Steam change sa politique: signalement IA réservé au contenu visible

AuthorArticle written by Vivien Reumont
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Publication date19/01/2026

L’intelligence artificielle s’est rapidement immiscée dans tous les domaines du développement vidéoludique, et la plateforme Steam, véritable carrefour mondial pour les jeux PC, n’a pas échappé à cette révolution. Depuis 2024, les développeurs sont tenus de déclarer l’usage d’outils d’IA dans la conception de leurs jeux. Mais alors que cette obligation faisait débat, Valve a récemment décidé de revoir sa copie en ajustant sa politique.

Ce changement marque une étape importante dans la façon dont les plateformes abordent la transparence technologique, tout en essayant de ne pas freiner l’innovation. Désormais, seuls certains usages de l’IA devront être signalés, un ajustement qui soulève à la fois des espoirs, des critiques et beaucoup de questions.

Plongeons ensemble dans les dessous de cette décision, ses implications concrètes, et ce qu’elle révèle sur l’évolution du rapport entre l’IA, les créateurs et les joueurs.

 

Contexte : La politique initiale de Steam sur l’IA

L’apparition de l’obligation de signalement (2024)

En 2024, Steam a franchi une étape inédite dans la régulation des outils technologiques utilisés par les développeurs. Face à l’émergence rapide de l’intelligence artificielle dans les pipelines de production, Valve a imposé une nouvelle obligation de transparence : tout studio souhaitant publier un jeu sur Steam devait indiquer s’il avait utilisé l’IA à un quelconque moment du développement.

Cette décision visait à répondre aux inquiétudes croissantes autour de l’authenticité des créations numériques. Elle faisait également écho à des débats publics sur la propriété intellectuelle et l’utilisation d’outils génératifs pouvant imiter voire plagier des œuvres existantes. Steam ne voulait pas être le théâtre d'une prolifération de jeux IA aux origines floues, ni être accusé de complicité en cas d’abus.

"Le but n’était pas d’interdire l’IA, mais de s’assurer que les utilisateurs savent ce qu’ils consomment." — Extrait d’une déclaration de Valve à l’époque.

Objectifs et enjeux pour Valve et les développeurs

Cette politique répondait à plusieurs objectifs :

  • Informer les consommateurs sur la nature du contenu qu’ils achètent.
  • Protéger la plateforme contre d’éventuels litiges juridiques (droit d’auteur, contenus non vérifiés…).
  • Encourager une IA éthique, en responsabilisant les studios.

Cependant, cette exigence n’était pas sans créer des tensions chez les développeurs, notamment indépendants. Beaucoup jugeaient cette politique floue, ne sachant pas s’ils devaient signaler un simple prompt dans Midjourney ou l’usage d’une aide à la programmation comme GitHub Copilot. La conséquence directe ? Une large sous-déclaration ou confusion dans les signalements, avec seulement 1 000 jeux estampillés « IA » en 2024, un chiffre ridiculement bas face à la réalité du marché.

 

Ce qui change exactement dans la nouvelle politique

L’assistance au codage n’est plus à signaler

La grande nouveauté introduite par Valve réside dans une différenciation claire entre les usages internes de l’IA et ceux visibles par les joueurs. Concrètement, les développeurs ne sont plus tenus de déclarer l'utilisation d'intelligences artificielles lorsqu’elles interviennent en coulisses, par exemple pour :

  • la génération de code (via GitHub Copilot, Tabnine, etc.),
  • l’aide à la création d’assets internes non intégrés tels quels dans le jeu,
  • ou encore l'automatisation de tâches de production.

Cette évolution vise à alléger la charge administrative pour les studios tout en recentrant la régulation sur ce qui touche directement l'expérience utilisateur. En somme, Valve considère que ce qui se passe dans la "cuisine du développeur" n’a pas besoin d’être affiché au menu, tant que le plat final reste conforme aux standards.

Le signalement obligatoire : contenu généré, pages Steam et marketing

En revanche, la vigilance s’intensifie sur le contenu visible. Toute utilisation de l’IA pour générer :

  • des images, textes ou sons intégrés dans le jeu,
  • des éléments graphiques ou descriptifs sur la page Steam du jeu,
  • ou du contenu de la campagne marketing (comme des vidéos promotionnelles IA),

doit désormais être clairement signalée.

Valve impose aussi un avertissement spécifique si le jeu contient des éléments IA qui évoluent ou se créent dynamiquement pendant la partie, par exemple des dialogues ou missions générés à la volée.

"Ce changement nous permet de rester transparents vis-à-vis des joueurs, tout en ne surchargant pas inutilement les développeurs honnêtes." — Valve, à propos de la mise à jour de politique.

Cette nuance entre les usages internes et visibles de l’IA a été saluée par certains studios, mais continue d’en inquiéter d’autres, notamment autour de la définition exacte de ce qui doit être déclaré.

 

Données et tendances : l’essor des jeux IA sur Steam

Comparaison chiffres 2024 vs 2025

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2024, seuls 1 000 jeux mentionnaient l’utilisation de l’IA sur leur fiche Steam. Un nombre dérisoire, surtout lorsqu’on considère la prolifération des outils d’intelligence artificielle dans les pipelines de production.

Mais dès l’entrée en vigueur de la première vague de signalement obligatoire, le paysage a changé brutalement. Au cours des six premiers mois de 2025, le nombre de jeux ayant déclaré l’usage de l’IA a bondi à près de 8 000. Une multiplication par huit en à peine quelques mois.

Cette hausse brutale ne reflète pas uniquement un engouement soudain pour l’IA, mais plutôt une meilleure conformité des développeurs aux nouvelles règles. Beaucoup ont mis à jour leurs fiches ou ont été contraints de jouer la carte de la transparence pour éviter d’éventuelles sanctions.

Pourquoi ce changement a-t-il eu lieu selon les données ?

Cette explosion des signalements a mis en lumière deux choses :

  1. L’usage de l’IA était déjà généralisé bien avant 2025, mais caché ou mal déclaré.
  2. La politique initiale de Valve était perçue comme floue, menant à une hétérogénéité dans les pratiques de signalement.

Les discussions sur les forums de développeurs comme Reddit ou Dev.to ont souvent pointé du doigt la difficulté à savoir ce qui devait réellement être déclaré, rendant la politique difficile à appliquer de façon cohérente.

Valve semble avoir entendu ces critiques. En clarifiant sa politique, la plateforme cherche à instaurer une standardisation et à éviter le "bricolage réglementaire", tout en s’adaptant à une industrie en mutation constante.

 

Conséquences pour les développeurs indépendants et les studios

Allègement des contraintes ou confusion accrue ?

Pour les développeurs, cette mise à jour de la politique est une lame à double tranchant. D’un côté, l’abandon du signalement pour l’usage en interne de l’IA représente un véritable soulagement, en particulier pour les petits studios. Ces derniers utilisent de plus en plus des outils comme ChatGPT pour la narration, Midjourney pour le prototypage visuel ou Copilot pour booster la productivité, sans que ces éléments ne soient visibles directement dans le jeu.

"On peut enfin respirer : on n’a plus peur d’être rejeté juste parce qu’on a généré un squelette de code avec une IA." — développeur indépendant sur un forum Unity.

Mais de l’autre côté, la définition des contenus à signaler reste floue pour certains. Quid d’un artwork généré par IA, retouché ensuite manuellement ? Ou d’un scénario partiellement coécrit par un modèle de langage ? Cette zone grise laisse encore place à l’interprétation… et donc à l’erreur potentielle.

Réactions de la communauté dev

La communauté de développement est partagée :

  • Les grands studios y voient une opportunité de gagner en efficacité sans se heurter à des barrières de conformité trop lourdes.
  • Les indépendants, souvent plus créatifs et moins formés juridiquement, s’interrogent sur les limites exactes.

Certains appellent à une plateforme d’aide officielle de Steam pour clarifier les cas limites. D’autres redoutent que cette politique, même allégée, puisse servir à exclure des jeux jugés trop “artificiels”, renforçant une certaine stigmatisation du contenu IA.

Dans l’ensemble, cette politique crée un écosystème plus mature mais encore instable, où la liberté d’innover se mêle à la prudence juridique.

 

Perspectives : l’avenir de l’IA dans l’industrie du jeu

Autres plateformes pourraient-elles suivre ?

Steam est souvent considérée comme une référence du marché PC, et ses décisions influencent inévitablement les concurrents. Avec cette nouvelle politique sur le signalement de l’IA, une question majeure se pose : Epic Games Store, GOG, itch.io ou même les stores console vont-ils emboîter le pas ?

Pour l’instant, peu de plateformes ont adopté une approche aussi structurée. Itch.io laisse une liberté quasi totale à ses créateurs, tandis que l’Epic Games Store reste discret sur le sujet. Mais face à la montée en puissance des contenus générés par IA et aux potentielles polémiques associées, il est probable qu’une standardisation sectorielle finira par voir le jour, peut-être sous l’impulsion de Valve.

Le précédent posé par Steam pourrait ainsi devenir un cadre de référence, même pour les autorités de régulation, dans un futur où l’IA prendra de plus en plus de place.

Éthique et transparence autour du contenu IA

Derrière ces ajustements politiques se cache un débat plus profond : quelle place accorde-t-on à la transparence dans la création artistique ?

Certains joueurs rejettent d’emblée les jeux utilisant de l’IA, y voyant un affaiblissement de la touche humaine. D’autres au contraire y voient un outil de créativité inégalée. Cette divergence pousse les studios à faire des choix de communication délicats :

  • Doit-on revendiquer l’usage de l’IA comme un avantage technologique ?
  • Ou au contraire, minimiser son rôle pour ne pas froisser les puristes ?

La nouvelle politique de Steam tente un équilibre fragile : elle encourage l’honnêteté sans pénaliser l’innovation, mais laisse encore une large part à l’interprétation. À terme, il ne serait pas étonnant de voir émerger des labels de transparence IA, voire des classifications dédiées, pour répondre à ces nouvelles attentes.

 


En quelques mots

La modification de la politique de Steam sur l'utilisation de l'IA par les développeurs marque un tournant important dans l'équilibre entre innovation technologique et transparence. En choisissant de ne plus exiger de déclaration pour l'usage d'IA en coulisses, Valve soulage une partie de l'industrie tout en recentrant les obligations sur ce qui impacte directement l'expérience des joueurs.

Mais cette avancée soulève autant de questions que de solutions. Si certains y voient un pas vers une meilleure intégration de l’IA dans les processus créatifs, d’autres s’inquiètent du manque de clarté et des dérives possibles.

À l’heure où l’intelligence artificielle devient une alliée incontournable dans la création vidéoludique, la régulation de son usage est plus que jamais un enjeu stratégique, éthique et commercial. Steam a posé la première pierre. Reste à voir comment le reste de l’industrie répondra.

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