Beyond Good and Evil 2 : Ubisoft relance le projet avec un nouveau recrutement

AuteurArticle écrit par Vivien Reumont
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date de publication27/11/2025

C’est un peu le serpent de mer du jeu vidéo. Beyond Good and Evil 2, suite (ou plutôt préquelle) d’un jeu culte sorti en 2003, continue d’exister dans un étrange entre-deux : pas officiellement annulé, mais pas vraiment visible non plus. Annoncé une première fois en 2008, puis relancé avec fracas en 2017, le projet s’est progressivement évaporé du radar médiatique, au point que beaucoup le pensaient abandonné. Et pourtant…

En cette fin d’année 2025, un nouvel indice est venu raviver les espoirs des fans. Ubisoft, dans un geste à la fois discret et révélateur, a publié une offre d’emploi pour un poste de Technical Sound Designer. Et pas pour n’importe quel projet : Beyond Good and Evil 2. Cette mention explicite, rarissime depuis des années, soulève de nouvelles questions. Le développement serait-il bel et bien toujours en cours ? À quel stade se trouve le jeu aujourd’hui ? Et surtout, Ubisoft croit-il encore au potentiel de ce titre devenu presque mythique par son absence prolongée ?

À travers cette enquête, nous allons plonger dans les méandres d’un développement hors norme, entre ambitions démesurées, silences stratégiques et résilience inattendue.

 

Historique chaotique et longue attente

Annonces et promesses initiales

La première apparition de Beyond Good and Evil 2 remonte à… 2008. Un teaser énigmatique montre Pey’j, le cochon mécanicien du premier opus, aux côtés d’un personnage qui pourrait être Jade. Le mystère plane, mais rien ne suit. Il faudra attendre juin 2017 pour que le projet réapparaisse officiellement, lors d’un E3 resté dans les mémoires. Michel Ancel, figure emblématique d’Ubisoft et créateur du jeu original, monte sur scène pour présenter un trailer spectaculaire : un space opera en monde ouvert, avec des villes flottantes, des véhicules spatiaux et une tonalité bien plus mature que l’original. La promesse est grande, presque démesurée.

À l’époque, le jeu est présenté comme un prequel se déroulant avant la naissance de Jade. Le joueur incarnera un pirate de l’espace évoluant dans un univers interstellaire riche, multilingue et multiculturel, propulsé par un moteur interne appelé Voyager. Le projet se veut collaboratif : Ubisoft lance même une initiative nommée Space Monkey Program pour impliquer la communauté dans la conception du jeu. Mais après cette démonstration d’intention… c’est le silence.

Difficultés, changements internes et reportages passés

Ce silence n’est pas anodin. Beyond Good and Evil 2 est rapidement frappé par une série de revers. En 2020, Michel Ancel annonce son départ de l’industrie du jeu vidéo, officiellement pour se consacrer à un sanctuaire animalier. Officieusement, plusieurs enquêtes, notamment de la part de Libération, évoquent des tensions internes, une direction artistique floue et un management difficile. Le développement aurait stagné, ballotté par des ambitions trop grandes et une organisation chaotique.

En parallèle, Ubisoft traverse ses propres crises : accusations de harcèlement, restructurations internes, retards multiples sur d'autres projets phares. Le studio de Montpellier, responsable de BGE2, semble pris dans une tempête qu’il peine à maîtriser.

Les années passent sans véritable mise à jour. À tel point que le jeu entre dans le livre Guinness des records en 2022 comme le jeu AAA avec le plus long temps de développement sans sortie. Ce qui aurait pu être un exploit devient un symbole d’embourbement.

 

2025 : une offre d’emploi relance les spéculations

Le poste de Technical Sound Designer à Ubisoft Montpellier

Début novembre 2025, une publication anodine sur le site d’Ubisoft attire l’attention des plus attentifs. Le studio de Montpellier, historiquement attaché à Beyond Good and Evil, recrute un Technical Sound Designer. Jusque-là, rien de surprenant. Ce qui change tout, c’est la mention explicite du jeu dans la fiche de poste : « Vous rejoindrez l’équipe de Beyond Good and Evil 2 pour créer une expérience audio immersive et ambitieuse dans un univers de space opera ».

On y apprend également que le jeu est toujours conçu comme un action-aventure en monde ouvert, s’appuyant sur le moteur propriétaire Voyager. L’annonce évoque une aventure interplanétaire teintée de piraterie spatiale, où le joueur pourra explorer un système solaire foisonnant, en solo ou en coopération. L’ambition du projet semble intacte.

Ce type de publication n’est pas anodin. Dans une industrie souvent obsédée par la confidentialité, mentionner un jeu aussi attendu et aussi discret peut être perçu comme un message : « Oui, le projet est toujours vivant ».

Qu’est-ce que ça implique pour le développement ?

La mise en ligne de cette offre ne signifie pas que Beyond Good and Evil 2 est prêt à sortir. Bien au contraire. Le recrutement d’un Technical Sound Designer indique que le développement est encore loin d’être finalisé. Ce poste est généralement impliqué dans la conception des outils audio, l’implémentation technique du sound design, et la coordination avec les autres départements — preuve que des aspects fondamentaux du jeu sont encore en construction.

Il serait donc logique de penser que le jeu est toujours en production active, peut-être dans une phase où les systèmes principaux sont stabilisés mais où le contenu reste à enrichir. Cela pourrait aussi suggérer que Ubisoft mise sur une relance progressive de la communication autour du titre. En parlant d’une technologie « révolutionnaire » et d’une expérience « immersive », l’éditeur cherche à repositionner BGE2 non pas comme un projet perdu, mais comme une œuvre d’envergure qui prend son temps.

Reste à voir si cette transparence sera suivie de démonstrations plus concrètes dans les mois à venir.

 

Ce qu’on sait — et ce qu’on ignore — du jeu aujourd’hui

Le positionnement officiel d’Ubisoft (préquelle, space opera, monde ouvert)

Malgré sa longue invisibilité, Beyond Good and Evil 2 conserve une direction claire dans les rares descriptions officielles qu’Ubisoft a laissées filtrer. L’offre d’emploi publiée en 2025 réaffirme que le jeu est bien une préquelle à l’épisode original, se déroulant dans un univers de space opera aussi vaste que complexe. Ce qui était montré en 2017 semble donc toujours valide : un monde ouvert tentaculaire, peuplé de civilisations variées, où le joueur incarne un pirate interstellaire.

Le moteur maison Voyager est mis en avant comme la technologie cœur du projet. C’est sur lui que repose l’immersion, la fluidité des déplacements entre planètes, et l’intégration de systèmes de jeu ambitieux comme le voyage spatial, les combats, le commerce ou encore les interactions sociales. Le multijoueur coopératif reste mentionné, bien que dans des termes encore flous : « en solo ou entre amis », comme le précise l’annonce.

Visuellement et conceptuellement, BGE2 s’annonce comme un jeu qui veut repousser les limites. Mais sur le papier, ces ambitions sont aussi ce qui rend le développement si complexe.

Les zones d’ombre persistantes (date, scope, plateformes, multijoueur…)

Et pourtant, plus on lit entre les lignes, plus l’on réalise que Beyond Good and Evil 2 reste enveloppé d’un voile d’incertitude. Aucune date de sortie n’a jamais été avancée depuis 2017. Aucun trailer récent, aucun gameplay actualisé, aucun communiqué de presse formel n’est venu éclaircir la situation. Même les plateformes ciblées sont un mystère. S’agit-il toujours d’un jeu destiné à la génération actuelle (PS5, Xbox Series, PC), ou vise-t-il désormais la suivante ?

Autre point flou : la structure du jeu. Parle-t-on d’une expérience 100 % solo avec quelques éléments coopératifs ? Ou d’un univers persistant en ligne à la manière d’un MMO ou d’un live service déguisé ? Ubisoft n’a pas tranché publiquement. Il est même possible que la vision du jeu ait évolué au fil des ans, sans que cela soit reflété dans la communication externe.

« Grâce à une technologie révolutionnaire […], Beyond Good and Evil 2 offre une expérience immersive d’exploration et de piraterie spatiale […] en solo ou entre amis. »
– Extrait de l’offre d’emploi Ubisoft, 2025

En somme, les seules certitudes actuelles reposent sur des fragments. Le cœur du projet semble stable, mais son habillage, ses contours et sa stratégie de lancement demeurent des inconnues.

 

Pourquoi BGE2 reste un projet « légendaire » de l’industrie

L’héritage du premier opus

Pour comprendre pourquoi Beyond Good and Evil 2 suscite encore autant d’intérêt malgré son absence prolongée, il faut revenir au premier épisode, sorti en 2003. À l’époque, ce jeu développé par Michel Ancel n’a pas rencontré un énorme succès commercial, mais a rapidement acquis un statut culte grâce à son univers original, ses personnages attachants et son ton unique, mêlant mystère, satire sociale et humour.

Le personnage de Jade, photoreporter engagée dans une rébellion contre une dictature galactique, a marqué toute une génération. Le jeu proposait un mélange d’exploration, d’infiltration et de combats dans un monde semi-ouvert, avec une forte direction artistique et une bande-son mémorable. Sa fin ouverte a laissé les fans sur leur faim… pendant deux décennies.

C’est cette mémoire collective, alimentée par une nostalgie sincère, qui entretient l’intérêt pour la suite. Chaque information sur BGE2 agit comme une étincelle : la promesse de retrouver un univers riche, poétique et audacieux.

Les risques — et ce qu’un succès pourrait représenter

Mais toute légende a ses revers. Plus un jeu est attendu, plus il devient vulnérable à la déception. Beyond Good and Evil 2 traîne derrière lui un fardeau colossal d’attentes, parfois irréalistes. Le simple fait qu’il soit encore en développement après tant d’années rend sa réussite quasi miraculeuse. Tout faux pas, qu’il soit technique, artistique ou commercial, pourrait transformer le rêve en désillusion.

Cela dit, s’il parvient à tenir ses promesses, même partiellement, le jeu pourrait aussi devenir un symbole de résilience. Il incarnerait l’idée qu’un projet ambitieux, malgré les obstacles, peut survivre et renaître. Dans un paysage vidéoludique souvent dominé par les franchises annualisées et les décisions marketing, BGE2 représente une anomalie précieuse.

Il pourrait aussi ouvrir la voie à une nouvelle génération de jeux AAA plus audacieux, qui n’ont pas peur de proposer des récits complexes et des univers atypiques. En somme, Beyond Good and Evil 2 est à la fois un projet de tous les dangers… et une opportunité unique pour Ubisoft de se réinventer artistiquement.

 

Ce que ce recrutement révèle du modèle de développement AAA

Long terme et persévérance — quand un projet survit aux années

Le développement de Beyond Good and Evil 2 est aujourd’hui emblématique d’une réalité méconnue du grand public : certains jeux AAA nécessitent une décennie entière, voire plus, de gestation. Le recrutement en 2025 d’un nouveau designer sonore, alors que le projet a été annoncé il y a plus de 15 ans, montre que certains studios s’engagent dans des marathons créatifs où la notion de temps s’étire.

Ce n’est pas un cas unique. Des jeux comme Final Fantasy XV, The Last Guardian ou encore Dead Island 2 ont connu des cycles similaires, ponctués de redémarrages, de changements de direction et de périodes de silence. La différence ici, c’est que BGE2 n’a encore rien livré de jouable ou de concret au public, ce qui accentue la frustration, mais rend aussi l’espoir plus intense à chaque nouvelle apparition.

Il est tentant de critiquer Ubisoft pour cette durée excessive. Pourtant, le simple fait que le projet ne soit pas abandonné témoigne d’une forme de persévérance rare dans une industrie qui sacrifie souvent la créativité sur l’autel de la rentabilité immédiate.

La "discrétion stratégique" comme posture de communication

Ce qui frappe également, c’est le silence presque total qui entoure le développement. En dehors de l’offre d’emploi de 2025, Ubisoft n’a rien communiqué de nouveau depuis plusieurs années. Une stratégie risquée, mais peut-être volontaire. En choisissant la discrétion, l’éditeur semble vouloir éviter les promesses non tenues, comme celles de 2017, et s’assurer que la prochaine présentation du jeu soit crédible et solide.

Cela s’inscrit dans une tendance plus large dans l’industrie : celle de retarder la communication jusqu’à ce que le jeu soit proche d’un état jouable. On l’a vu récemment avec GTA VI, dont le développement est resté dans l’ombre pendant longtemps, ou Metroid Prime 4, relancé après un redémarrage complet.

Ce choix de la prudence pourrait finalement jouer en faveur de Beyond Good and Evil 2. Moins d’effets d’annonce, plus de substance — si tant est qu’elle finisse par émerger.

 


En quelques mots

Beyond Good and Evil 2 continue de défier les lois du temps vidéoludique. Inaperçu depuis des années, il réapparaît grâce à une simple offre d’emploi, comme un murmure au milieu du vacarme des sorties annuelles. Ce discret signe de vie confirme ce que beaucoup soupçonnaient : le projet n’est pas mort, et Ubisoft y investit encore, en dépit des vents contraires.

Peut-on pour autant parler d’un retour en force ? Pas encore. Le développement semble toujours en cours, les zones d’ombre restent nombreuses, et l’absence de communication officielle n’aide pas à éclaircir la situation. Mais à défaut de gameplay ou de bande-annonce, cette embauche rappelle une vérité importante : Beyond Good and Evil 2 est un jeu qui compte encore pour son éditeur, et peut-être même pour l’avenir créatif d’Ubisoft.

Il reste à espérer que les joueurs pourront bientôt troquer la spéculation contre l’exploration réelle du Système 3. En attendant, chaque indice, chaque geste, chaque ligne dans une fiche de poste devient un fragment d’espoir pour un jeu devenu légendaire… avant même d’exister.

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Ubisoft

Leader mondial du jeu vidéo, créateur de franchises emblématiques comme Assassin's Creed et Far Cry, offrant des expériences immersives et innovantes.

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