Nacon en redressement judiciaire: ce que ça change pour l’éditeur et ses jeux

AutorArtículo escrito por Vivien Reumont
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Fecha de publicación26/02/2026

La tempête couvait depuis plusieurs jours, mais cette fois le ciel s’est officiellement assombri : Nacon a annoncé une déclaration de cessation des paiements et demandé l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire. Dans le même temps, sa maison mère Bigben Interactive cherche une autre voie, plus amiable, via une procédure de conciliation. Pour le public, ça ressemble à un jargon de juristes ; pour l’industrie du jeu vidéo, c’est surtout un révélateur brutal : quand la trésorerie se tend, même un catalogue bien rempli et des projets en cours ne suffisent plus à garantir la continuité “comme d’habitude”.

 

Un éditeur en “mode survie”: ce que Nacon vient d’annoncer

Cessation des paiements et demande de redressement: les faits confirmés

Le cœur du communiqué de Nacon tient en deux éléments qui, mis bout à bout, pèsent lourd : cessation des paiements d’un côté, et demande de placement en redressement judiciaire de l’autre. La première notion signifie, en clair, que la société estime ne plus pouvoir faire face à ses dettes exigibles avec sa trésorerie disponible. La seconde, c’est la demande d’un cadre légal pour organiser la suite : continuer l’activité autant que possible, geler une partie des pressions immédiates et tenter de remettre à plat un passif devenu ingérable à court terme.

Dans sa communication, Nacon met en avant un objectif très “terrain” : limiter la casse opérationnelle, préserver les équipes, et renégocier avec les créanciers dans un cadre sécurisé. C’est une nuance importante : un redressement judiciaire n’est pas, par définition, une extinction des feux suivie d’une fermeture des locaux. C’est plutôt une tentative de transformer un incendie de liquidités en feu contrôlé, avec des règles, des délais, et des arbitres. Enfin… en théorie, et selon la capacité de l’entreprise à prouver qu’elle a un chemin viable devant elle.

« pérenniser l'activité de la Société, protéger les salariés et maintenir les emplois tout en renégociant avec ses créanciers dans un cadre serein et apaisé »

Pourquoi la cotation reste suspendue: le signal envoyé au marché

Dans le même feuilleton, il y a un élément qui parle immédiatement au monde financier : la suspension de cotation. Concrètement, cela signifie que l’action ne s’échange plus sur le marché, à la demande de l’entreprise, “dans l’attente” de communications et jusqu’à nouvel avis. Ce gel a un double effet : il évite les emballements (rumeurs, ventes paniques, spéculation à très court terme) et il fige aussi une forme de réalité : tant que les informations structurantes ne sont pas clarifiées, la valorisation en bourse devient… un pari plus qu’un prix.

Pour les actionnaires, c’est frustrant. Pour l’entreprise, c’est souvent présenté comme une mesure de protection, le temps de sécuriser les annonces et d’éviter que le marché ne réagisse à chaque fragment d’information comme à un patch note mal relu à 3h du matin. Dans une crise de dette, la communication “par épisodes” est un accélérateur de volatilité ; le gel sert alors de bouton pause… même si personne n’a vraiment envie de regarder l’écran figé trop longtemps.

Le calendrier: audience attendue début mars et prochaines étapes

La procédure se joue maintenant sur un tempo judiciaire : le tribunal doit se prononcer (dans ce dossier, le tribunal concerné est à Lille, d’après les informations publiées) et décider de l’ouverture (ou non) du redressement, ainsi que de ses modalités. Dans l’intervalle, une question plane sur toute l’écosystème Nacon : qu’est-ce qui continue (production, sorties, support, distribution) et à quel rythme, pendant que le juridique, le financier et l’opérationnel tentent d’aligner leurs cartes.

À ce stade, le plus important est de comprendre que “début mars” n’est pas une date de fin, mais une date de bascule : l’ouverture d’une procédure enclenche souvent une période d’observation, des échanges encadrés, et des arbitrages qui peuvent s’étaler. Pour l’industrie, ce calendrier est un stress-test : un éditeur vit au rythme des jalons (vertical slice, gold master, certification, marketing), alors que les procédures, elles, vivent au rythme des audiences, des mandataires et des négociations.

 

Redressement judiciaire: à quoi ça sert (vraiment) et comment ça marche

La mécanique: gel du passif, période d’observation, continuité d’activité

Vu de l’extérieur, “redressement judiciaire” sonne comme “game over”. Dans la réalité française, c’est plutôt un mode de jeu imposé, avec des règles strictes : la société peut chercher à continuer son activité, mais sous supervision, et avec un objectif clair : déterminer si un redressement est possible, et comment. Un des mécanismes clés, c’est le gel du passif antérieur : les dettes existantes avant l’ouverture sont, dans une large mesure, traitées dans le cadre de la procédure plutôt que dans l’urgence immédiate.

La fameuse période d’observation sert à faire un diagnostic : quels sont les actifs réels ? les revenus prévisibles ? la rentabilité des gammes ? les engagements (contrats, avances, marketing, royalties) ? Dans le jeu vidéo, c’est particulièrement délicat : les coûts sont souvent en amont (développement), alors que les recettes peuvent arriver plus tard, parfois de façon très concentrée autour de la sortie. Autrement dit, une entreprise peut avoir “des jeux à vendre” et pourtant manquer d’oxygène au moment critique où il faut payer salaires, prestataires, serveurs, et campagnes.

L’objectif affiché: sauver l’activité, protéger les salariés, négocier la dette

Nacon insiste sur la pérennisation de l’activité et la protection de l’emploi. C’est à la fois un message social (essentiel) et un message économique : un éditeur sans équipes, sans pipeline, sans crédibilité auprès des studios et partenaires, c’est une coquille vide. L’objectif réel, derrière les formules, est donc souvent triple : stabiliser la trésorerie, restructurer la dette, et rétablir la confiance des parties prenantes (créanciers, fournisseurs, partenaires de distribution, plateformes, studios).

Ce point est crucial pour comprendre pourquoi un éditeur peut choisir cette voie plutôt que d’improviser des rustines : la procédure crée un cadre où chacun sait à peu près à quoi s’en tenir. Les créanciers évitent la course au remboursement “premier arrivé, premier servi”, et l’entreprise peut continuer à opérer sans passer son temps à éteindre des feux administratifs. C’est moins spectaculaire qu’une annonce de gros financement… mais souvent plus réaliste quand le financement, justement, se raréfie.

Ce que l’entreprise peut (et ne peut pas) faire pendant la procédure

Dans l’imaginaire collectif, la procédure “bloque tout”. En pratique, le quotidien peut continuer, mais sous contraintes : la société doit rendre des comptes, obtenir des validations sur certaines décisions, et prioriser ses dépenses. Pour le jeu vidéo, cela se traduit par des arbitrages très concrets : quels projets garder en production ? lesquels ralentir ? quels contrats renégocier ? quelles sorties maintenir pour préserver le cash-flow ? Et, surtout, comment éviter de casser la relation avec les joueurs (support, mises à jour), avec les plateformes (certifications, dates), et avec les partenaires (co-marketing, distribution physique) ?

Ce n’est pas impossible… mais c’est une période où chaque décision ressemble à un “choix de build” avant un boss : si tu investis tout dans l’offensive (sorties coûteuses), tu manques de défense (trésorerie). Si tu joues trop défensif (couper trop vite), tu perds l’élan commercial. Et contrairement à un roguelite, ici, la sauvegarde automatique n’existe pas.

 

Bigben Interactive et l’effet domino: quand la maison mère tousse, la filiale s’étouffe

La conciliation côté Bigben: une autre voie pour parler aux créanciers

Pendant que Nacon demande un redressement, Bigben Interactive a communiqué sur une démarche différente : la conciliation. L’idée, c’est de négocier avec les créanciers financiers sous l’égide d’un conciliateur, dans un cadre plus amiable et souvent plus discret qu’une procédure collective. Sur le papier, c’est logique : Bigben tente de réorganiser sa dette et, potentiellement, de trouver de nouveaux moyens financiers sans déclencher immédiatement un mode “procédure lourde”.

Ce duo “conciliation pour la maison mère / redressement demandé pour la filiale” raconte aussi une réalité de groupe : les problèmes de liquidité et de dette se propagent rarement de façon propre. Les structures sont liées (participations, garanties, flux), et le marché, lui, a tendance à résumer toute cette complexité en une phrase brutale : “si le haut vacille, le bas souffre”. Bigben rappelle d’ailleurs que son actif principal est sa participation majoritaire dans Nacon — ce qui rend la santé de l’un mécaniquement dépendante de l’autre.

« La suspension du cours des titres financiers […] est maintenue. […] l’actif principal de la Société est sa participation majoritaire au capital de la société Nacon. »

Dette, obligations, banques: pourquoi la trésorerie devient le nerf de la guerre

Sans entrer dans les détails techniques qui donnent envie de fuir comme devant un tutoriel trop long, le principe est simple : une entreprise peut être “riche” en actifs (catalogue, licences, studios, stocks, marques) et pourtant être “pauvre” en trésorerie à un instant T. Or, le jeu vidéo est une industrie où les cycles sont longs et coûteux : tu dépenses aujourd’hui pour vendre dans 12, 18, parfois 24 mois. Si, entre-temps, les lignes de financement se tendent, si une obligation arrive à échéance, si les banques deviennent plus prudentes, la machine peut se gripper très vite.

Dans ces moments, le nerf de la guerre n’est pas “est-ce que nos jeux sont bons ?” mais “est-ce qu’on tient jusqu’à la prochaine rentrée d’argent significative ?”. Et c’est là que les procédures (conciliation/redressement) deviennent des outils : elles cherchent à transformer un mur immédiat (échéances, exigences, incertitude) en négociation structurée.

Pourquoi ce duo Bigben/Nacon inquiète autant les investisseurs

Le marché déteste deux choses : l’incertitude et l’opacité. Une suspension de cotation, une annonce de cessation des paiements, des procédures en cours… tout cela empile des inconnues. Les investisseurs veulent des réponses simples : combien de dettes ? quel plan ? quel horizon ? quel niveau de dilution potentielle ? quelle capacité à financer les prochains jeux ? Or, dans un dossier comme celui-ci, ces réponses viennent rarement en une seule fois.

Ajoutez à cela un facteur “industrie” : depuis plusieurs trimestres, beaucoup d’acteurs du jeu vidéo font face à une normalisation post-boom, à des coûts de production en hausse, et à une compétition plus rude pour l’attention. Dans un tel contexte, les entreprises intermédiaires (souvent qualifiées d’AA) peuvent se retrouver prises en étau : elles n’ont ni la taille des géants pour absorber plusieurs échecs, ni la flexibilité d’un petit studio pour pivoter vite. Résultat : le moindre choc de financement peut devenir un épisode majeur.

 

Ce que ça peut changer pour les joueurs, les studios et les projets Nacon

Calendrier des sorties, communication, événements: à quoi s’attendre

Côté joueurs, la question est très pragmatique : est-ce que ça va impacter les sorties, les mises à jour, le support ? La réponse la plus honnête est : ça dépend, mais on peut déjà anticiper des effets classiques. D’abord, la communication devient plus contrôlée, parfois plus lente (risques juridiques, obligations de transparence, contraintes boursières). Ensuite, les événements marketing “à gros budget” peuvent être reconsidérés, parce qu’ils consomment du cash sans garantie de retour immédiat.

Pour autant, un éditeur en procédure a souvent intérêt à maintenir ce qui génère du revenu à court terme : les sorties proches, les promotions structurées, les partenariats de distribution. L’industrie a déjà vu des entreprises continuer à publier pendant des périodes difficiles, précisément parce que publier est une façon de survivre. Le vrai sujet est donc moins “tout va s’arrêter” que “qu’est-ce qui sera prioritaire ?”. Et là, il ne faut pas se mentir : les projets les plus avancés et les plus monétisables passent généralement devant.

Développement et production: comment sécuriser les projets en cours

En coulisses, la pression se déplace vers la production : sécuriser les prestataires, rassurer les studios partenaires, préserver les compétences clés. Dans un éditeur, les projets sont des chaînes : si un maillon saute (paiement d’un partenaire, retard d’un livrable, réduction d’une équipe), tout le calendrier peut glisser. Or, un glissement coûte cher : plus de mois de salaires, plus de frais fixes, parfois plus de marketing à réajuster, et parfois une fenêtre de sortie perdue face à la concurrence.

Le redressement judiciaire vise justement à éviter une réaction en chaîne incontrôlée, mais il impose une discipline : mieux vaut parfois ralentir proprement un projet que de le laisser s’enliser dans un “développement zombie”. Pour les équipes, c’est une période où le moral est aussi un enjeu industriel : perdre des talents-clés au mauvais moment peut faire plus de dégâts qu’un mauvais trimestre. Et dans un milieu où les profils expérimentés sont très mobiles, la stabilité perçue compte autant que la réalité comptable.

Le vrai enjeu: garder l’ADN “AA + périphériques” sans casser la machine

Nacon, ce n’est pas seulement un catalogue de jeux : c’est aussi un positionnement, souvent entre le AA et des niches solides, avec une présence notable sur le matériel et les périphériques. L’enjeu, dans une restructuration, est de ne pas diluer cet ADN en cherchant uniquement des économies court-termistes. Parce qu’un éditeur, c’est une promesse : aux joueurs, aux studios, aux distributeurs. Si la promesse devient floue, la relance devient plus difficile.

Dans les scénarios plausibles, on peut imaginer un recentrage sur les segments les plus rentables, une renégociation de certains engagements, et une recherche de solutions financières (rééchelonnement, nouveaux apports, cessions ciblées, partenariats). Ce sont des leviers “classiques”, mais leur efficacité dépend d’un facteur simple : est-ce que l’entreprise peut démontrer un chemin crédible vers une activité viable ? Le tribunal, les créanciers, et le marché n’attendent pas un miracle ; ils attendent un plan qui tient debout, et une exécution sans promesses irréalistes.

« […] engager, sous l'égide d'un conciliateur, des discussions avec ses créanciers financiers […] relatives à la restructuration de sa dette financière et, le cas échéant, à l'obtention de nouveaux moyens financiers, dans un cadre stable et juridiquement sécurisé. »

 


En quelques mots

Nacon et Bigben Interactive entrent dans une zone où le jeu vidéo cesse d’être une affaire de trailers et de calendriers de sorties pour devenir une affaire de trésorerie, de dettes et de procédures. Le redressement demandé par Nacon n’est pas automatiquement synonyme d’arrêt, mais il confirme l’ampleur de la crise et la nécessité d’un cadre pour négocier. Les prochaines décisions judiciaires et les discussions avec les créanciers diront si l’éditeur peut stabiliser la situation, préserver ses équipes et sécuriser ses projets — ou si la restructuration devra aller plus loin, au risque de rebattre durablement les cartes de son modèle.

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Nacon

Nacon, empresa francesa de videojuegos, desarrolla y publica juegos AA y diseña periféricos gaming premium para una experiencia inmersiva.

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