
Solo Leveling: Arise Overdrive débarque sur PC avec une promesse audacieuse : celle de réinventer un jeu mobile free-to-play en une véritable expérience vidéoludique plus aboutie. Tiré d’un webtoon à succès, lui-même adapté d’un roman en ligne, ce jeu s’inscrit dans la tendance actuelle des adaptations transmédia. Mais ce n’est pas seulement une histoire de licences : c’est une tentative de capturer l’essence même du fantasme de puissance, où le joueur, tout comme le protagoniste Jin-woo, devient littéralement le centre de l’univers.
Entre ses airs de Monster Hunter simplifié, ses mécaniques issues du jeu mobile et ses graphismes clinquants, Solo Leveling: Arise Overdrive cherche à séduire un public avide de sensations fortes et de progression rapide. Pourtant, sous la surface brillante se cachent des rouages bien plus complexes – voire problématiques – qui risquent de freiner l’enthousiasme initial.
Alors, ce relaunch vaut-il le détour ou n’est-il qu’une autre coquille vide polie à coups de nostalgie et de fan-service ? Nous avons testé la version PC pour vous répondre en profondeur.
Une adaptation ambitieuse de Solo Leveling : entre fidélité et concessions
Un concept de “power fantasy” bien exploité
Il n'y a sans doute rien de plus grisant pour un joueur que de voir ses efforts récompensés par une montée de niveau. Solo Leveling: Arise Overdrive s'appuie sur cette dynamique, cœur du récit original, pour bâtir son gameplay et son univers. Incarner Jin-woo, le chasseur le plus faible devenu le plus fort grâce à un mystérieux système de progression personnel, c’est vivre une progression exponentielle où chaque gain de puissance est un plaisir viscéral.
Le jeu retranscrit bien ce sentiment de domination croissante, avec un système de personnalisation poussé et des bonus de stat concrets. Chaque montée en puissance est accompagnée d’animations stylisées, renforçant la sensation d’être un véritable protagoniste d’un shōnen à succès. Cela flatte l’ego du joueur, tout en l'encourageant à continuer l'aventure.
De la webtoon au jeu vidéo : une boucle étrange mais logique
Solo Leveling est à la base un hommage aux jeux vidéo, transposé dans un récit de fantasy urbaine. Voir cette œuvre revenir dans un format vidéoludique peut sembler redondant, mais c’est justement cette circularité qui intrigue : et si un monde basé sur les règles des jeux devenait à son tour un jeu ?
Le jeu adopte une approche motion comic pour ses scènes narratives, respectant fidèlement le style visuel de la webtoon. Cela permet une relecture chapitre par chapitre de l’histoire, tout en maintenant une cohérence graphique. C’est un choix intelligent, bien que certains joueurs auraient peut-être préféré des cinématiques plus interactives.
Un gameplay centré sur l’ascension de Jin-woo
Le cœur du jeu reste la progression de Jin-woo. À travers missions, donjons et combats de boss, le joueur débloque des compétences, améliore ses armes, et bâtit peu à peu un arsenal impressionnant. L’approche RPG est omniprésente : arbres de talents, équipement à optimiser, et une tonne de ressources à récolter.
Mais ce focus centré sur un seul personnage est parfois mis à mal par le mode multijoueur coopératif, où chacun incarne... une autre version de Jin-woo. Cela crée un paradoxe un peu cocasse : un monde où “seul moi peux monter de niveau”, rempli de clones identiques partageant la même destinée héroïque.
Un système de jeu hybride : entre Monster Hunter et action-RPG mobile
Combats nerveux, mais limités par leur profondeur
Au premier abord, Solo Leveling: Arise Overdrive donne l’impression d’un action-RPG dynamique : esquives, parades, enchaînements de compétences et coups spéciaux sont bien là. L’influence de jeux comme Monster Hunter se ressent clairement dans les mécaniques de “Break” d’ennemis ou dans le découpage de leurs parties pour récolter des ressources. Pourtant, cette façade cache une réalité plus simpliste : le système de combat manque de fluidité, de profondeur, et surtout d’impact.
Les animations sont certes spectaculaires, mais elles ne traduisent pas un vrai sentiment de contrôle ou de maîtrise. Il n’existe pas de système de combo sophistiqué, les compétences sont utilisées dès qu’elles sortent de leur cooldown, sans réelle synergie entre elles. Ce qui pourrait être un terrain d’expression tactique se résume souvent à un mash de touches en boucle, dans l’attente du prochain boost de stats.
Du grind, encore du grind… et toujours plus de grind
Solo Leveling: Arise Overdrive est un jeu qui vit et meurt par la répétition. Pour avancer dans l’histoire, débloquer de nouveaux chapitres ou améliorer son équipement, il faut s’astreindre à de longues sessions de missions annexes, de farming de ressources, et de participation à des événements.
Le grind devient ici un mécanisme central, presque une philosophie de jeu. Mais contrairement à un Monster Hunter où chaque chasse a sa tension et son rythme, Arise Overdrive tombe rapidement dans une routine mécaniquement peu engageante. Et malgré la suppression des microtransactions, le système semble toujours pensé autour de la monétisation, avec des boucles de progression artificiellement allongées.
Une coopération multijoueur peu cohérente mais personnalisable
Le plus surprenant, c’est que ce jeu basé sur l’idée d’un seul individu capable de progresser devient... un jeu multijoueur. Et pas n’importe lequel : un jeu coopératif où tous les joueurs incarnent Jin-woo, créant un étrange effet de duplication. Bien que ce choix soit difficile à justifier narrativement, il permet au moins d’introduire des éléments de stratégie en groupe contre des boss coriaces.
La personnalisation de “votre” Jin-woo rattrape un peu cette bizarrerie. Classes distinctes, arbres de talents, équipements variés, cosmétiques multiples : il est possible de modeler votre personnage pour le rendre un tant soit peu unique. Cela permet de différencier votre gameplay de celui des autres, bien que tous soient techniquement “le même gars”.
Performances techniques sur PC : une expérience à peaufiner
Des graphismes attrayants mais pas sans sacrifices
Visuellement, Solo Leveling: Arise Overdrive ne manque pas de panache. Les modèles 3D sont soignés, les effets de lumière éclatants, et les animations de compétences rappellent parfaitement les moments forts du webtoon. La fidélité esthétique est un des points forts du jeu, offrant aux fans une adaptation qui flatte l’œil.
Cependant, cette ambition visuelle n’est pas toujours bien maîtrisée sur le plan technique. Le jeu montre rapidement ses limites, surtout lorsqu’il s’agit de scènes non-interactives ou de cinématiques en 3D. Des ralentissements fréquents, du frame-skipping et des problèmes audio viennent gâcher l’expérience, même sur des configurations pourtant solides. Un comble, surtout pour un jeu qui se veut une vitrine de sa licence.
Des soucis d’optimisation récurrents même sur de bonnes configurations
Durant notre test, il a fallu longuement bidouiller les paramètres graphiques pour obtenir une fluidité acceptable. Même en restant en 1080p avec des options réduites, certains éléments – en particulier les cutscenes hors motion comics – posaient toujours problème. Et les forums de la communauté sur Steam regorgent de témoignages similaires, y compris de joueurs équipés de machines haut de gamme.
Cela suggère que les problèmes viennent moins du matériel des joueurs que du moteur du jeu lui-même ou d’une optimisation inachevée. C’est d’autant plus frustrant que le reste du gameplay tourne correctement une fois ces scènes passées, créant un contraste déroutant.
Un portage qui semble encore en cours de finition
Certains éléments, comme des annotations “work in progress” encore visibles dans certaines cinématiques, laissent penser que Arise Overdrive est arrivé sur PC un peu précipitamment. Il donne parfois l’impression d’un jeu encore en early access, alors même qu’il est présenté comme une version finale.
Le passage du mobile au PC implique des ajustements importants, en termes d’ergonomie, de performance, mais aussi de design d’interface. Et sur ce point, le titre semble encore coincé dans ses racines de jeu mobile, avec des menus trop denses, des systèmes mal expliqués, et une navigation pas toujours intuitive à la souris.
De free-to-play à vraie expérience de jeu : l'effort d'Overdrive
Suppression des microtransactions : un vrai plus ?
C’est l’un des arguments de vente majeurs de Solo Leveling: Arise Overdrive : l’abandon du modèle économique basé sur les microtransactions. Là où la version mobile du jeu multipliait les incitations à l’achat, cette version “Overdrive” propose une expérience dénuée de pression financière. Tous les objets, personnages et ressources peuvent désormais être obtenus par le gameplay seul.
Ce changement est à saluer, surtout dans un contexte où les jeux free-to-play tendent à pousser à l’achat en rendant le contenu gratuit fastidieux. Cependant, cette nouvelle approche a un prix : un grind encore plus présent, presque obsessionnel, comme pour compenser l’absence de transactions payantes. Le joueur est libre de ne pas payer, mais il devra payer en temps.
Des menus confus et une interface digne du mobile
L’interface du jeu trahit immédiatement ses origines : menus imbriqués, fenêtres envahissantes, icônes trop nombreuses, et une logique d’organisation pensée pour le tactile plutôt que pour la souris. Naviguer entre les différentes sections (missions, équipement, arbre de talents, boutique, etc.) relève souvent du casse-tête.
Pire encore, de nombreuses mécaniques sont mal expliquées, voire totalement obscures au premier abord. On comprend vite que le jeu ne cherche pas tant à enseigner qu’à plonger le joueur dans un flot continu d’activités, espérant qu’il finira par comprendre par essai-erreur. Une approche frustrante, qui pourrait rebuter les nouveaux venus.
Un jeu qui reste prisonnier de ses origines
Même avec ses efforts pour devenir une “vraie” expérience de jeu, Arise Overdrive reste profondément marqué par son passé de jeu mobile. Le rythme de progression, les mécaniques de gacha (bien qu’adoucies), les missions journalières, et la structure même du contenu rappellent sans cesse qu’il s’agit d’un jeu pensé pour la rétention, pas pour la liberté.
L’impression générale est celle d’un produit hybride : un jeu mobile déguisé en action-RPG, avec des ajouts sympathiques mais insuffisants pour le transformer complètement. Il parvient à séduire sur les premières heures, mais révèle vite ses limites, surtout si l’on espérait une expérience profonde et renouvelable sur PC.
Ce qu'on a aimé… et ce qu'on a moins aimé
✅ Points positifs
- Fidèle à l’univers de Solo Leveling : L’adaptation respecte à la fois le style visuel et la progression narrative du webtoon, avec des scènes en motion comic bien intégrées.
- Sensations de progression jouissives : Le système de montée en puissance, avec des gains de statistiques et des compétences à débloquer, flatte l’instinct du joueur.
- Personnalisation poussée de Jin-woo : Arbres de talents, classes, équipements et cosmétiques offrent une vraie liberté de construction.
- Suppression des microtransactions : Un vrai changement par rapport à la version mobile, avec tous les éléments accessibles via le gameplay.
- Modes multijoueur coopératifs : Même si l’aspect narratif en prend un coup, le jeu propose des boss coopératifs engageants.
❌ Points négatifs
- Gameplay peu profond : Le système de combat manque de fluidité, de stratégie et de variété, avec une sensation de mash répétitif.
- Interface confuse et héritée du mobile : Menus envahissants, navigation lourde, et explications peu claires rendent la prise en main laborieuse.
- Grind omniprésent : L’absence de monétisation est compensée par une exigence élevée de temps de jeu, qui peut vite lasser.
- Problèmes techniques sur PC : Ralentissements, bugs audio, optimisation douteuse même sur de bonnes machines, et cutscenes bancales.
- Un jeu qui n’échappe pas à son ADN mobile : Malgré tous ses efforts, Overdrive reste en partie prisonnier de ses mécaniques de rétention et de progression artificielle.
En quelques mots
Solo Leveling: Arise Overdrive est un jeu paradoxal. Il capitalise avec efficacité sur la popularité d’une licence adorée, en en reprenant fidèlement l’esthétique, le récit et l’esprit. Il offre également une expérience gratuite débarrassée de la pression économique du gacha, ce qui, en soi, est une décision respectable. Mais derrière cette belle vitrine se cache un système de jeu profondément enraciné dans les mécaniques du mobile, où la répétition prend le pas sur la progression, et où la profondeur de gameplay fait cruellement défaut.
Techniquement instable, parfois frustrant dans son interface, il donne l’impression d’un jeu encore en gestation, ou d’un portage un peu trop hâtif. Pourtant, difficile de nier que le plaisir coupable d’un bon vieux power fantasy, combiné à des visuels flashy et des sensations de montée en puissance, fonctionne à court terme.
Ce n’est pas un mauvais jeu, mais ce n’est pas non plus le jeu qu’il aurait pu être. Pour les fans inconditionnels de Jin-woo ou les amateurs de progression chiffrée, Arise Overdrive pourra faire mouche. Pour les autres, mieux vaut tester la démo avant de s’engager dans un monde où le grinding est roi.