Comcept: le studio de Mighty No. 9 ferme officiellement ses portes

AuteurArticle écrit par Vivien Reumont
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date de publication29/01/2026

C’est une page qui se tourne pour les nostalgiques du jeu vidéo japonais des années 2000 : Comcept, le studio fondé par Keiji Inafune, figure emblématique de Capcom et créateur de Mega Man, a officiellement fermé ses portes. La dissolution de l’entreprise, décidée par ses actionnaires le 13 janvier 2026, marque la fin d’une aventure qui aura duré plus de 15 ans.

Né avec l’ambition de créer des jeux innovants hors des carcans des grandes firmes, Comcept s’est surtout fait connaître pour son projet phare, Mighty No. 9, souvent décrit comme le successeur spirituel de Mega Man. Malgré une campagne Kickstarter retentissante, le titre a souffert d’un accueil mitigé, cristallisant de nombreuses critiques. Si l’entreprise avait tenté de rebondir grâce à une collaboration avec le géant LEVEL‑5, elle avait déjà amorcé un lent retrait, notamment avec le départ de Keiji Inafune en 2024.

Mais que reste-t-il de l’héritage de Comcept ? Retour sur l’histoire, les réussites et les échecs d’un studio à la trajectoire aussi prometteuse que controversée.

 

Qui était Comcept ?

Origines et création du studio

Fondé en 2010 à Tokyo, Comcept naît d’un désir de liberté créative. Son créateur, Keiji Inafune, quitte alors Capcom après une carrière impressionnante, notamment en tant que co-créateur de Mega Man et producteur sur des licences telles que Dead Rising ou Onimusha. Frustré par les lourdeurs des grandes structures, il lance ce nouveau studio indépendant avec une idée claire : produire des jeux plus audacieux, sans compromis artistiques.

Le nom "Comcept" lui-même est une fusion de concept et communication, traduisant la volonté de créer des idées originales en dialogue constant avec les joueurs. Dès le départ, le studio se positionne comme une entité indépendante, misant sur le crowdfunding et une approche communautaire pour financer ses projets.

« Je voulais créer un endroit où l'on puisse rêver et développer librement », déclarait Inafune lors du lancement du studio.

Keiji Inafune : le fondateur et son héritage

Figure polarisante du jeu vidéo japonais, Keiji Inafune s'est imposé comme une légende pour certains, un visionnaire à la dérive pour d'autres. Son passage chez Capcom a marqué une époque : il a donné naissance à Mega Man, travaillé sur Resident Evil 2, Onimusha, Lost Planet, et bien d’autres. C’est cette réputation qu’il apporte avec lui chez Comcept, galvanisant une communauté de fans nostalgiques et en quête de renouveau.

Mais en s’émancipant, Inafune prend aussi le risque de s’éloigner des standards de qualité que l’industrie attend de lui. Si ses intentions sont saluées, ses résultats ne seront pas toujours à la hauteur. Comcept a été à la fois le symbole de sa liberté retrouvée et celui de ses limites en tant que gestionnaire de studio.

 

Le parcours de Comcept dans l’industrie

Les premiers projets

Avant de faire parler de lui à grande échelle, Comcept a tenté plusieurs approches modestes, testant différentes formules sur mobile ou en co-développement. Parmi ses premiers titres, on trouve des projets comme J.J. Rockets, un jeu mobile, ou encore Kaio: King of Pirates, un ambitieux RPG pour 3DS annoncé en 2011 et annulé quelques années plus tard malgré une certaine attente du public.

Ces débuts reflètent la philosophie de Comcept : explorer, innover, mais sans toujours trouver de terrain solide. Le studio tâtonne, expérimente, mais ne parvient pas à s’imposer sur un marché en perpétuelle évolution. La vraie notoriété n’arrivera qu’avec un projet qui fera énormément parler de lui, mais pas forcément en bien…

Mighty No. 9 : ambition et réception critique

Lancé en 2013 via Kickstarter, Mighty No. 9 promettait une renaissance du genre plateforme-action, dans la lignée directe de Mega Man. Et les fans ont répondu présents : plus de 4 millions de dollars récoltés, des objectifs stretch atteints, un engouement presque hystérique.

Mais c’est aussi là que les choses commencent à déraper. Retards multiples, problèmes de communication, promesses non tenues… Lorsque le jeu sort enfin en 2016, l’enthousiasme a laissé place à la méfiance. Et les critiques ne seront pas tendres : visuels datés, gameplay peu inspiré, optimisation bancale.

« It's better than nothing », lâchera tristement la voix-off du trailer officiel, devenant instantanément un mème moqueur pour résumer la déception générale.

Mighty No. 9 devient rapidement le symbole des campagnes de financement mal gérées, malgré ses ambitions. Pour Comcept, c’est un coup dur, tant en termes d’image que de crédibilité. Et même si le jeu a eu droit à quelques portages et à une base de fans modérée, le mal était fait.

 

Collaboration avec LEVEL‑5 et restructuration

Formation de LEVEL5 comcept en 2017

Après le revers critique de Mighty No. 9, Comcept se tourne vers une nouvelle stratégie de survie : la collaboration avec une structure plus stable et reconnue. C’est ainsi qu’en 2017, le studio s’associe avec LEVEL‑5, célèbre pour ses franchises comme Professor Layton, Yo-kai Watch ou encore Ni no Kuni. Ensemble, ils créent une nouvelle entité appelée LEVEL5 comcept, basée à Osaka.

Cette fusion marque un tournant. Pour Comcept, c’est une chance de bénéficier du soutien logistique, financier et organisationnel d’un acteur majeur du jeu vidéo japonais. Pour LEVEL‑5, c’est l’opportunité d’intégrer l’expertise de Keiji Inafune et d’explorer de nouvelles idées en matière de game design.

La structure LEVEL5 comcept s’oriente alors vers des projets plus confidentiels, moins risqués. On notera le développement du jeu mobile Dragon & Colonies en 2019, qui malgré un concept original n’a pas su s’imposer sur la durée, fermant ses serveurs l’année suivante.

Transfert d’activités et départ d’Inafune

À mesure que les années passent, Comcept perd peu à peu son autonomie. Les équipes, les outils et les projets sont absorbés dans l’écosystème LEVEL‑5, jusqu’à ce que l’identité même du studio fondateur s’efface presque totalement. En 2024, Keiji Inafune quitte l’entité, marquant la fin symbolique de l’esprit initial de Comcept.

Ce départ précipite un transfert complet des activités restantes vers LEVEL‑5, ne laissant derrière que le nom et quelques archives. Comcept n’est alors plus qu’un reliquat juridique, sans activité propre. La dissolution officielle, en janvier 2026, ne fait que formaliser une réalité déjà actée depuis longtemps.

 

La dissolution officielle en janvier 2026

Décision des actionnaires

Le 13 janvier 2026, les actionnaires de Comcept se réunissent pour prendre une décision sans appel : la dissolution définitive du studio. Une procédure légale qui, selon les documents publiés dans la semaine suivant l’événement, marque la fin officielle de l’existence juridique de la société. Bien que Comcept n’avait plus d’activité propre depuis plusieurs années, cette décision formelle vient entériner sa disparition complète de la scène vidéoludique.

Ce genre de fermeture, bien qu’assez fréquent dans l’industrie, soulève toujours des interrogations. Comcept, malgré ses défauts, avait une identité forte et incarnait une époque du jeu vidéo indépendant nourri par la nostalgie et la promesse d’un renouveau. Sa fin reste le reflet d’un écosystème impitoyable, où les bonnes intentions ne suffisent pas toujours à survivre.

Conséquences pour l’équipe et les projets

La question que beaucoup se posent après une telle annonce est simple : que deviennent les anciens membres de Comcept ? La majorité d’entre eux avaient déjà été intégrés aux équipes de LEVEL‑5 au fil des années. Ce transfert progressif a permis d’éviter des licenciements massifs, mais a également dilué l’identité créative propre à Comcept.

Quant aux projets en cours, il n’en restait plus réellement. Le studio ne développait plus rien en son nom propre depuis longtemps. La disparition de Comcept ne provoque donc aucune interruption majeure de production, mais elle clôt symboliquement un chapitre de l’histoire du jeu vidéo japonais. Pour les observateurs, c’est un triste mais logique épilogue, qui illustre la difficulté pour un studio indépendant, même fondé par une légende, de s’imposer durablement.

 

Héritage et impact dans le jeu vidéo

Influence de Comcept malgré les controverses

Bien que la trajectoire de Comcept ait été semée d’embûches, le studio a marqué une époque, ne serait-ce que par sa démarche. À une période où les créateurs historiques tentaient de s’émanciper des grands éditeurs, Comcept représentait cette volonté de reprendre le contrôle de la création vidéoludique. Le recours au financement participatif, l’appel aux communautés de fans, et l’ambition de renouveler des formules classiques ont inspiré de nombreux développeurs indépendants.

Même si Mighty No. 9 n’a pas été à la hauteur des attentes, il a initié un débat important sur la transparence, la gestion de projet et la communication dans les campagnes Kickstarter liées aux jeux vidéo. Ce n’est pas une réussite commerciale ou critique, mais un point de bascule dans la manière dont l’industrie perçoit le crowdfunding.

Comcept a aussi expérimenté, parfois à contre-courant des tendances dominantes, ce qui, malgré les échecs, a contribué à une certaine forme de diversité créative dans le paysage vidéoludique.

L’impact sur la réputation de Keiji Inafune

Difficile de ne pas évoquer l’héritage de Comcept sans parler de la réputation de Keiji Inafune, profondément liée au destin du studio. Considéré longtemps comme un génie créatif grâce à son travail sur Mega Man, son passage chez Comcept a terni cette image. Certains fans lui reprochent une gestion hasardeuse, des promesses non tenues, et un manque de lucidité sur les capacités du studio à livrer des projets à la hauteur.

Mais d'autres voient dans ce parcours une tentative sincère, bien qu’imparfaite, de réinventer les règles du jeu vidéo japonais, souvent jugé trop conservateur. Si Comcept n’a pas survécu, la démarche d’Inafune reste un jalon important dans l’évolution de la relation entre créateurs et joueurs.

« Les légendes ne sont pas faites uniquement de victoires, mais aussi de leurs erreurs » – un adage qui s’applique parfaitement au créateur et à son studio.

 


En quelques mots

La fermeture de Comcept en janvier 2026 marque la fin officielle d’une aventure ambitieuse, débutée en 2010 sous la houlette de Keiji Inafune. Si le studio n’a pas su concrétiser ses promesses, son histoire reste riche d’enseignements sur les défis auxquels sont confrontés les créateurs indépendants, même les plus expérimentés.

De Mighty No. 9 à son absorption progressive par LEVEL‑5, Comcept aura été le reflet des espoirs et des désillusions de toute une génération de joueurs et de développeurs. Un laboratoire d’idées imparfait, mais sincère, qui aura tenté d’exister à une époque de grands bouleversements pour l’industrie japonaise.

Aujourd’hui, si le nom Comcept disparaît, son écho résonne encore dans les discussions sur le financement participatif, la nostalgie vidéoludique et la liberté créative. Et même si l’échec est au rendez-vous, il fait partie intégrante du parcours de ceux qui osent bousculer les normes.

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