Ubisoft surperforme au T3 2025-2026: chiffres clés, Assassin’s Creed et stratégie live

AuteurArticle écrit par Florian Reumont
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date de publication13/02/2026

Ubisoft sort d’un passage à vide comme on sort d’un donjon un peu trop long : fatigué, cabossé, mais avec un loot inattendu. Sur son troisième trimestre fiscal 2025-2026 (période close le 31 décembre 2025), l’éditeur français annonce une “surperformance” financière qui tranche avec l’ambiance “restructuration + marché sélectif” du début d’année. Au menu : 338 M€ de réservations nettes (net bookings), +12% sur un an, un catalogue qui tient la ligne grâce à Assassin’s Creed, mais aussi Avatar et The Division, et surtout un indicateur qui parle autant aux joueurs qu’aux investisseurs : environ 130 millions d’utilisateurs actifs sur l’année civile 2025. L’histoire qu’Ubisoft veut raconter est simple : oui, la maison est en travaux… mais le magasin tourne, et même plutôt bien. La question, elle, est moins simple : est-ce un vrai retour en forme, ou un trimestre “gagné” à la faveur de bons leviers (partenariats, back-catalog, live) qui ne régleront pas tout ?

 

Ubisoft “surperforme” : les chiffres qui font parler

Net bookings du trimestre : 338 M€ et un dépassement des attentes

Le chiffre qui fait lever un sourcil (voire deux) : 338 millions d’euros de net bookings sur le trimestre, en hausse de 12% par rapport à l’an passé, et au-dessus des attentes que s’était fixées Ubisoft. Pour traduire en langage humain : ce n’est pas “juste” un trimestre correct, c’est un trimestre qui dépasse la ligne de flottaison que l’entreprise avait elle-même dessinée, dans un contexte où chaque éditeur marche sur des œufs (coûts de prod, calendrier saturé, concurrence féroce sur le temps de jeu).

Il faut aussi rappeler ce que les net bookings racontent : on ne parle pas uniquement de boîtes vendues, mais de la valeur des ventes et engagements sur la période (jeux, contenus, services, etc.), un indicateur souvent plus parlant pour un éditeur moderne que la photo brute du chiffre d’affaires. Et dans une industrie où l’on vit de plus en plus sur la durée (contenu live, extensions, relances), ce chiffre sert de baromètre : Ubisoft a réussi à faire circuler du carburant dans ses franchises au bon moment.

Neuf mois d’exercice : 1,1 Md€ et une dynamique qui change le récit

Sur les neuf premiers mois de l’exercice 2025-2026, Ubisoft affiche 1,1 milliard d’euros de net bookings, soit +18% sur un an. Dit comme ça, on pourrait croire à un rouleau compresseur. En réalité, ce total raconte surtout une chose : Ubisoft parvient à recréer une dynamique sur une période longue, pas seulement un “coup” de trimestre. C’est important, parce que les investisseurs (et, soyons honnêtes, une partie du public) attendent davantage qu’un sursaut : ils veulent une trajectoire.

Ce chiffre sert aussi de contrepoint au contexte interne : restructuration, réorganisation, arbitrages sur le pipeline… Bref, un Ubisoft qui cherche à se rendre plus lisible et plus efficace. Voir une hausse significative sur neuf mois permet à la direction de soutenir un narratif très “industrie” : on transforme la boîte sans éteindre les moteurs. Ça n’évacue pas les risques (on en reparle), mais ça rend le discours plus crédible qu’un simple “faites-nous confiance”.

130 millions d’utilisateurs actifs : la force tranquille de l’écosystème

Le nombre qui touche directement la réalité “joueur” : environ 130 millions d’utilisateurs actifs sur l’année 2025 (console et PC). Ce n’est pas un trophée en vitrine, c’est un signal sur la capacité d’Ubisoft à occuper du temps de jeu. Et dans le jeu vidéo actuel, l’attention est la ressource la plus chère.

Ce volume d’activité dit aussi quelque chose sur la stratégie d’Ubisoft : l’éditeur ne dépend plus seulement d’un gros lancement annuel pour exister. Son modèle repose sur un portefeuille : plusieurs marques, plusieurs points d’entrée, et des retours réguliers via mises à jour, saisons, événements, extensions. Même si tout le monde ne joue pas à tout, le cumul fait masse — et cette masse, c’est précisément ce qui rassure quand les sorties “one-shot” sont plus risquées et plus coûteuses que jamais.

 

D’où vient la surperformance : partenariats + Assassin’s Creed en locomotive

Partenariats : la croissance qui n’arrive pas (que) des jeux

Ubisoft attribue une partie de la surperformance à des partenariats plus forts que prévu. C’est un point intéressant, parce que c’est souvent là que se cache la mécanique moderne des grands éditeurs : accords de distribution, deals de contenu, collaborations avec plateformes, opérations marketing intégrées… La plupart du temps, ce n’est pas très sexy à raconter, mais c’est très efficace pour lisser une année.

Pourquoi ça compte ? Parce qu’un partenariat réussi, c’est un accélérateur qui n’exige pas forcément de livrer un “nouveau jeu complet” dans l’instant. C’est du levier : visibilité, acquisition, monétisation, parfois même une seconde vie à un titre. Et dans un calendrier où Ubisoft a aussi dû gérer des ajustements de production, avoir des relais externes solides peut faire la différence entre “on limite la casse” et “on dépasse nos attentes”.

Assassin’s Creed : engagement, “session days” et effet franchise

S’il fallait personnifier ce trimestre, il porterait une capuche. Assassin’s Creed ressort comme un moteur majeur, non seulement en ventes, mais aussi en engagement. Ubisoft met en avant des indicateurs d’activité (comme les “session days”) en hausse, un vocabulaire typique du jeu-service appliqué à une franchise historiquement “premium”.

Le plus intéressant, c’est que la franchise semble fonctionner comme une plateforme d’attention : les joueurs reviennent, s’accrochent aux mises à jour, aux éditions, aux variations d’expérience. Autrement dit, Assassin’s Creed n’est plus seulement une série de sorties, c’est un écosystème capable de se rebrancher régulièrement sur la communauté. Et quand une marque atteint ce niveau, elle devient un stabilisateur financier : même si tout le reste du catalogue n’explose pas, la locomotive maintient le train sur les rails.

« Nous avons réalisé un solide troisième trimestre, avec une croissance à deux chiffres de nos réservations nettes […] dépassant nos attentes. Cette performance reflète la force de notre portefeuille et l’ampleur de l’engagement des joueurs sur nos franchises phares. »

Back-catalog : quand l’ancien catalogue joue au jeu du présent

Le “secret” le moins secret de ce trimestre, c’est le back-catalog. Ubisoft annonce un catalogue historique solide, porté par Assassin’s Creed, mais aussi Avatar et The Division. Dans un monde où les joueurs ont déjà une bibliothèque énorme, faire vivre l’existant n’est plus une option : c’est une discipline.

Ce qui est malin ici, c’est l’alignement entre catalogue et live. Un vieux jeu peut redevenir “chaud” si une extension arrive au bon moment, si une mise à jour change l’expérience, ou si un événement saisonnier ramène la communauté. Résultat : le back-catalog cesse d’être un cimetière glorieux, il devient une mine qu’on exploite avec de meilleurs outils. Et Ubisoft, historiquement très fort sur la gestion de franchises, semble s’appuyer là-dessus pour amortir les zones d’incertitude.

 

Le vrai moteur moderne : contenu live, mises à jour et longévité des licences

Avatar : update, extension et réaccélération de l’engagement

Avatar illustre parfaitement la logique “jeu durable”. Ubisoft met en avant une mise à jour attendue (dont une évolution notable de l’expérience) et une extension qui stimulent l’engagement. C’est un cas d’école : un jeu peut avoir une courbe de vie beaucoup plus longue si l’éditeur propose des raisons concrètes de revenir — et pas seulement des cosmétiques, mais des apports qui modifient le plaisir de jeu.

Au-delà du titre lui-même, le message envoyé est stratégique : Ubisoft veut prouver qu’il sait faire plus que “sortir un jeu”. Il veut montrer qu’il sait l’améliorer, l’étendre et le repositionner dans le temps. Quand ça marche, cela crée un cercle vertueux : les joueurs reviennent, les discussions repartent, la visibilité augmente, et la monétisation suit plus naturellement. C’est moins spectaculaire qu’un lancement AAA en fanfare, mais souvent plus robuste.

Rainbow Six Siege : stabilité, signaux d’amélioration et enjeux anti-triche

De son côté, Rainbow Six Siege est présenté comme “en ligne avec les attentes”, dans un marché FPS décrit comme très encombré. C’est presque une victoire en soi : à ce stade de vie, tenir est déjà un acte de performance. Ubisoft souligne une amélioration des tendances d’activité sur la fin du trimestre, et des efforts liés au feedback des joueurs, notamment sur l’équilibrage et la triche.

Et là, on touche un point-clé : les jeux-service ne sont pas jugés uniquement sur leur contenu, mais sur leur maintenance. Anti-triche, qualité des serveurs, matchmaking, tempo de mises à jour, communication… Tout ce qui n’apparaît pas dans une bande-annonce devient décisif. Un Siege qui se maintient (et se redresse) sert autant la finance que l’image : c’est un rappel qu’Ubisoft possède des franchises capables de survivre à plusieurs cycles de mode.

Pourquoi le “catalogue + live” pèse plus lourd que le lancement one-shot

Ce trimestre illustre la bascule de l’industrie : le “grand lancement” reste important, mais ce n’est plus le seul pilier. Le duo catalogue + live offre trois avantages majeurs :

  • Prévisibilité : plus on a de points de contact sur l’année, moins on dépend d’un unique blockbuster.
  • Rentabilité : relancer un jeu existant coûte généralement moins cher que produire un nouveau AAA de zéro.
  • Résilience : si une sortie glisse, le portefeuille peut continuer à performer via engagement et événements.

Ubisoft semble capitaliser sur cette logique, ce qui explique une partie de la surperformance. Mais attention : c’est une stratégie qui exige de l’exécution constante. Le live est un marathon, pas un sprint. Et sur ce terrain-là, la régularité est reine — ce qui nous amène à la question du modèle interne et de la transformation en cours.

 

Ce que ça raconte d’Ubisoft en 2026 : transformation, risques et prochains jalons

Creative Houses et transformation : promesse de focus, vitesse et ambition

Impossible de lire ces résultats sans les connecter à la transformation annoncée : Ubisoft veut se réorganiser pour accélérer la décision, clarifier les responsabilités, et augmenter l’ambition créative. Sur le papier, c’est le genre de refonte qui peut corriger des maux connus des grands groupes : inertie, production tentaculaire, arbitrages tardifs.

Mais le jeu vidéo a une règle cruelle : une transformation se juge sur les jeux livrés ensuite. Les structures peuvent aider — si elles réduisent le bruit, améliorent la coordination, et permettent de mieux allouer les talents. Ubisoft insiste aussi sur le renforcement du vivier, avec le retour de profils expérimentés. Si c’est bien orchestré, cela peut réduire un risque majeur : celui de la “machine AAA” qui patine au moment critique.

« Cette transformation est conçue pour affiner notre focus, accélérer la prise de décision et élever notre ambition créative dans un marché de plus en plus sélectif. »

Prévisions confirmées et points de vigilance (marché sélectif, exécution)

Ubisoft confirme ses objectifs annuels, ce qui est un signal de confiance… mais qui ne gomme pas les zones de turbulence. D’un côté, l’éditeur affiche des indicateurs solides (net bookings en hausse, engagement, portefeuille robuste). De l’autre, il reconnaît un marché plus sélectif — comprendre : les joueurs trient davantage, et la concurrence se bat pour la même ressource rare (le temps).

Le point de vigilance principal, c’est l’exécution. La stratégie “catalogue + live + franchises fortes + partenariats” fonctionne tant que :

  1. les mises à jour sont de qualité,
  2. les contenus arrivent au bon tempo,
  3. les projets à venir ne s’empilent pas en retards,
  4. la transformation interne ne casse pas la dynamique des studios.

Et c’est là que ce trimestre, aussi bon soit-il, ne doit pas être lu comme un “tout va bien”. Il faut le lire comme un trimestre qui redonne de l’air et renforce la crédibilité du plan… tout en augmentant la pression sur la suite.

Le test ultime : transformer un bon trimestre en trajectoire durable

Le vrai enjeu est presque narratif : Ubisoft doit convertir un trimestre de surperformance en histoire durable. Cela passe par trois jalons très concrets.

D’abord, la capacité à continuer de faire vivre ses franchises sans épuiser la communauté : le live exige un équilibre délicat entre nouveauté, stabilité et respect du joueur (surtout sur les sujets sensibles comme la triche). Ensuite, la capacité à sortir des jeux “exceptionnels, high-quality” — non pas en promesse, mais en réalité jouable et bien finie, ce qui est devenu un critère non négociable. Enfin, la capacité à montrer que la transformation interne produit des gains visibles : meilleurs délais, meilleurs choix, meilleure cohérence créative.

Si Ubisoft réussit ce triptyque, la surperformance ne sera pas un feu d’artifice, mais un tournant. S’il échoue, ce trimestre restera un bon moment… dans une saga plus chaotique qu’un parkour sur des toits glissants.

 


En quelques mots

Ubisoft signe un T3 fiscal 2025-2026 solide avec 338 M€ de net bookings (+12%), une progression marquée sur neuf mois (1,1 Md€, +18%), et un socle d’activité massif (~130 millions d’utilisateurs actifs en 2025) : des chiffres qui rassurent et valident l’efficacité du duo franchises + back-catalog + live + partenariats. Mais la vraie victoire se jouera après le scoreboard : Ubisoft doit prouver que cette surperformance s’inscrit dans une trajectoire, portée par une transformation interne qui améliore réellement la production et la qualité des sorties. En clair : bon trimestre… maintenant, il faut en faire une saison complète.

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Ubisoft

Leader mondial du jeu vidéo, créateur de franchises emblématiques comme Assassin's Creed et Far Cry, offrant des expériences immersives et innovantes.

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