sur des univers variés. 

Dans cette trajectoire, Dolphin Spirit occupe une place particulière. Les développeurs l’ont présenté comme une forme de prémices de Clean Up Earth, notamment dans sa manière de faire exister la nature au cœur d’un univers vidéoludique. On sent que le nouveau projet ne tombe pas du ciel. Il prolonge une sensibilité déjà présente dans le travail du studio, mais avec une ambition plus directe, plus frontale, et surtout plus personnelle. Cette fois, il ne s’agit plus d’accompagner une licence venue d’ailleurs. Il s’agit de bâtir une IP maison.

Pourquoi créer sa propre IP est devenu le bon moment

L’un des passages les plus intéressants de leur intervention concerne justement cette décision de créer une propriété intellectuelle originale. Les développeurs l’ont expliqué avec franchise: le marché a changé, les commandes se sont raréfiées, et les fermetures de studios observées ces dernières années ont nourri de vraies inquiétudes. Dans ce contexte, continuer à dépendre uniquement de contrats externes devenait de moins en moins confortable. Magic Pockets a donc choisi d’ouvrir une nouvelle porte au lieu d’attendre devant les anciennes.

Ce que raconte Clean Up Earth à ce niveau-là est presque aussi fort que son concept lui-même. Le jeu ne représente pas seulement un projet créatif. Il incarne une prise d’initiative. Le studio a décidé de mettre son expérience au service de son propre univers, de son propre ton, de sa propre vision. Il y a là quelque chose de très valorisant pour l’équipe. Après des années à contribuer à des projets connus, Magic Pockets prend enfin la lumière avec un titre qui lui appartient pleinement. Cela donne à l’ensemble une énergie particulière, celle d’un projet qui avance avec l’envie de prouver qu’un studio expérimenté peut aussi surprendre quand il parle en son nom.

Eric Zmiro et une équipe qui ont tenu leur cap

Au cœur de cette aventure, Eric Zmiro porte un projet qui n’a rien d’un prototype bricolé à la va-vite. Les développeurs ont évoqué deux années de travail avec une équipe d’une dizaine de personnes, et surtout un développement qui a connu plusieurs renaissances. Clean Up Earth a été recommencé trois fois avant d’atteindre un concept jugé suffisamment solide. Raconter cela n’a rien d’anecdotique. Cela montre un studio qui n’a pas voulu sortir une idée moyenne sous prétexte qu’elle était déjà avancée. Il y a, dans cette manière de revenir à la table de travail, une vraie exigence.

Un détail raconté pendant l’entretien résume bien l’état d’esprit du studio:

“C'est en voyant deux de nos employés qui ne voulaient pas s’arrêter de jouer qu’on a commencé à avoir espoir en notre concept.”
 Équipe de Magic Pockets, dans l’Indie Hebdo de Game Industry France

Cette phrase a quelque chose de très parlant. Elle ne sonne pas comme une formule préparée pour la communication. Elle traduit un moment concret, presque intime, où le projet a commencé à exister autrement. Quand une équipe qui connaît les coulisses du développement se laisse elle-même embarquer par son propre jeu, c’est souvent le signe qu’il se passe quelque chose.

 

Comment Clean Up Earth a trouvé sa personnalité

À la base, le cœur du jeu, c’était le déchet

Dans les coulisses de Clean Up Earth, tout commence avec un concept simple à énoncer, mais beaucoup moins simple à faire vivre: nettoyer les déchets. Le studio est parti de cette idée centrale et l’a poussée jusqu’à en faire le véritable moteur du jeu. Ce choix peut sembler évident aujourd’hui, mais il a demandé une vraie discipline de conception. Les développeurs ont expliqué qu’à l’origine, des animaux devaient aussi être ajoutés. L’idée pouvait sembler naturelle dans un jeu qui parle d’environnement, sauf qu’en production, la cohérence compte plus que l’intention. Face aux difficultés rencontrées, l’équipe a préféré retirer cet élément plutôt que de l’intégrer de force.

Ce genre de décision dit beaucoup du soin apporté au projet. Magic Pockets n’a pas cherché à empiler des idées “dans le thème” pour remplir la boîte. Le studio a resserré son concept jusqu’à obtenir une expérience lisible, immédiatement compréhensible, et surtout fidèle à sa promesse de départ. Il y a quelque chose d’assez élégant dans cette manière de tailler le jeu pour le rendre plus fort. Clean Up Earth ne cherche pas à tout faire. Il cherche à bien faire ce qu’il a décidé d’être.

Une règle claire: ne surtout pas ressembler à un simple PowerWash Simulator écologique

Pendant l’entretien, les développeurs ont aussi confié un autre point important: l’un des aspects qu’ils voulaient absolument éviter, c’était le côté PowerWash Simulator. La précision mérite d’être retenue, parce qu’elle montre à quel point le studio avait conscience du piège. Dès qu’un jeu repose sur une mécanique de nettoyage, la comparaison peut arriver très vite. Or, Magic Pockets ne voulait pas construire Clean Up Earth comme un simple cousin repeint en vert.

Cette volonté se ressent dans la manière dont le jeu porte son univers. L’histoire, par exemple, passe davantage par les environnements que par des cinématiques. Là encore, c’est un choix qui colle bien au projet. Le joueur ne regarde pas le monde changer, il le remet en état lui-même. Cela donne à l’expérience une forme de narration discrète mais très efficace. Les lieux racontent ce qui s’est passé, suggèrent ce qui a été abîmé, puis montrent ce qui peut être réparé. C’est une manière très cohérente de faire vivre un jeu qui veut mettre la planète au premier plan sans basculer dans la démonstration lourde.

Un jeu pensé pour être chaleureux, partageable et vivant

Dans leur prise de parole, les développeurs ont insisté sur un point essentiel: Clean Up Earth voulait avant tout mettre en avant l’aspect convivial. Ce n’est pas un détail de formulation. C’est une boussole. Le jeu ne cherche pas seulement à proposer un objectif commun, il veut créer une atmosphère dans laquelle les joueurs ont envie de rester. Ce travail sur l’ambiance passe par plusieurs choix, dont l’un des plus originaux est la possibilité de connecter de vraies webradios pour rendre les sessions plus cozy.

“On voulait que les joueurs puissent aussi s’échanger leurs webradios favorites.”
 Magic Pockets, dans l’Indie Hebdo de Game Industry France

Cette idée résume assez bien la personnalité du projet. Elle dit que Clean Up Earth ne se contente pas d’organiser une tâche à accomplir. Il veut devenir un espace de partage, presque un petit lieu de vie numérique. Dans un paysage où beaucoup de jeux coopératifs misent sur la pression, la performance ou l’agitation permanente, cette orientation plus douce donne au titre une identité très attachante. Elle lui permet de se distinguer sans forcer le trait.

 

Les défis techniques racontés de l’intérieur

300 000 déchets par map, le genre de chiffre qui change tout

S’il fallait retenir une donnée capable de résumer l’ambition technique de Clean Up Earth, ce serait celle-ci: environ 300 000 déchets par map. Quand les développeurs ont évoqué ce chiffre, on comprend tout de suite que le jeu ne repose pas sur une illusion de densité. Il traite un volume énorme d’éléments, ce qui change complètement l’échelle du travail de design et d’optimisation. Ce n’est pas seulement une question de quantité. C’est toute la sensation de progression qui en dépend. Si le joueur doit sentir qu’il transforme réellement un environnement, encore faut-il que le monde lui oppose une matière suffisante.

Pour gérer cette masse, l’équipe a dû créer un bot dédié à la gestion des déchets. Là aussi, le détail raconte beaucoup de choses. Il montre un studio qui ne recule pas devant des besoins très spécifiques et qui sait inventer ses propres outils quand le projet l’exige. Ce genre d’adaptation est souvent le signe d’une équipe qui comprend bien son sujet. Magic Pockets n’a pas simplement imaginé un jeu à thème environnemental. Le studio a bâti l’infrastructure nécessaire pour le faire tourner de manière crédible.

Ce qu’il a fallu couper pour garder le jeu solide

Les coulisses racontées pendant l’émission montrent aussi un studio très lucide dans sa manière de composer avec les limites techniques. La physique des déchets, par exemple, a été retirée parce qu’elle posait des problèmes de RAM. Là encore, la décision peut sembler brutale vue de l’extérieur, mais elle reflète une vraie maturité de production. Beaucoup d’équipes tombent amoureuses de leurs idées et les traînent trop loin, jusqu’au moment où tout devient instable. Magic Pockets, de son côté, a choisi la cohérence.

Ce pragmatisme ne retire rien au mérite du projet, bien au contraire. Il met en valeur une équipe capable de protéger l’essentiel. Clean Up Earth n’a pas besoin de tout afficher pour être généreux. Il a surtout besoin de rester agréable, lisible et solide. En racontant ces arbitrages, les développeurs valorisent aussi une réalité souvent oubliée dans les discours autour du jeu vidéo: faire un bon jeu, ce n’est pas seulement additionner des idées séduisantes, c’est savoir lesquelles garder pour que l’ensemble fonctionne.

Coop, crossplay et communication: un jeu en ligne pensé avec intelligence

Le studio voulait absolument créer un jeu en ligne coopératif, et cela a influencé le projet dès ses fondations. Le choix d’un serveur interne ne s’est pas imposé tardivement, il a au contraire structuré tout le développement. Chaque idée devait être compatible avec cette architecture multijoueur. Certaines mécaniques, pourtant intéressantes sur le papier, ont ainsi été écartées parce qu’elles ne pouvaient pas fonctionner correctement à grande échelle. Par exemple, construire une échelle s’intègre naturellement dans ce cadre, alors que des outils impliquant le déplacement massif de déchets en temps réel auraient posé des contraintes trop importantes en termes de synchronisation et de bande passante. Cette logique a guidé le design du jeu en profondeur. 

Aujourd’hui, Clean Up Earth propose du crossplay, un système d’équilibrage multijoueur en fonction du nombre de joueurs, et une philosophie de communication assez maligne. Le jeu utilise un système de pin afin d’éviter le chat vocal, notamment pour contourner plus facilement les guidelines consoles. Là encore, le choix s’intègre bien à l’esprit du projet. Il garde l’expérience claire, accessible et concentrée sur l’action commune. Ce n’est pas un bricolage de dernière minute. C’est une solution qui épouse bien l’identité conviviale du titre.

 

Un projet à impact qui commence déjà à tracer sa route

Une ambition écologique qui dépasse le simple décor

L’un des aspects les plus marquants de Clean Up Earth reste sans doute sa connexion à des associations de préservation de l’environnement et à Ecosia. Les développeurs ont expliqué que chaque pièce gagnée dans le jeu est redistribuée aux associations. Cette idée donne au projet une résonance particulière. Le thème écologique n’est pas là pour emballer le jeu dans un discours tendance. Il irrigue aussi son fonctionnement et son intention.

Dans les coulisses, cette dimension apparaît comme quelque chose de profondément aligné avec la vision du studio. Clean Up Earth n’essaie pas de faire la leçon. Il crée une boucle plus positive, dans laquelle jouer, nettoyer et soutenir une cause se répondent. Cette cohérence donne au titre une présence singulière. Il ne se contente pas d’utiliser la planète comme toile de fond. Il essaie de l’inscrire jusque dans son modèle de sens.

Un modèle économique revu, sans renier l’ambition du départ

Autre élément important raconté pendant l’interview: le jeu devait au départ être gratuit. Cette intention colle bien à l’esprit ouvert et fédérateur du projet. Mais le studio a dû revoir ses plans parce que son plus gros client, Microids, ne passait plus commande chez lui. Dans ce contexte, rendre Clean Up Earth payant est devenu une décision de continuité, presque de protection. Et là encore, ce qui ressort du témoignage de l’équipe, ce n’est pas l’amertume, mais la capacité à s’adapter sans perdre de vue l’essentiel.

C’est aussi cela qui met Magic Pockets en valeur dans ces coulisses. Le studio ne s’est pas contenté de constater un changement de contexte. Il a réorganisé son projet pour lui donner une chance réelle d’exister et de durer. Ce choix permet aujourd’hui au jeu d’avancer avec un modèle plus clair, sans effacer ce qui faisait sa singularité à la base.

Déjà des signaux très encourageants pour l’avenir

Les premiers résultats partagés par le studio confirment cette dynamique. Clean Up Earth a désormais dépassé les 80 000 heures de jeu, avec une progression d’environ 5 000 heures supplémentaires chaque jour. Le jeu a réuni plus de 30 000 joueurs, en incluant la démo, pour un total de 100 000 heures jouées sur l’ensemble des versions. Les joueurs viennent de 77 pays différents, preuve d’un rayonnement international déjà bien installé. Côté impact en jeu, plus de 1,18 mégatonne de déchets ont été collectés sur la version payante. Le projet a également été mis en avant lors du Future Games Show, tout en réussissant un lancement simultané sur Xbox, PC et PlayStation 5, un véritable défi pour un studio de cette taille. 

À cela s’ajoute le soutien du CIJV du CNC pour le développement, preuve supplémentaire que le projet a su convaincre au-delà de son cercle immédiat. L’équipe regarde maintenant vers la suite avec plusieurs pistes déjà identifiées: des DLC sont prévus, avec notamment des sessions de nuit et de nouvelles maps. Une version mobile et une version VR sont également envisagées. Enfin, les développeurs ont tenu à préciser qu’aucune IA n’a été utilisée pour la création du jeu, un point qu’ils assument comme une manière de valoriser le travail humain derrière le projet. Même lorsqu’ils évoquent les difficultés actuelles, comme le piratage, ce qui domine reste la sensation d’un studio en mouvement, lucide, mais porté par une vraie envie d’avancer.


En quelques mots

À travers leur passage dans l’Indie Hebdo de Game Industry France, les équipes de Magic Pockets ont montré qu’avec Clean Up Earth, elles ne signaient pas seulement un jeu de plus, mais un projet profondément révélateur de leur identité. On y retrouve l’expérience d’un studio installé depuis longtemps, la capacité à faire des choix difficiles sans perdre sa direction, et surtout l’envie de proposer une œuvre originale, chaleureuse et cohérente. En format coulisses, le jeu gagne encore en relief: il apparaît comme le fruit d’un vrai travail d’équipe, d’une vision tenue sur la durée, et d’une ambition qui donne envie de suivre la suite de très près. À noter également qu’un Discord communautaire est disponible, permettant aux joueurs d’échanger directement avec l’équipe et entre eux, prolongeant ainsi l’esprit convivial que le jeu cherche à mettre en avant.

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Magic Pockets

Studio indépendant de développement de jeux vidéo, spécialisé dans la création de jeux multiplateformes et collaborant avec des éditeurs de renom.

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