Assassin's Creed: licenciement déguisé, l'ex-dirigeant poursuit Ubisoft

AutorArtículo escrito por Vivien Reumont
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Fecha de publicación19/01/2026

Une affaire qui pourrait bien laisser une trace aussi marquante qu’une lame secrète. L’univers d’Assassin's Creed n’est pas seulement riche en conspirations fictives, il semble désormais contaminer les coulisses de son propre développement. Marc-Alexis Coté, figure historique d’Ubisoft et ancien responsable de la franchise, engage une procédure judiciaire contre son ancien employeur pour ce qu’il qualifie de « licenciement déguisé ». Ce retournement de situation met en lumière une guerre silencieuse interne, impliquant la réorganisation des pôles stratégiques du géant français du jeu vidéo. Entre non-dits, restructuration et revendications salariales, cette affaire révèle un pan souvent occulté du secteur : la gestion humaine des créateurs derrière les licences emblématiques.

 

La démission controversée de Marc-Alexis Coté

Un vétéran de 20 ans chez Ubisoft

Marc-Alexis Coté n’est pas un inconnu pour les fans d’Assassin’s Creed. Présent chez Ubisoft depuis plus de deux décennies, il a contribué à façonner la série dès ses premières heures, gravissant les échelons jusqu’à devenir en 2022 le responsable de la franchise. Son nom est associé à plusieurs titres majeurs de la saga, notamment Assassin’s Creed Brotherhood, Unity ou encore Origins, et il a joué un rôle central dans l’expansion transmédiatique de la licence. À bien des égards, Coté incarnait une certaine stabilité et une vision à long terme pour une série en constante évolution.

Mais en octobre dernier, sa départ soudain a pris de court observateurs et fans. Annoncé dans un communiqué officiel comme une démission volontaire, ce départ semblait s’inscrire dans une transition naturelle, après une carrière bien remplie. Pourtant, quelques semaines plus tard, la version de Coté jette une ombre sur cette narrative lissée.

Une annonce qui surprend la communauté

L'annonce de son départ a été accueillie avec incrédulité par la communauté. Nombreux étaient ceux qui voyaient en lui l’un des derniers piliers d’une vision cohérente d’Assassin’s Creed, surtout à l’heure où la licence multiplie les projets : Mirage, Hexe, Codename Red, ou encore la plateforme centrale Infinity. Sa sortie de scène posait donc question : pourquoi quitter le navire à un moment aussi stratégique ?

Les réponses ne tarderont pas à venir, mais elles ne seront pas celles que l’on attendait. Coté reviendra sur sa décision de "démission" dans un document juridique, évoquant non pas un départ librement consenti, mais une éviction en douceur, déguisée derrière un vernis de communication bien huilé.

 

Les coulisses du départ : rétrogradation ou manœuvre stratégique ?

Un changement de poste imposé

Derrière les discours policés se cache une mécanique bien plus complexe. Selon les documents produits par Marc-Alexis Coté dans le cadre de sa plainte, son départ n’aurait rien eu de volontaire. Il affirme avoir été progressivement écarté de ses responsabilités, au profit d’une nouvelle organisation mise en place par Ubisoft. En ligne de mire : son remplacement à la tête de la franchise Assassin’s Creed, qu’il supervisait depuis 2022.

Coté aurait été rétrogradé au poste de chef de production, une position subordonnée à un nouveau responsable de franchise qui aurait la charge non seulement d’Assassin’s Creed, mais aussi de Far Cry et Rainbow Six — trois licences désormais regroupées sous la bannière de Vantage Studios, une entité stratégique cofinancée par Tencent.

Pour Coté, cette rétrogradation représente bien plus qu’un simple ajustement hiérarchique : il s’agit d’un désaveu professionnel, doublé d’une marginalisation dans la stratégie globale d’Ubisoft. « Perdre le contrôle créatif d’une série que j’ai contribué à bâtir est tout simplement inacceptable », aurait-il exprimé selon les termes du document juridique.

La restructuration autour de Vantage Studios

Le cœur du problème semble reposer sur la création de Vantage Studios, une structure interne pensée pour centraliser le développement des plus grandes franchises d’Ubisoft. Cette initiative, présentée publiquement comme un moyen d’optimiser la cohérence et la puissance créative des projets AAA, masque peut-être aussi une réorganisation plus brutale que ne le laisse entendre la communication officielle.

La décision de confier l’avenir de ces franchises à un nouvel exécutif semble avoir été prise sans réelle concertation avec Coté. Pire encore, Ubisoft lui aurait proposé de diriger une autre entité créative, cette fois chargée uniquement des licences secondaires du groupe. Une proposition vécue par Coté comme un déclassement : passer de l’avant-scène à l’arrière-boutique, un placard doré sous un autre nom.

Ce repositionnement, combiné à un délai de deux semaines pour accepter ou refuser la nouvelle offre, aurait achevé de convaincre l’ancien cadre qu’il faisait l’objet d’une manœuvre visant à le pousser vers la sortie.

 

La plainte pour licenciement déguisé

Les revendications de Coté : salaires et préjudice moral

Face à ce qu’il considère comme une mise à l’écart soigneusement orchestrée, Marc-Alexis Coté a décidé de saisir la justice. Il réclame à Ubisoft 1,3 million de dollars pour licenciement déguisé, une procédure qui vise à requalifier un départ en apparence volontaire en véritable rupture contractuelle imposée. Cette somme inclut deux années de salaire ainsi que 75 000 dollars de dommages et intérêts moraux.

Cette plainte ne repose pas uniquement sur un changement de poste ou une offre déclinée. Elle s’appuie sur l’idée que Coté n’a pas eu d’autre choix que de partir : soit il acceptait un rôle dégradé, soit il quittait l’entreprise — mais sans les avantages liés à un départ imposé. En faisant passer sa sortie pour une démission, Ubisoft se serait ainsi soustrait à ses obligations, notamment en matière d’indemnités de départ, tout en maintenant une clause de non-concurrence contraignante.

« Cette situation m’a été présentée comme un choix, mais elle ne l’était pas. Refuser de rétrograder, c’était partir sans compensation. C’est une méthode de sortie déguisée. »

Cette stratégie, bien que contestée, n’est pas inédite dans les grandes entreprises où la gestion des ressources humaines s’accompagne souvent de logiques juridiques finement étudiées.

Une pression inacceptable selon l'ex-dirigeant

Au-delà des considérations financières, Coté évoque un enjeu moral et professionnel. Pour lui, il ne s’agit pas simplement de faire valoir ses droits contractuels, mais de dénoncer une pratique managériale abusive. Le court délai de deux semaines imposé par Ubisoft pour se décider, dans un contexte de restructuration rapide et opaque, aurait été vécu comme un moyen de le forcer à démissionner sans en avoir l’air.

Dans son dossier, il évoque une perte de sens, une mise à l’écart délibérée et une rupture de confiance profonde entre lui et la direction d’Ubisoft. La notion de « licenciement déguisé » prend ainsi tout son sens dans ce climat de pression implicite et d'ultimatum déguisé.

Cette procédure pourrait ouvrir la voie à un débat plus large sur les méthodes employées dans le secteur du jeu vidéo pour gérer les hauts profils en période de restructuration. Et si d'autres figures de l'industrie suivaient son exemple ?

 

Le silence d’Ubisoft et ses enjeux juridiques

Ubisoft n’a pas encore réagi publiquement

Jusqu’à présent, Ubisoft est resté silencieux face à la plainte de Marc-Alexis Coté. Aucun communiqué officiel, aucune déclaration dans la presse spécialisée, pas même un commentaire sur les réseaux sociaux. Cette absence de réaction pourrait être stratégique, l’entreprise préférant probablement laisser la justice suivre son cours avant de s’exprimer. Mais ce silence prolongé n’est pas sans risque, surtout dans une industrie où la perception publique et la transparence jouent un rôle crucial.

L’affaire soulève également des questions d’ordre juridique et éthique, en particulier sur la manière dont une entreprise peut gérer la sortie d’un haut cadre sans en assumer publiquement la responsabilité. En laissant entendre qu’il s’agissait d’un départ volontaire, Ubisoft pourrait être accusé de manipuler la communication pour éviter un scandale interne, tout en s’épargnant les coûts liés à un licenciement formel.

Des conséquences potentielles pour l’image de l’éditeur

Au-delà du dossier judiciaire, cette affaire pourrait avoir un impact non négligeable sur l’image de l’éditeur. Ubisoft, déjà secoué ces dernières années par plusieurs polémiques internes liées à sa culture d’entreprise, voit de nouveau son nom associé à des pratiques managériales contestées.

Si la plainte venait à être reconnue par la justice comme fondée, elle pourrait renforcer les critiques déjà formulées contre la gouvernance d’Ubisoft. Les conséquences ne se limiteraient pas au simple règlement d’un litige financier : elles pourraient raviver les appels à une refonte de la gestion RH et de la culture d’entreprise du groupe, notamment en matière de transparence et de reconnaissance professionnelle.

Enfin, dans une industrie où les talents sont rares et la concurrence rude, un tel conflit pourrait également influencer la perception des développeurs et cadres vis-à-vis d’Ubisoft en tant qu’employeur. Un paramètre que l’éditeur ne peut ignorer à l’heure où il cherche à relancer plusieurs de ses licences majeures.

 


En quelques mots

L'affaire opposant Marc-Alexis Coté à Ubisoft dépasse le simple contentieux entre un cadre et son employeur. Elle met en lumière les tensions internes au sein de l’un des plus grands éditeurs de jeux vidéo du monde, à un moment où la gestion des talents et des franchises devient plus stratégique que jamais. Derrière les annonces lissées et les restructurations bien emballées, se cachent parfois des réalités beaucoup plus brutales.

Le recours à la justice pour dénoncer un « licenciement déguisé » pourrait faire jurisprudence dans un secteur où la pression est forte et la rotation des postes fréquente. Ubisoft, en choisissant pour l’instant de garder le silence, joue une carte risquée sur le plan de l’image et de la confiance de ses collaborateurs. Quant à Coté, il est désormais engagé dans un combat qui pourrait avoir des répercussions bien au-delà de sa propre trajectoire.

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Ubisoft

Líder mundial en videojuegos, creador de franquicias icónicas como Assassin's Creed y Far Cry, ofreciendo experiencias inmersivas e innovadoras.

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