Anchor Point Studios devient indépendant: la nouvelle étape après NetEase

AutorArtículo escrito por Vivien Reumont
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Fecha de publicación18/02/2026

En à peine quelques années d’existence, Anchor Point Studios est passé du statut de “nouveau label sous parapluie” à celui de studio indépendant — un pivot majeur, surtout quand on sait à quel point le financement, la structure et la visibilité sont des carburants précieux pour une équipe encore en pleine construction. Né officiellement en 2023, le studio dirigé par Paul Ehreth (passé notamment par Remedy et Smilegate Barcelona) se positionne sur un terrain très disputé : l’action-aventure sur PC et consoles, le genre où les attentes des joueurs sont aussi élevées que la liste des jeux “à finir un jour”.

 

Un studio né sous l’ombrelle NetEase, mais avec une identité claire

Anchor Point Studios : genèse, implantations et promesse “console & PC”

Quand NetEase Games annonce la création d’Anchor Point Studios en 2023, le message est limpide : il ne s’agit pas d’un “petit labo” discret, mais d’une équipe pensée pour viser large. Anchor Point se présente comme un studio AAA/AA ambitieux, avec une implantation annoncée à Barcelone et Seattle — un duo géographique qui, sur le papier, coche plusieurs cases : vivier de talents européens d’un côté, proximité avec un écosystème nord-américain de l’autre, et au milieu une organisation qui doit réussir l’équilibre (recrutement, pipelines, fuseaux horaires… le vrai boss final).

Sur le positionnement, Anchor Point ne joue pas à cache-cache : action-aventure, PC et consoles, et une volonté de proposer des expériences qui misent autant sur l’immersion que sur le “rythme” — ce mélange de narration, de sensations manette en main et de systèmes de jeu suffisamment solides pour éviter l’effet “joli mais creux”. Au moment de l’annonce, aucun titre n’est réellement détaillé au public, mais la promesse est celle d’un studio construit pour produire un projet d’envergure, pas un prototype destiné à finir sur un disque dur marqué “final_v12_definitif_vraiment”.

Paul Ehreth : parcours, culture de production et ADN action-aventure

Le choix de Paul Ehreth à la tête du studio n’est pas anodin. Son profil renvoie à une culture de production où le game feel, la direction de design et la cohérence globale du projet comptent autant que le trailer “qui claque”. Son parcours inclut un passage chez Remedy (avec une expérience sur des productions associées à Control et Alan Wake 2, selon les présentations publiées à l’époque), ainsi qu’une expérience chez Smilegate Barcelona sur un projet non annoncé. Ce type de trajectoire raconte quelque chose d’important : Anchor Point s’est construit avec une ambition de jeu premium (PC/console), là où les réalités industrielles des grands groupes peuvent parfois pousser vers des modèles plus orientés volume.

Ce n’est pas une garantie de chef-d’œuvre — rien ne l’est — mais c’est un indice sur l’ADN recherché : une aventure action lisible, spectaculaire, et pensée pour tenir la longueur. Et dans un marché où “action-aventure” signifie autant “monde ouvert de 120 heures” que “campagne dense et maîtrisée”, la direction créative devient rapidement un sujet central, surtout quand la structure financière change.

Pourquoi NetEase créait ce type de studios en 2023

En 2023, l’industrie est dans une phase étrange : d’un côté, la quête du AAA global n’a jamais été aussi forte ; de l’autre, les coûts explosent, les calendriers s’allongent, et la compétition pour l’attention est féroce. Pour un acteur comme NetEase, s’entourer de studios occidentaux (ou en créer) permet d’élargir son empreinte créative, de toucher des publics différents et de se positionner sur des genres “premium” très porteurs sur consoles et PC.

Anchor Point s’inscrivait dans cette logique : bâtir une équipe avec des vétérans, lui donner une base solide, puis la laisser développer un projet capable de se faire une place dans la cour des grands. Sur le papier, c’est rationnel. Dans la pratique, c’est une équation qui dépend d’innombrables variables : stabilité du financement, alignement stratégique, tolérance au risque, et capacité à absorber les inévitables turbulences de production. Spoiler : ces turbulences arrivent toujours. Même quand tout le monde a juré que “cette fois, le scope est verrouillé”.

 

La séparation : ce qui est confirmé, et ce qui ne l’est pas

La prise de parole sur LinkedIn : ce qui est dit (sans analyse)

Le changement de statut d’Anchor Point Studios est confirmé par une publication de Paul Ehreth sur LinkedIn : le studio “transitionne” pour fonctionner en tant que studio indépendant. Le message insiste sur l’importance du moment et l’état d’esprit affiché : optimisme, clarté, enthousiasme pour la suite. Il précise également que l’indépendance doit permettre de mieux affiner la vision du studio et de poursuivre de nouveaux partenariats alignés avec ses ambitions créatives. Enfin, le texte souligne que l’équipe reste motivée et profondément engagée dans le développement du jeu en cours.

“We will be transitioning to operate as an independent studio.”
Nous allons transitionner pour opérer en tant que studio indépendant.

“This is a significant change for us, but one that we’re approaching with optimism, clarity, and excitement for what’s ahead.”
C’est un changement important pour nous, mais que nous abordons avec optimisme, lucidité et enthousiasme pour la suite.

Le message contient aussi des remerciements envers NetEase pour le soutien apporté, et évoque le fait que le studio discute actuellement avec des investisseurs et partenaires potentiels.

“Indépendant”, concrètement : ce que le studio annonce vs ce qui n’est pas précisé

Ce qui est annoncé, c’est le statut : Anchor Point Studios fonctionne désormais sans être sous l’ombrelle directe de NetEase. Dit autrement, le studio se présente comme autonome dans sa structure. Ce que cela implique concrètement — parts détenues, conditions de séparation, transferts de propriété intellectuelle, clauses de publication, continuité des contrats — n’est pas détaillé publiquement dans le message.

Et c’est normal : ce type d’information appartient souvent aux accords internes et aux négociations en cours. L’important, ici, c’est de comprendre ce que le studio met en avant, noir sur blanc : une vision créative à affiner, des partenariats à construire, et un développement qui continue. À ce stade, aucune “promesse produit” précise n’est formulée au public (pas de fenêtre de sortie, pas de plateformes confirmées au-delà du positionnement PC/console déjà connu, pas de titre, pas de gameplay officiel détaillé).

On peut donc résumer sans extrapoler : Anchor Point change de cadre, mais affirme continuer à avancer sur son projet, avec l’objectif de se doter d’un nouvel écosystème de soutien (financement, publishing, partenariats de production).

Ce qu’on ignore encore : calendrier, éditeur, financement, scope du projet

En revanche, plusieurs points restent dans le brouillard — et c’est précisément là que beaucoup d’équipes se jouent leur avenir :

  • Quel modèle de financement pour la suite ? (investissement, publishing deal, co-développement, mix de plusieurs sources)
  • Quelle “runway” (durée de survie financière) pour tenir jusqu’au prochain jalon majeur ?
  • Quel éditeur ou partenaire de publication, si publication externe il y a ?
  • Quel état d’avancement réel du jeu : préproduction avancée, production déjà lancée, vertical slice, ou phase d’itérations encore flexible ?
  • Quel scope : le projet reste-t-il inchangé ou a-t-il été réévalué pour s’adapter au nouveau contexte ?

Le studio dit être en discussion avec des investisseurs/partenaires, mais ne détaille pas la nature des échanges. On sait donc Anchor Point veut aller (continuer le jeu, construire des partenariats), sans savoir encore comment la route sera financée et balisée.

 

Les enjeux business derrière l’indépendance

Argent, runway, recrutement : le nerf de la guerre pour un jeune studio

L’indépendance, dans le jeu vidéo, c’est souvent un mot à double face : plus de contrôle, mais aussi plus de responsabilités. Pour un studio récent, le vrai sujet n’est pas seulement “qui décide”, c’est surtout “qui paie”, “combien de temps”, et “à quelles conditions”. La production d’un action-aventure PC/console demande des équipes pluridisciplinaires, des outils, des prestataires, du QA, du temps… et donc une trésorerie capable d’absorber les imprévus (et il y en a : performance, contenu, dettes techniques, pipelines art qui prennent du retard, etc.).

L’annonce de discussions avec des investisseurs/partenaires place donc Anchor Point dans un moment délicat mais très courant : convertir une vision en plan finançable. Il faut prouver que le studio sait exactement ce qu’il construit, dans quel calendrier, avec quelle différenciation, et à quel coût. Et il faut le prouver sans “survendre” — parce que l’industrie a la mémoire longue, et qu’un projet qui promet la lune pour livrer un caillou finit rarement bien, même si le caillou est en 4K.

Investisseurs et partenaires : quelles options réalistes côté industrie

Sans entrer dans la spéculation sur des noms (il n’y en a pas publiquement), on peut décrire les routes typiques qui s’ouvrent à un studio dans cette situation :

  • Accord avec un éditeur : financement contre droits de publication (par régions, plateformes, ou globalement), avec des jalons, un accompagnement marketing, et parfois une influence sur le scope.
  • Investissement minoritaire : injection de capital sans prise de contrôle totale, en échange de parts et d’objectifs de croissance.
  • Co-développement : partenariat avec un autre studio/éditeur pour partager les coûts et les compétences (par exemple, support sur le multijoueur, le portage console, l’optimisation).
  • Mix financement + publishing : un investisseur pour stabiliser la structure, un éditeur pour porter le lancement.

Dans tous les cas, Anchor Point doit concilier deux exigences qui se contredisent parfois : sécuriser les moyens et préserver l’identité. Et ce n’est pas qu’une question artistique : c’est aussi une question de marque. Un studio qui annonce vouloir “affiner sa vision” va être attendu au tournant si, six mois plus tard, le projet devient soudain un “service game” parce que quelqu’un a décidé que les battle pass faisaient plus joli dans un tableur.

Le rapport de force créatif : quand l’indépendance devient un positionnement

Au-delà des contrats, l’indépendance est aussi un message. Dans un marché saturé, où les studios se ressemblent parfois dans leurs pitch decks, annoncer “nous sommes indépendants” peut être une manière de dire : notre jeu ne sera pas un produit calibré par comité. Attention : ce n’est pas une garantie, juste une intention. Mais l’intention compte, car elle structure la communication, le recrutement et la relation au public.

Pour un studio comme Anchor Point, se positionner comme indépendant peut aussi servir à attirer des talents : certains profils recherchent précisément un contexte où la direction créative est plus directe, où les décisions sont plus rapides, où les boucles d’itération ne passent pas par quinze étages de validation. Là encore, c’est une promesse exigeante : plus d’agilité, oui, mais aussi plus de pression, car l’équipe ne peut plus se reposer sur un grand groupe pour amortir les chocs.

Si l’indépendance est bien gérée, elle peut devenir un avantage compétitif : un studio plus petit, plus concentré, capable d’exécuter une vision claire avec moins de compromis. Si elle est mal gérée, elle peut se transformer en course contre la montre. Le même mot, deux réalités.

 

Côté joueurs : quelles conséquences pour le jeu en développement ?

Production et rythme : risques possibles vs continuité affichée

Du point de vue des joueurs, la première question est simple : est-ce que le jeu est en danger ? La communication du studio affirme au contraire une continuité : l’équipe se dit motivée et engagée, et parle du projet comme d’un jeu “exceptionnel” en construction. Mais même avec la meilleure volonté du monde, un changement de structure peut impacter la production de façon très concrète : budgets revalidés, priorités réorganisées, jalons redéfinis, et parfois ajustements d’équipe.

Le scénario le plus classique dans ce type de transition, c’est une période de stabilisation : le studio continue d’avancer, mais doit en parallèle sécuriser ses accords. Cela peut ralentir certaines décisions ou pousser à prioriser les tâches qui rendent le projet “montrable” (vertical slice, démo interne, prototypes avancés). Parce qu’un futur partenaire ne finance pas une idée abstraite : il finance un plan, un pipeline et une équipe qui maîtrise ses risques.

L’autre possibilité, plus positive, c’est que l’indépendance accélère l’exécution : moins d’interfaces, moins de validations, une ligne directe entre direction et production. Dans les deux cas, une chose est certaine : le rythme public (annonces, trailers, détails) dépendra fortement de l’avancée des discussions évoquées par le studio.

Vision créative : “affiner” sans tout re-scoper

L’expression “affiner la vision” est intéressante parce qu’elle peut recouvrir des réalités très différentes. Parfois, affiner veut dire : clarifier les piliers, couper ce qui n’apporte pas assez, renforcer ce qui fait la singularité. D’autres fois, c’est un euphémisme poli pour “on a revu le scope parce que le contexte a changé”. Anchor Point, publiquement, reste sur une formulation positive et volontaire : l’indépendance ouvre l’opportunité de mieux se concentrer et de trouver des partenaires alignés avec ses ambitions créatives.

Pour un action-aventure, “affiner” peut être bénéfique si cela évite la dispersion. Beaucoup de projets se cassent la figure non pas parce qu’ils manquent d’idées, mais parce qu’ils en ont trop : trop de systèmes, trop de biomes, trop de features, et au final un cœur de jeu qui manque de netteté. Si Anchor Point transforme ce moment en opération de précision — consolider l’identité, verrouiller les piliers, construire une boucle de gameplay robuste — le changement de statut pourrait devenir un levier.

Mais la prudence s’impose : sans informations supplémentaires, impossible de savoir si l’affinage est une optimisation fine… ou une refonte plus lourde. Ce qui compte, c’est que le studio affirme que l’équipe reste engagée dans le développement du jeu. Pour le public, c’est un signal de continuité, même si les coulisses restent invisibles.

Communication : informer sans surpromettre

L’autre enjeu côté joueurs, c’est la confiance. Dans l’industrie, on a tous vu des studios annoncer “tout va bien” puis disparaître, ou au contraire rester silencieux pendant des années avant de revenir avec une démo solide. La bonne communication, ici, n’est pas forcément “en dire beaucoup” : c’est en dire juste assez, au bon moment, sans se piéger dans des promesses.

Anchor Point, pour l’instant, adopte une posture classique et plutôt saine : annoncer un changement structurel important, rassurer sur la motivation et la continuité du projet, remercier le partenaire précédent, et signaler l’ouverture à de nouveaux partenariats. C’est sobre, factuel, et cela évite l’écueil du “teasing” vide.

La suite dépendra de la capacité du studio à ancrer ce récit dans des éléments tangibles : une première image de production, une direction artistique, une promesse de gameplay, ou au minimum une identité claire. Parce que sur le terrain de l’action-aventure, le public pardonne beaucoup de choses — sauf l’absence de cap.

 


En quelques mots

Anchor Point Studios, créé en 2023 sous l’égide de NetEase Games, annonce désormais opérer en tant que studio indépendant via une prise de parole de Paul Ehreth, qui souligne la continuité du développement et l’ouverture à de nouveaux investisseurs et partenaires. Pour l’industrie, c’est un cas d’école des réalités actuelles : l’ambition créative doit s’adosser à un modèle de financement robuste, surtout sur PC et consoles. Pour les joueurs, le message principal est simple : le projet continue — et la prochaine étape consistera à voir comment le studio transforme cette indépendance en trajectoire concrète, sans perdre l’identité qu’il revendique.

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