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Business et marché

DON'T NOD en difficulté: l'échéance de janvier 2027

DON'T NOD fait face à une crise financière majeure: trésorerie en baisse, jusqu'à 90 postes menacés et continuité incertaine après janvier 2027.

Visuel promotionnel du studio DON'T NOD, dont le logo blanc et turquoise apparaît au centre. Quatre illustrations de jeux sont juxtaposées en diagonale, montrant plusieurs protagonistes dans des univers réalistes, fantastiques et colorés.

DON'T NOD traverse une nouvelle zone de turbulences, et cette fois la question dépasse les performances commerciales de ses derniers jeux. Le studio français à l'origine de Life is Strange, Jusant ou Lost Records: Bloom & Rage reconnaît désormais une incertitude significative concernant la continuité de son exploitation au-delà du 31 janvier 2027. Il ne s'agit donc pas d'une fermeture officiellement programmée à cette date, mais d'un horizon financier critique. Face à une activité en net recul, à une trésorerie qui diminue rapidement et à des financements devenus plus difficiles à sécuriser, DON'T NOD prépare une transformation profonde de son organisation française. Celle-ci pourrait entraîner la suppression de jusqu'à 90 postes et le recentrage du studio autour d'une seule ligne de production.

 

DON'T NOD fait face à une échéance financière critique en janvier 2027

Une activité économique en chute de 56 % au premier semestre 2026

Les difficultés financières de DON'T NOD apparaissent clairement dans les chiffres du premier semestre 2026. Entre janvier et juin, le groupe a enregistré 6,064 millions d'euros de chiffre d'affaires, contre 7,048 millions un an auparavant, soit une baisse de 14 %. Les ventes ont surtout reculé, passant de 6,589 millions à 3,460 millions d'euros. Elles comprennent notamment une partie des revenus associés à l'arrivée de Lost Records: Bloom & Rage dans PlayStation Plus et Xbox Game Pass, les premières ventes d'Aphelion ainsi que celles du catalogue existant.

Le décrochage est encore plus visible lorsque DON'T NOD prend en compte l'ensemble de ses produits d'exploitation économiques. Ceux-ci passent de 13,895 millions d'euros au premier semestre 2025 à seulement 6,064 millions un an plus tard, ce qui représente une chute de 56 %. Cette différence s'explique notamment par l'absence de production immobilisée au premier semestre 2026, alors que celle-ci représentait 6,847 millions d'euros sur la période comparable de 2025. DON'T NOD indique notamment que les coûts de production d'Aphelion et du projet P14 ne sont pas immobilisés dans ses comptes semestriels.

L'EBITDA économique plonge à -4,3 millions d'euros

Cette faiblesse des revenus ne permet pas au groupe de couvrir ses charges d'exploitation courantes. L'EBITDA économique de DON'T NOD ressort ainsi à -4,3 millions d'euros sur les six premiers mois de 2026. La dégradation est importante puisque cet indicateur affichait déjà une perte de 2 millions d'euros au premier semestre 2025. Le second semestre de cette même année avait ensuite été encore plus difficile, avec un EBITDA économique de -10,3 millions d'euros selon les données communiquées par l'entreprise.

Le problème n'est donc plus seulement de savoir si un nouveau jeu parviendra à rencontrer son public. DON'T NOD doit également réduire suffisamment ses dépenses pour adapter sa structure à des revenus actuellement trop faibles. L'entreprise décrit elle-même un marché où les financements sont devenus plus sélectifs et où l'accès aux ressources nécessaires au développement de nouvelles productions s'est compliqué. Dans une industrie où plusieurs années peuvent séparer le lancement d'un projet de ses premiers revenus significatifs, cette situation pèse directement sur la capacité du studio à préparer son catalogue futur.

Une trésorerie tombée à 8 millions d'euros fin juillet

La trésorerie constitue désormais le principal compte à rebours. DON'T NOD disposait encore de 15,4 millions d'euros de trésorerie brute au 31 décembre 2025. Ce montant était descendu à 9,8 millions fin juin 2026, puis à seulement 8 millions d'euros à la fin du mois de juillet. La diminution est rapide et intervient alors que le studio doit toujours financer son fonctionnement et ses productions futures.

C'est dans ce contexte que la date du 31 janvier 2027 apparaît. DON'T NOD ne déclare pas que ses bureaux fermeront automatiquement leurs portes ce jour-là. Le groupe précise que la poursuite de son activité dépend en partie de financements externes et estime que cette situation fait peser une incertitude significative sur la continuité d'exploitation au-delà de cette échéance. Autrement dit, le studio dispose encore de leviers et de plusieurs mois pour agir, mais il doit trouver des ressources supplémentaires ou réduire suffisamment ses besoins pour éviter que son horizon financier ne devienne une véritable date butoir.

 

Jusqu'à 90 postes pourraient disparaître chez DON'T NOD en France

Le studio veut se recentrer sur une seule ligne de production

Pour réduire ses coûts, DON'T NOD prépare un changement important de son organisation française. L'entreprise veut désormais recentrer ses activités autour d'une ligne de production unique, capable à la fois de mener la production principale et de conserver les compétences nécessaires au démarrage de futurs projets avant que le jeu en cours soit terminé. Cette organisation doit, selon la direction, maintenir un pipeline de productions tout en limitant la dispersion des ressources.

Le changement est considérable pour un studio qui a développé ou édité plusieurs productions simultanément ces dernières années. Il traduit surtout la nouvelle priorité imposée par la situation financière: engager moins de capitaux en parallèle et concentrer les équipes sur un nombre plus limité de projets. DON'T NOD souhaite ainsi améliorer l'allocation de ses ressources, clarifier les responsabilités et concentrer davantage ses expertises sur ses productions jugées prioritaires. Le défi sera de conserver suffisamment de compétences pour préparer l'avenir sans recréer la structure de coûts que le groupe cherche aujourd'hui à réduire.

Un plan de sauvegarde de l'emploi encore soumis à consultation

Cette transformation pourrait avoir des conséquences directes sur l'emploi. DON'T NOD envisage un ajustement de ses effectifs en France susceptible d'aboutir à la suppression de jusqu'à 90 postes. Le nombre définitif n'est toutefois pas arrêté à ce stade. Le 1er septembre 2026, la direction avait annoncé l'ouverture de la procédure d'information et de consultation du Comité social et économique préalable à la mise en œuvre éventuelle d'un plan de sauvegarde de l'emploi. Des négociations ont également été ouvertes avec l'organisation syndicale représentative.

Le conseil d'administration a depuis validé l'initiation du projet de transformation, mais le processus social doit encore suivre son cours. Il serait donc prématuré de présenter les 90 suppressions comme déjà réalisées. DON'T NOD parle d'un maximum pouvant être concerné dans le cadre du dispositif envisagé. Derrière les chiffres financiers se trouve ainsi une nouvelle période d'incertitude pour les salariés français du groupe, alors même que l'entreprise avait déjà engagé des mesures de réduction de ses coûts au cours des exercices précédents.

La réduction des coûts devient indispensable à la poursuite de l'activité

La direction ne présente plus cette restructuration comme une simple opération destinée à améliorer les marges. Elle la rattache directement à la nécessité de préserver les activités du studio. Oskar Guilbert, président-directeur général de DON'T NOD, reconnaît ainsi que les mesures envisagées seront difficiles pour les salariés concernés.

« Ce projet est néanmoins indispensable pour assurer la poursuite des activités de la Société. » Oskar Guilbert, président-directeur général de DON'T NOD.

Cette déclaration mesure l'ampleur de la situation. Le studio doit simultanément réduire ses dépenses, protéger les projets encore susceptibles de générer des revenus et convaincre de nouveaux partenaires de participer au financement de ses productions. Une restructuration peut prolonger l'horizon financier en diminuant les sorties de trésorerie, mais elle ne crée pas à elle seule les revenus nécessaires au développement de futurs jeux. Pour DON'T NOD, le véritable enjeu est donc double: devenir plus léger tout en conservant les moyens de produire suffisamment pour alimenter son activité dans les prochaines années.

 

Les difficultés de DON'T NOD ne commencent pas en 2026

Une consommation de trésorerie déjà importante en 2025

L'alerte de septembre 2026 s'inscrit dans une dégradation financière amorcée bien avant l'été. DON'T NOD avait terminé l'exercice 2025 avec une perte nette consolidée de 35,7 millions d'euros, même si celle-ci était inférieure aux 64,3 millions perdus en 2024. Son EBITDA économique avait atteint -12,3 millions d'euros sur l'ensemble de 2025. Dans le même temps, la trésorerie brute était passée de 32,9 millions d'euros fin 2024 à 15,4 millions un an plus tard.

DON'T NOD indiquait alors avoir consommé 17,4 millions d'euros de trésorerie au cours de l'année 2025, contre 21,9 millions en 2024. La société avait déjà prévenu en avril 2026 que la continuité de son exploitation dépendait partiellement de la mise en place de financements externes, notamment pour couvrir ses besoins d'activité et le développement de ses projets. L'échéance du 31 janvier 2027 figurait donc déjà dans les résultats annuels publiés plusieurs mois avant l'annonce du nouveau projet de transformation.

Lost Records, Aphelion et les nouveaux projets n'ont pas suffi à écarter le risque

L'exercice 2025 avait pourtant marqué un rebond du chiffre d'affaires, multiplié par plus de quatre pour atteindre 13,7 millions d'euros. Cette progression provenait notamment de Lost Records: Bloom & Rage, du catalogue existant et des revenus de développement obtenus dans le cadre d'un partenariat avec Netflix. Mais l'amélioration du chiffre d'affaires n'a pas suffi à rétablir l'équilibre financier du groupe. Les produits d'exploitation économiques avaient même reculé de 13 % sur l'ensemble de l'année.

En 2026, Aphelion est venu compléter le catalogue. Ses premières ventes contribuent aux 3,46 millions d'euros de revenus issus des ventes enregistrées au premier semestre, mais elles n'ont pas empêché la forte contraction de cette activité par rapport à 2025. De son côté, l'équipe de Montréal poursuit le développement d'un jeu narratif reposant sur une propriété intellectuelle majeure de Netflix. Ce contrat génère des revenus de développement, qui ont atteint 2,604 millions d'euros au premier semestre. Cette diversification apporte donc des recettes, sans être encore suffisante pour absorber l'ensemble des besoins du groupe.

Les financements externes deviennent déterminants pour l'avenir du studio

Le projet P14 illustre particulièrement cette dépendance. DON'T NOD expliquait déjà dans ses résultats 2025 poursuivre des discussions en vue de sa coproduction afin d'en sécuriser le développement. Au premier semestre 2026, les dépenses associées à ce projet ne remplissent toujours pas le critère permettant leur activation comptable, la capacité de financement n'étant pas considérée comme sécurisée malgré des marques d'intérêt. Le groupe doit donc trouver des partenaires ou d'autres sources de financement dans un marché qu'il décrit comme nettement plus sélectif.

Les prochains mois seront ainsi déterminants. Une entrée de financement, un nouvel accord de développement, une coproduction ou d'autres mesures financières pourraient modifier l'horizon actuellement communiqué. À l'inverse, l'absence de ressources supplémentaires maintiendrait une forte pression sur une trésorerie qui est déjà passée de 15,4 à 8 millions d'euros entre fin décembre 2025 et fin juillet 2026. DON'T NOD n'annonce donc pas sa fermeture pour janvier 2027, mais le studio reconnaît désormais publiquement qu'il doit transformer son organisation et sécuriser de nouveaux financements pour pouvoir envisager la suite avec davantage de visibilité.

 


En quelques mots

DON'T NOD entre dans une période décisive après un premier semestre 2026 marqué par un chiffre d'affaires de 6,1 millions d'euros, un EBITDA économique négatif de 4,3 millions et une trésorerie descendue à 8 millions d'euros fin juillet. Le studio français prévoit de concentrer ses activités autour d'une seule ligne de production et envisage jusqu'à 90 suppressions de postes en France. Surtout, l'entreprise reconnaît une incertitude significative sur la continuité de son exploitation au-delà du 31 janvier 2027 en l'absence de financements suffisants. Cette date ne constitue pas une fermeture programmée, mais elle matérialise l'urgence financière à laquelle DON'T NOD doit désormais répondre.

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Entreprise mise en avant dans cet article

Don't Nod Entertainment

Don't Nod Entertainment

Studio indépendant de jeux vidéo basé à Paris et Montréal, reconnu pour des expériences narratives immersives comme Life is Strange et Vampyr.

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Vivien Reumont

À propos de l’auteur

Vivien Reumont

Journaliste jeux vidéo

Cofondateur et journaliste chez Achievement Industry, Vivien Reumont est spécialisé dans l’actualité internationale du jeu vidéo. Il couvre particulièrement l’industrie chinoise ainsi que les principaux événements gaming en Asie.

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