Steam accusée d’abus de position: Valve poursuivie pour 900 M$ au Royaume-Uni

AuteurArticle écrit par Vivien Reumont
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date de publication28/01/2026

Valve Corporation, l’un des piliers de l’industrie vidéoludique, se retrouve sous le feu des projecteurs juridiques au Royaume-Uni. La société, célèbre pour sa plateforme de distribution Steam, est désormais confrontée à une poursuite collective d’environ 900 millions de dollars. Cette action en justice, validée par un tribunal britannique, pourrait bien bouleverser les pratiques commerciales du géant américain et remettre en question la manière dont les jeux vidéo sont distribués sur PC.

Le cœur du litige ? Des accusations d’abus de position dominante. Steam, incontournable pour les joueurs PC, aurait imposé des commissions jugées excessives et des clauses restrictives aux éditeurs, les empêchant de proposer leurs titres à prix réduit sur d’autres plateformes. Ces pratiques, si elles sont avérées, pourraient avoir privé des millions de consommateurs britanniques d’offres plus avantageuses.

Cette affaire, bien plus qu’un simple différend commercial, soulève des questions fondamentales sur la régulation du marché numérique et la liberté des éditeurs. Et ce n’est pas la seule : Valve est également sous pression aux États-Unis, où une action similaire a été engagée en 2021. L’enjeu est donc double, à la fois économique et juridique, pour une entreprise dont le modèle repose sur la centralisation de l’offre vidéoludique sur PC.

 

Contexte de l’affaire : qui est Valve et pourquoi Steam est important

Valve et la plateforme Steam

Fondée en 1996 par d’anciens employés de Microsoft, Valve Corporation s’est d’abord illustrée avec des titres devenus cultes comme Half-Life, Portal ou encore Counter-Strike. Mais c’est en 2003 que l’entreprise prend un tournant décisif avec le lancement de Steam, une plateforme de distribution numérique de jeux vidéo pour PC.

À l’origine conçue pour faciliter la mise à jour des jeux de Valve, Steam est rapidement devenue un écosystème tentaculaire, offrant aux joueurs un accès à des milliers de titres, des fonctionnalités communautaires, des soldes régulières, et une vitrine incontournable pour les développeurs indépendants comme pour les gros éditeurs. Aujourd’hui, Steam revendique plus de 120 millions d’utilisateurs actifs, et pèse lourd dans l’équilibre du marché vidéoludique mondial.

"Steam n’est pas seulement un magasin numérique, c’est un monopole déguisé derrière des promotions alléchantes", déclarent certains analystes critiques du modèle actuel.

Position de Steam sur le marché des jeux PC

Steam détient une part de marché estimée entre 50 et 75 % sur la distribution de jeux dématérialisés pour PC. Sa position dominante est difficile à contester, en dépit de la montée de concurrents comme Epic Games Store, GOG ou encore l’Epic MEGA Sale. Cette suprématie donne à Valve un pouvoir considérable pour dicter les règles du jeu.

Les éditeurs qui souhaitent toucher le plus large public possible n’ont souvent pas d’autre choix que de passer par Steam, ce qui place la plateforme dans une position délicate en matière de pratiques concurrentielles. Les conditions contractuelles de Valve, en particulier la commission de 30 % sur chaque vente, sont au cœur du débat actuel.

 

Détails du recours collectif au Royaume-Uni

Origine du procès et parties impliquées

Le recours collectif a été initié par Vicki Shotbolt, défenseuse des droits numériques et fondatrice de Parent Zone, une organisation engagée dans la protection des enfants en ligne. Elle agit ici au nom de près de 14 millions de consommateurs britanniques, qui auraient été lésés par les pratiques commerciales de Valve sur Steam.

Cette action judiciaire, portée devant le Tribunal d’appel de la concurrence (CAT) au Royaume-Uni, s’inscrit dans le cadre de la Competition Act 1998, une législation visant à protéger les consommateurs contre les abus de position dominante et les restrictions anticoncurrentielles. Le CAT a récemment statué que les accusations étaient « suffisamment plausibles » pour que l’affaire soit jugée, ouvrant ainsi la voie à un procès potentiellement historique.

Montant du recours et allégations principales

L’action en justice estime les dommages subis par les consommateurs à environ 656 millions de livres sterling, soit près de 900 millions de dollars américains. Ce chiffre découle d’une évaluation des commissions de 30 % prélevées par Steam sur chaque vente, considérées comme excessives en comparaison avec d’autres plateformes.

Mais ce n’est pas tout : Valve est également accusée d’imposer aux éditeurs une clause de parité des prix. En d’autres termes, un développeur ne pourrait pas proposer son jeu à un tarif plus bas sur d’autres vitrines numériques, même si les commissions y sont moins élevées. Ce type de clause limite la concurrence et verrouille le marché, selon les plaignants.

« Valve a utilisé sa puissance pour étouffer la concurrence, verrouiller les développeurs et faire payer plus cher les joueurs », affirme la plainte.

 

Les accusations d’abus de position dominante

Commissions jugées excessives (jusqu’à 30 %)

Au cœur de l’affaire se trouve la commission de 30 % imposée par Valve sur chaque vente effectuée via Steam. Cette commission, bien qu’historiquement considérée comme un standard dans l’industrie numérique (Apple, Google, et autres l’utilisent également), est aujourd’hui de plus en plus remise en question.

Les plaignants soutiennent que cette marge est disproportionnée au regard des coûts réels d’exploitation de la plateforme, et qu’elle empêche les consommateurs de bénéficier de prix plus compétitifs. En l’absence d’une véritable alternative à Steam sur PC, Valve serait libre d’imposer ses conditions sans crainte de perte de parts de marché.

Plusieurs acteurs de l’industrie – en particulier de petits développeurs indépendants – dénoncent depuis des années le poids de cette commission dans leur rentabilité, certains allant jusqu’à affirmer que Steam freine l’innovation et la diversité sur le marché.

Conditions imposées aux éditeurs : quel impact ?

Outre la commission, ce sont les clauses contractuelles restrictives qui cristallisent les critiques. Steam impose aux éditeurs une obligation de parité des prix : si un développeur souhaite vendre un jeu sur Steam, il ne peut pas proposer ce même jeu à un prix inférieur sur d’autres plateformes. Résultat ? Une concurrence paralysée et un alignement forcé des prix sur les standards élevés de Steam.

Cela signifie que même si un éditeur trouve une plateforme alternative (comme GOG ou Epic Games Store) qui prend une commission plus basse, il ne peut pas répercuter cette économie sur le prix de vente, privant ainsi les consommateurs d’un avantage potentiel.

« Ces pratiques maintiennent artificiellement les prix à un niveau élevé, au détriment direct des joueurs », avancent les plaignants dans leur dossier.

Ce système renforce la position dominante de Steam, crée une barrière à l’entrée pour les concurrents, et rend quasiment impossible pour les nouvelles plateformes d’attirer des éditeurs en offrant des prix plus attractifs aux consommateurs.

 

Décision du tribunal britannique

Pourquoi le tribunal a autorisé l’affaire à aller de l’avant

Le Tribunal d’appel de la concurrence (CAT) du Royaume-Uni a examiné les éléments présentés dans le dossier et a jugé que les arguments avancés méritaient d’être évalués lors d’un procès. Contrairement à ce que Valve espérait, la plainte n’a pas été rejetée à l’étape préliminaire, ce qui signifie que la justice britannique considère les accusations comme suffisamment sérieuses et crédibles.

L’autorisation de procéder ne constitue pas encore un jugement de culpabilité, mais elle valide la légitimité du recours collectif, qui repose sur des faits économiques et juridiques solides. En acceptant cette plainte, le tribunal renforce l’idée que les géants technologiques ne sont pas au-dessus des lois, et qu’ils peuvent être tenus pour responsables de leurs pratiques commerciales.

Implications juridiques pour Valve

Pour Valve, cette décision ouvre un front juridique délicat au Royaume-Uni, avec un risque réel de devoir verser des centaines de millions de dollars en compensation. Si le recours aboutit, il pourrait également forcer l’entreprise à modifier ses politiques commerciales en matière de commissions et de parité des prix, avec un effet domino sur l’ensemble du marché de la distribution numérique.

« Cette affaire pourrait devenir un précédent majeur dans la régulation du commerce numérique », ont commenté plusieurs experts juridiques spécialisés dans les litiges antitrust.

À cela s’ajoute une pression médiatique et politique croissante : les autorités de régulation, notamment en Europe, observent de près cette affaire, qui pourrait inspirer d’autres actions collectives contre des pratiques similaires dans le secteur technologique.

 

Valve face à d’autres actions similaires

Le cas aux États‑Unis depuis 2021

Cette affaire britannique ne constitue pas une première pour Valve. Depuis 2021, l’entreprise est également ciblée par une action en justice aux États‑Unis. Cette plainte, déposée dans l’État de Washington, reprend des arguments similaires : abus de position dominante, clauses anticoncurrentielles, et maintien artificiel des prix.

Aux États-Unis, le recours collectif est mené par des consommateurs, mais aussi par des éditeurs tiers, qui dénoncent l’effet de verrouillage qu’impose Steam. L’enjeu est de déterminer si Valve a délibérément fermé le marché pour maintenir ses revenus, au détriment des joueurs et de la concurrence. Si cette affaire avance, elle pourrait se traduire par des sanctions financières lourdes et des obligations de modifier ses conditions de distribution.

"Valve agit comme un gardien qui empêche les joueurs de profiter de la véritable concurrence", déclarait un extrait du recours américain.

Comparaison entre les deux juridictions

Bien que les actions soient distinctes, le parallèle entre les recours britannique et américain est frappant. Dans les deux cas, les plaignants accusent Valve de profiter de sa place incontournable sur le marché pour imposer des conditions injustes, en particulier aux éditeurs indépendants. Cependant, les procédures juridiques diffèrent notablement d’un pays à l’autre.

  • Au Royaume-Uni, l’action collective a été rendue possible grâce au régime du opt-out, ce qui signifie que tous les consommateurs affectés sont automatiquement inclus, sauf s’ils choisissent de se retirer.
  • Aux États-Unis, le processus est plus fragmenté, et l’avancement est généralement plus lent en raison des multiples appels et procédures fédérales.

L’issue de ces affaires pourrait toutefois déclencher une réaction en chaîne mondiale, inspirant des actions similaires dans d’autres pays où Valve opère. En l’état actuel, l’entreprise doit naviguer entre plusieurs tempêtes juridiques qui pourraient profondément transformer son modèle économique.

 


En quelques mots

L’action collective engagée contre Valve au Royaume-Uni marque un tournant potentiel dans l’histoire du jeu vidéo sur PC. Ce recours de près de 900 millions de dollars ne remet pas seulement en cause une entreprise, mais interroge un modèle économique dominant depuis près de deux décennies. En s’attaquant à Steam, c’est toute la logique de centralisation et de contrôle tarifaire dans la distribution numérique qui est remise en question.

Si la justice donne raison aux plaignants, Valve pourrait non seulement être contrainte de verser des compensations massives, mais aussi de modifier en profondeur sa politique commerciale. L’impact ne se limiterait pas au Royaume-Uni : les conséquences pourraient s’étendre à l’échelle mondiale, affectant développeurs, plateformes concurrentes et bien sûr, les millions de joueurs.

À une époque où les questions de monopoles numériques et de droits des consommateurs prennent une place centrale, cette affaire pourrait devenir emblématique d’un changement d’ère. Reste à voir si la justice tranchera en faveur d’un marché plus équitable… ou si le modèle Steam conservera son trône.

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