Hooded Horse: une opposition farouche à l’IA générative dans le jeu vidéo

AutorArtículo escrito por Florian Reumont
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Fecha de publicación12/01/2026

Dans un climat où l’intelligence artificielle générative envahit progressivement les coulisses de l’industrie vidéoludique, certains studios prennent position… et pas à moitié. C’est le cas de Hooded Horse, éditeur du très attendu Manor Lords, qui ne mâche pas ses mots concernant l'utilisation de l’IA dans le développement de jeux. À l’heure où de plus en plus de productions utilisent ces technologies pour accélérer leurs processus, ce studio indépendant américain a choisi une direction radicalement opposée : refuser catégoriquement toute forme de contenu généré par IA, allant jusqu’à l’inscrire noir sur blanc dans ses contrats de collaboration.

Le ton est donné. Tim Bender, PDG du studio, s’est exprimé avec une rare franchise dans une interview accordée à Kotaku. Pour lui, l’intelligence artificielle n’est pas une opportunité à saisir, mais un fléau, qui nuit à la qualité, à l’intégrité artistique et à la transparence du développement. Une position aussi tranchée que rare, qui soulève des questions essentielles : jusqu’où l’industrie doit-elle accepter l’assistance technologique ? Et à quel prix pour la création humaine ?

À travers cette prise de position courageuse, Hooded Horse s’affirme comme un acteur engagé dans un débat qui dépasse de loin la simple technique. C’est un véritable choix de société vidéoludique que nous allons explorer dans cet article.

 

Une position tranchée : Hooded Horse dit non à l’IA

Qui est Hooded Horse et quel est son parcours ?

Fondé avec la volonté de mettre en avant des expériences vidéoludiques profondes et ambitieuses, Hooded Horse est un éditeur américain qui s’est rapidement fait remarquer dans le paysage indépendant. Leur ligne éditoriale se démarque par un soutien aux jeux de stratégie, de gestion et de simulation, loin des sentiers battus des blockbusters standardisés. Leur plus gros coup à ce jour ? Manor Lords, un city-builder médiéval extrêmement prometteur, développé par une seule personne, Slavic Magic, et lancé en accès anticipé sur PC le 26 avril 2024.

Ce lancement a été un véritable raz-de-marée sur Steam, porté par une esthétique soignée, une attention maniaque au détail historique et une promesse de gameplay complexe, évolutif, sans sacrifier l’immersion. Mais derrière cette réussite, c’est une philosophie de développement artisanal que Hooded Horse défend, à contre-courant d’une industrie de plus en plus tentée par les raccourcis technologiques.

"Nous croyons au travail humain, à la vision créative non déformée par les outils génératifs. Le cœur de notre métier, c’est l’humain, pas les algorithmes."

Cette déclaration, bien que non officielle, résume parfaitement l’esprit de l’entreprise. Hooded Horse ne cherche pas seulement à faire des jeux : il veut donner du sens à la manière dont ils sont faits.

Pourquoi l’IA pose problème selon le studio ?

Alors que de nombreux studios explorent les avantages de l’IA générative — que ce soit pour la création de textures, de dialogues, de musiques ou même de codes prototypes — Hooded Horse refuse catégoriquement cette voie. Pour eux, l’IA n’est pas un outil neutre : elle appauvrit la création, dilue l’identité artistique des projets et brouille les responsabilités.

Tim Bender ne s’en cache pas. Dans ses propos, il évoque une dérive rampante dans l’industrie où des éléments générés par IA peuvent se glisser dans les jeux presque par accident — un test temporaire ici, un placeholder là, et au final un contenu artificiel qui se retrouve intégré sans validation. Pour un studio comme Hooded Horse, qui prône la qualité artisanale, cette idée est tout simplement inacceptable.

Ce refus n’est pas purement idéologique. Il est aussi pratique et éthique : comment garantir la propriété intellectuelle d’un jeu si des éléments proviennent d’une IA formée sur des œuvres préexistantes ? Comment assurer une cohérence artistique si certaines ressources sont générées aléatoirement ? Et surtout, que devient la valeur du travail humain dans tout ça ?

En refusant l’IA générative, Hooded Horse choisit de faire confiance à l’humain, même si cela demande plus de temps, d’efforts, et de ressources. Un pari audacieux… mais profondément cohérent avec leur vision du jeu vidéo.

 

L’interview qui fait parler : Tim Bender face à l’IA

Les déclarations fortes du PDG

Dans l’univers policé des communiqués de presse et des interviews mesurées, Tim Bender tranche avec une sincérité brute. Lors de son échange avec Kotaku, le PDG de Hooded Horse n’a pas mâché ses mots : l’intelligence artificielle générative est, selon lui, « un fléau » pour le développement vidéoludique. Sa position est limpide : « Pas de putain de ressources générées par IA ! »

Ce langage cru ne reflète pas une provocation gratuite, mais bien une exaspération profonde face à une tendance technologique qui, selon lui, menace la qualité et l’authenticité des créations. Il va jusqu’à dire que l’IA a « compliqué sa vie à bien des égards », notamment à cause de la difficulté à vérifier l’absence totale de contenu généré artificiellement dans les projets de ses partenaires.

« Je déteste vraiment les créations artistiques par IA. Ça gâche tout d’un coup, alors que ça ne devrait pas. »

Bender ne se contente pas d’une posture : il impose une réalité contractuelle stricte, interdisant toute utilisation de l’IA dans les projets qu’il soutient. Un geste rare, presque militant, qui traduit une réelle volonté de défendre une certaine idée du jeu vidéo.

Analyse de ses propos

Ce coup de gueule soulève plusieurs enjeux majeurs. D’abord, la crise de confiance que l’IA générative provoque dans la chaîne de production : comment être sûr que ce que livre un partenaire est exempt d’algorithmes ? Comment auditer des ressources qui peuvent être passées par un prompt MidJourney ou ChatGPT sans laisser de traces ?

Ensuite, la déresponsabilisation que l’IA peut induire. Bender évoque un phénomène insidieux : des développeurs qui utilisent l’IA « temporairement » pour remplir des espaces dans un prototype, mais qui oublient ensuite de remplacer ces éléments. Ces pratiques posent problème, car elles risquent d’intégrer involontairement du contenu non validé, voire non éthique, dans le produit final.

Enfin, il y a la question plus large de la création et de l’intention artistique. L’IA générative, aussi puissante soit-elle, n’a pas de vision, pas d’émotion, pas de parti pris. Elle est un outil statistique, pas un créateur. Et pour un studio comme Hooded Horse, cela fait toute la différence. À l’heure où l’on parle de démocratiser la création via l’IA, Bender choisit une autre voie : valoriser la main humaine, même imparfaite, mais sincère.

 

Une clause anti‑IA dans les contrats

Contenu et portée de la clause

Dans un écosystème où la prudence contractuelle est souvent de mise, Hooded Horse ne s’embarrasse pas de formules diplomatiques. L’interdiction de l’IA générative est inscrite noir sur blanc dans les contrats de collaboration, sous une forme aussi directe qu’inédite : « Pas de putain de ressources générées par IA ». Oui, cette formulation est bien présente dans un document légal — preuve supplémentaire du caractère sans compromis du studio.

Cette clause ne laisse aucune place à l’ambiguïté. Elle couvre l’ensemble des ressources utilisées dans le développement : visuels, musiques, scripts, textes, interfaces… tout ce qui pourrait provenir, même en partie, d’une IA générative est banni.

Mais ce n’est pas uniquement une posture symbolique. Cette clause a force exécutoire, et tout manquement peut entraîner la rupture du contrat ou des sanctions. Le message est clair : si vous voulez travailler avec Hooded Horse, vous vous engagez à une création 100 % humaine.

La mise en œuvre auprès des collaborateurs

Appliquer cette politique radicale n’est pas sans défis. Tim Bender le reconnaît : il est difficile de vérifier à 100 % l’absence d’IA dans les projets. Certains développeurs pourraient être tentés de l’utiliser pour gagner du temps lors des phases de prototype, avec l’idée de remplacer les ressources plus tard. Mais le risque est grand que ces éléments soient oubliés ou passent inaperçus, finissant dans la version finale du jeu.

C’est pourquoi le studio a adopté une démarche proactive. Des discussions systématiques ont lieu avec les partenaires, pour leur expliquer les raisons de cette politique et s’assurer de leur adhésion. Il ne s’agit pas simplement de surveiller, mais d’éduquer et de responsabiliser.

« Nous discutons également avec les développeurs et leur recommandons de ne pas utiliser d'IA générative, même temporairement. »

Ce dialogue constant permet de créer une relation de confiance, fondée sur une vision partagée du jeu vidéo comme œuvre artisanale, non industrielle. Hooded Horse préfère perdre du temps et investir plus d’argent que de compromettre l’intégrité artistique d’un projet.

C’est une politique exigeante, mais qui renforce la réputation du studio en tant qu’éditeur rigoureux, fidèle à ses valeurs. Une rareté dans une industrie souvent tentée par les compromis technologiques.

 

Les risques et implications pour Manor Lords

Les défis techniques et humains

Refuser l’IA générative dans le développement d’un jeu comme Manor Lords — un city-builder complexe, riche en détails et en animations — est loin d’être anodin. Cela signifie renoncer à des outils qui, pour beaucoup, sont devenus un standard. Génération procédurale de textures, assistance à la rédaction de dialogues, génération rapide de sons d’ambiance, suggestions de code : autant de tâches que l’IA pourrait théoriquement accélérer, voire automatiser.

Pour Slavic Magic, développeur solo de Manor Lords, cela représente une charge de travail énorme. Sans assistance artificielle, chaque asset visuel, chaque ligne de code, chaque effet sonore doit être conçu, testé et validé manuellement. Cela demande un temps considérable et une rigueur exceptionnelle. C’est ici que le soutien de Hooded Horse prend tout son sens : le studio ne pousse pas à livrer plus vite, mais à livrer mieux.

Ce choix crée une pression différente : au lieu de chercher à optimiser le temps, il faut maximiser la qualité à long terme, avec des outils humains, artisanaux, et souvent imparfaits. Une philosophie qui va à l’encontre de la logique industrielle actuelle.

"On ne vise pas le plus rapide ni le plus automatisé. On vise le plus sincère."

Les conséquences pour les joueurs et la création

Pour les joueurs, cette position anti‑IA peut sembler invisible au premier abord. Mais elle a un impact direct sur l’expérience de jeu. Les environnements sont plus cohérents, les personnages ont une identité plus marquée, les textes ont une voix unique. Bref, le jeu possède une âme que beaucoup estiment absente des productions générées par IA.

Ce choix peut toutefois avoir un coût : Manor Lords avance à son propre rythme, et certains contenus mettront du temps à arriver. Mais à une époque où de nombreux early access sont perçus comme des promesses non tenues, le studio mise sur la confiance à long terme, en livrant un jeu pensé avec soin plutôt qu’assemblé à la chaîne.

Et surtout, cette politique crée une rareté. Dans un monde de plus en plus standardisé par les mêmes outils IA, Manor Lords et les autres jeux soutenus par Hooded Horse pourraient devenir des références d’authenticité et de singularité.

 

Enjeux plus larges : l’IA dans le jeu vidéo

Débat autour de l’IA générative

L’intelligence artificielle générative est devenue en quelques années l’un des sujets les plus polarisants de l’industrie du jeu vidéo. D’un côté, ses partisans y voient une révolution : réduction des coûts, accélération de la production, démocratisation de la création. De l’autre, ses détracteurs dénoncent une menace pour la créativité humaine, l’emploi, et même l’éthique.

Les grandes entreprises n’ont pas tardé à intégrer l’IA dans leurs pipelines : génération de voix, aides au script, prototypes de niveaux ou encore NPCs semi-autonomes. Ces outils, bien qu’innovants, posent de nombreuses questions. Sur quoi l’IA est-elle entraînée ? Les œuvres originales sont-elles respectées ? Que devient la signature artistique d’un jeu quand elle est déléguée à un algorithme ?

C’est dans ce contexte que la position de Hooded Horse prend tout son sens. Là où d’autres avancent avec prudence (ou opportunisme), le studio trace une ligne rouge : pas de contenu généré, pas de compromis. Et cette ligne devient un repère pour ceux qui, développeurs comme joueurs, se sentent dépassés par la vitesse de cette évolution technologique.

Vers quelles alternatives se tourner ?

Refuser l’IA ne veut pas dire refuser le progrès. Il existe de nombreux outils, non génératifs, qui améliorent le workflow des développeurs sans remplacer leur travail créatif. Automatisation de tâches répétitives, moteurs de jeu intelligents, bibliothèques collaboratives : autant de solutions qui permettent d’avancer sans perdre le contrôle artistique.

Hooded Horse mise sur une autre forme d’innovation : la qualité relationnelle avec ses partenaires, la transparence, et la confiance dans le savoir-faire humain. Cette philosophie s’appuie sur une conviction forte : ce n’est pas en allant plus vite qu’on fait mieux, mais en étant plus attentif.

Et si demain, les joueurs devenaient eux aussi plus attentifs à ces questions ? Si la mention « sans IA générative » devenait un label recherché, comme le bio dans l’alimentation ? C’est peut-être le pari secret de Hooded Horse : montrer qu’un autre modèle est possible, et qu’il peut aussi séduire le public.

 


En quelques mots

Dans un paysage vidéoludique en pleine mutation, Hooded Horse s’impose comme une voix dissonante, mais résolument assumée. À contre-courant de la tendance à l’industrialisation par l’IA, le studio défend une approche fondée sur la création humaine, la transparence et la responsabilité. À travers les propos sans détour de son PDG Tim Bender et des décisions contractuelles fermes, il affirme une vision claire : le jeu vidéo ne peut et ne doit pas perdre son âme au profit de l’automatisation.

Cette posture radicale, qui pourrait paraître utopique ou même risquée, s’inscrit pourtant dans une démarche cohérente et profondément moderne : celle de revaloriser le travail manuel à l’ère du tout numérique, et de rappeler que derrière chaque texture, chaque ligne de dialogue ou chaque ambiance sonore se cache un choix, une intention, un auteur.

Avec Manor Lords, Hooded Horse montre qu’un autre chemin est possible : plus lent, peut-être, mais aussi plus sincère. Et dans un monde saturé de contenus calibrés et générés, cette sincérité devient une force rare — et peut-être, bientôt, une exigence des joueurs eux-mêmes.

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